Vers 12368-12473. Il y avoit auprès de Notre-Dame une école qu'Abaylard

appeloit _Schola Parisiaca._ Les écoliers en étoient devenus si

nombreux, que les chanoines de Notre-Dame s'en trouvèrent incommodés, et

en 1257, ces écoles, qui étoient au septentrion, furent transférées au

midi, entre le palais épiscopal et l'Hôtel-Dieu. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 41, _pages_ 140-141.

Vers 12498-12600. Les _Béguins_ étoient une espèce de moines qui étoient

mariés; ils furent condamnés au concile de Cologne en 1260, et au

concile général de Vienne en l'an 1311. On les appeloit aussi

_Béguards_.(LANTIN DE DAMEREY.)

L'auteur semble parler de ces moines avant leur condamnation, avant

1260, si nous en jugeons par [p.436]les vers qui suivent, à moins

d'admettre qu'il comprenne sous ce terme général tous les ordres plus ou

moins mendiants, ce qui nous paraît vraisemblable. Dans tous les cas, la

preuve ne serait pas suffisante pour faire remonter le Roman avant cette

date. (P.M.)

NOTE 42, _pages_ 140-141.

Vers 12513-12617. Ce passage, entre crochets jusqu'au vers 12528-12632,

est encore évidemment une intercalation.

NOTE 43, _pages_ 142-143.

Vers 12536-12640. _Baillir_ voulait dire _garder_, d'où _bien baillir,

bien garder_, et par extension _bien traiter; mal baillir_ signifiait

_mal garder_ et _mal traiter_. Ainsi, aux vers 12227 et 11525, le sens

n'est pas douteux; c'est bien: «mal gardé, en grand péril, perdu.»

_Maltraité_ ne se comprendrait pas.

Ici les deux interprétations se dressent en face l'une de l'autre avec

un sens tout à fait différent. D'abord _mal garder_:

Aussi vous pourrai-je bien manquer (de parole)

Si vous me deviez mal garder.

D'autre _part maltraiter_:

Aussi pourrai-je bien vous tromper,

Quand même vous m'en devriez maltraiter,

ou bien encore:

S'il vous venait à l'idée de me maltraiter.

[p.437]Nous avons adopté la première version; le lecteur jugera si nous

avons été bien inspiré. Une fois de plus, nous nous trouvons en

désaccord avec M. Francisque Michel, qui adopte _maltraiter_.

NOTE 44, _pages_ 148-149.

Vers 12609-12716. _Robe cameline. Camelin_ et _cameline,_ espèce

d'étoffe qui a pris son nom des poils de chameau qui entroient dans sa

contexture. Il y avoit des _camelins_ d'Amiens, de Cambrai. On lit dans

une pièce qui a pour titre le _Couronnement du Renart_:

De vert de Gant, ne de Douay,

Ne des camelins de Cambray.

Robert Sorbon, reprochant à Joinville devant saint Louis qu'il étoit

plus richement vêtu que le roy, il lui répondit: «Mestre Robert, salve

vostre grâce, je ne foiz mie à blasmer se je me vest de vert et de vair,

car cest habit me lessa mon père et ma mère; mès vous faites à blasmer,

car vous estes filz de vilain et de vilaine, et avez lessié l'abit

vostre pere et vostre mere, et estes vestu de plus riche camelin que le

roy n'est.» (_Histoire de saint Louis_, par Joinville.) (LANTIN DE

DAMEREY.)

NOTE 45, _pages_ 150-151.

Vers 12641-12749. «Un bourdon de larcin, plein de tristes pensers et de

peines, une écharpe de soucis pleine, une potence de trahison, etc....»

Cette singulière manie d'introduire l'allégorie [p.438]jusque dans les

descriptions était fort en vogue au moyen âge. Nous verrons tout à

l'heure les combattants manier des armes fantastiques: «épées de

miséricordes, lances de sanglots, écus de discrétion bordés de langues

coupées, etc....» Il est curieux de mettre ici en parallèle un des plus

célèbres poètes du XIIIe siècle avec nos deux compatriotes, le satirique

Rutebœuf. Dans son poème la _Voie de Paradis_, il raconte qu'en songe il

se dirigea vers le paradis. Il rencontre en chemin Pitié, sous les

traits d'un homme qui le guide et lui conseille de se garder de ses

ennemis: Avarice, Envie, Orgueil, etc.... Il les lui dépeint, ainsi que

leur demeure. Disons tout d'abord que le poète normand est loin

d'atteindre ses contemporains orléanais, quoique cependant il ne manque

pas d'inspiration. Les portraits de Guillaume de Lorris sont à ceux de

Rutebœuf ce qu'est «_le soleil à la lune_,» et la description de la

maison d'Avarice ne saurait soutenir le parallèle avec celle de Fortune,

dans la partie de Jehan de Meung. Rutebœuf commence ainsi sa

description:

Du fondement de la meson

Vous di que tel ne vit mès hon.

Ung mur i a de félonie

Tout destrempé à vilonie;

Li sueil sunt de desesperance

Et li pommel de mescheance;

Li torchéis est de haïne, etc....

De même la nef de Renard le Novel dans le Roman de ce nom.

Li fons est de male pensée

Et s'est de traïson bordée,

Et clauwée de vilonnie,

Et de honte très bien poïe, etc....

[p.439]tandis que celle de Noble, le Lion, n'est construite que de bonne

pensée, fine amour, courtoisie et mainte vertu.

