NOTE 12.

Il ne sera pas sans intérêt de connaître l'opinion de Ferrières sur la

manière dont les députés de son propre parti se conduisaient dans

l'assemblée.

«Il n'y avait à l'assemblée nationale, dit Ferrières, qu'à peu près trois

cents membres véritablement hommes probes, exempts d'esprit de parti,

étrangers à l'un et à l'autre club, voulant le bien, le voulant pour

lui-même, indépendamment d'intérêts d'ordres, de corps; toujours prêts à

embrasser la proposition la plus juste et la plus utile, n'importe de qui

elle vînt et par qui elle fût appuyée. Ce sont des hommes dignes de

l'honorable fonction à laquelle ils avaient été appelés, qui ont fait le

peu de bonnes lois sorties de l'assemblée constituante; ce sont eux qui

ont empêché tout le mal qu'elle n'a pas fait. Adoptant toujours ce qui

était bon, et éloignant toujours ce qui était mauvais, ils ont souvent

donné la majorité à des délibérations qui, sans eux, eussent été rejetées

par un esprit de faction; ils ont souvent repoussé des motions qui, sans

eux; eussent été adoptées par un esprit d'intérêt.

«Je ne saurais m'empêcher à ce sujet de remarquer la conduite impolitique

des nobles et des évêques. Comme ils ne tendaient qu'à dissoudre

l'assemblée, qu'à jeter de la défaveur sur ses opérations, loin de

s'opposer aux mauvais décrets, ils étaient d'une indifférence à cet égard

que l'on ne saurait concevoir. Ils sortaient de la salle lorsque le

président posait la question, invitant les députés de leur parti à les

suivre; ou bien, s'ils demeuraient, ils leur criaient de ne point

délibérer. Les clubistes, par abandon, devenus la majorité de l'assemblée,

décrétaient tout ce qu'ils voulaient. Les évêques et les nobles croyant

fermement que le nouvel ordre de choses ne subsisterait pas, hâtaient, avec

une sorte d'impatience, dans l'espoir d'en avancer la chute, et la ruine de

la monarchie, et leur propre ruine. A cette conduite insensée ils

joignaient une insouciance insultante, et pour l'assemblée, et pour le

peuple qui assistait aux séances. Ils n'écoutaient point, riaient,

parlaient haut, confirmant ainsi le peuple dans l'opinion peu favorable

qu'il avait conçue d'eux; et au lieu de travailler à regagner sa confiance

et son estime, ils ne travaillaient qu'à acquérir sa haine et son mépris.

Toutes ces sottises venaient de ce que les évêques et les nobles ne

pouvaient se persuader que l'a révolution était faite depuis long-temps

dans l'opinion et dans le coeur de tous les Français. Ils s'imaginaient, à

l'aide de ces digues, contenir un torrent qui grossissait chaque jour. Ils

ne faisaient qu'amonceler ses eaux, qu'occasionner plus de ravage,

s'entêtant avec opiniâtreté à l'ancien régime, base de toutes leurs

actions, de toutes leurs oppositions, mais dont personne ne voulait. Ils

forçaient, par cette obstination maladroite, les révolutionnaires à étendre

leur système de révolution au-delà même du but qu'ils s'étaient proposé.

Les nobles et les évêques criaient alors à l'injustice, à la tyrannie. Ils

parlaient de l'ancienneté et de la légitimité de leurs droits à des hommes

qui avaient sapé la base de tous les droits.»

(_Ferrières. Tom. II, page._ 122).

Histoire de la Révolution française, Tome 01 · 第 52 / 73 题