NOTE 11.

Il y avait chez Mirabeau, comme chez tous les hommes supérieurs, beaucoup

de petitesse à côté de beaucoup de grandeur. Il avait une imagination vive

qu'il fallait occuper par des espérances. Il était impossible de lui donner

le ministère sans détruire son influence, et par conséquent sans le perdre

lui-même, et le secours qu'on en pouvait retirer. D'autre part, il fallait

cette amorce à son imagination. Ceux donc qui s'étaient placés entre lui et

la cour conseillèrent de lui laisser au moins l'espérance d'un

portefeuille. Cependant les intérêts personnels de Mirabeau n'étaient

jamais l'objet d'une mention particulière dans les diverses communications

qui avaient lieu: on n'y parlait jamais en effet ni d'argent ni de faveurs,

et il devenait difficile de faire entendre à Mirabeau ce qu'on voulait lui

apprendre. Pour cela, on indiqua au roi un moyen fort adroit. Mirabeau

avait une réputation si mauvaise que peu de personnes auraient voulu lui

servir de collègues. Le roi, s'adressant à M. de Liancourt, pour lequel

il avait une estime particulière, lui demanda si, pour lui être utile, il

accepterait un portefeuille en compagnie de Mirabeau. M. de Liancourt,

dévoué au monarque, répondit qu'il était décidé à faire tout ce

qu'exigerait le bien de son service. Cette question, bientôt rapportée à

l'orateur, le remplit de satisfaction, et il ne douta plus que, dès que les

circonstances le permettraient, on ne le nommât ministre.

Histoire de la Révolution française, Tome 01 · 第 51 / 73 题