Cet abus de l'allégorie se perpétua beaucoup plus longtemps qu'on ne

pourrait le supposer, car nous voyons Cervantès encore, dans son _Voyage

au Parnasse,_ bâtir son navire fantastique de matériaux tout aussi

fabuleux, tels qu'élégies, chansons, drames, odes, etc.

NOTE 46. _pages_ 154-155.

Vers 12702-12814. _Menesterel_, de _manus_ et _histrio,_ étymologie qui

paroît plus sûre que celle de _ministelli quasi parvi ministri_,

rapportée par Du Cange, _Dissert. V sur l'histoire de saint Louis_. On

appeloit ainsi celui qui alloit jouer des instruments de musique,

chanter des chansons ou donner des aubades à la porte de celle qu'il

aimoit: ce nom est resté à tous ceux qui jouent de quelque instrument

pour de l'argent; mais il n'y a plus que les violons de campagne à qui

on le donne.

On faisoit anciennement grand cas des menestriers. On lit dans

_Froissard_ que le duc de Lancastre donna aux menestriers, qui avoient

bien joué, cent nobles, et que le duc de Touraine donna, tant aux

hérauts qu'aux menestriers, la somme de cinq cents livres, et qu'il les

revêtit de draps d'or et fourrés de fin menu vair, lesquels draps furent

estimés à 200 francs. (LANTIN DE DAMEREY.)

N'en déplaise à M. Lantin, c'est son adversaire qui est dans le vrai:

_ménestrel_ vient de _ministerellus,_ diminutif de _minister_.(P.M.)

[p.440] NOTE 47, _pages_ 154-155.

Vers 12703-12815. _Barré_. C'est le nom qu'on donnoit aux Carmes à leur

arrivée en France, sous le règne de saint Louis, en 1259, à cause de la

bigarrure de leurs habits noirs, jaunes et blancs. La rue où ils

demeuroient autrefois à Paris a conservé le nom des Barres.

Ces religieux, dans la suite, quittèrent leur chape et leur manteau

bigarrés, et prirent la chape blanche sur l'habit noir, qui fut changé

en tanné par ceux qui embrassèrent la réforme en Espagne.

Ce manteau, si l'on en croit l'abbé Trithême, étoit de la même couleur

que celui qui fut jeté à Elisée par le prophète Elie lorsqu'il fut

enlevé dans un chariot de feu. (_Traité de l'origine des noms_, par La

Roque, chap. 42.)(LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 48, _pages_ 154-155.

Vers 12705-12817.

Et sachent tuit li autres freres;

N'i a cil qui prodons n'apere.

M. Francisque Michel écrit: _li autre frere_.

Nous prions le lecteur de se reporter au Ve volume; il y verra quelles

étaient les règles qui dominaient alors dans la déclinaison.

Nous nous contenterons de dire ici que la règle du pluriel le plus en

usage au XIIIe siècle était que le sujet pluriel ne prenait pas l'_s_,

et que le régime le prenait toujours.

Partant de là, si nous adoptons l'orthographe de [p.441]Méon, «_li

autres frères_» serait régime; dans l'autre cas, il devient sujet. Donc

deux traductions se trouvent en présence:

1° Sachent, de _sachier_ (tirer, exploiter): «Et qui exploitent tous les

autres frères.»

2° Sachent, subj. de _savoir_: «Et que le sachent tous les autres

frères.»

Nous nous sommes, tout en respectant l'orthographe de Méon, dont nous

tenons à reproduire le texte exact, rangé à l'opinion de M. Francisque

Michel. La rime, en effet, indique que _frere_ doit s'écrire sans _s_.

Or, bien que plusieurs fois nous nous heurtions à de pareilles licences,

qui cependant ne rendent pas le sens douteux, nous reconnaissons

qu'elles ne sont que des exceptions, et nous ne sommes pas obligé d'en

voir une ici. La première traduction nous séduit cependant beaucoup plus

que celle que nous avons adoptée; elle est tout à fait dans le goût de

l'auteur et nous semble bien plus rationnelle ici.

Ajoutons que _tuit_ (toti), était primitivement le sujet, et _tous_

(totos) le régime. Deux vers plus haut, nous lisons:

Li Jacobin sunt tuit prodomme.

NOTE 49, _page_ 164.

Vers 12852. Nous avons encore à signaler une singulière erreur de M.

Francisque Michel. Pourquoi repousse-t-il ce vers après:

Por tant qu'il le puisse savoir...?

Il l'a fait, à nos yeux, sans rime ni raison.

[p.442] NOTE 45, _pages_ 172-173.

Vers 12951-13071. _A guersay_. MM. Méon, Francisque Michel et Roquefort

traduisent: _Jersey_. Pourquoi? nous nous le demandons. _A guersay_

correspond exactement à notre: _à tirelarigot_. Quand les Anglais

buvaient, le premier disait: _vessail!_ (à votre santé), ou bien encore

_have!_ (salut), et l'autre répondait: _guersai!_

_Guesseillier_ voulait dire _boire outre mesure_, comme le peuple dit:

_jusqu'à plus soif, à mort. Wassailer_, en anglais, signifie ivrogne.

NOTE 51, _pages_ 178-179.

Vers 13046-13168. _Faé_, dont les fées se sont mêlées. Le peuple

appeloit ainsi des femmes qui s'occupoient à faire des enchantemens et

des charmes. Le _Roman de Lancelot du Lac_, chap. 8, tome Ier, dit:

«Moult en étoient principalement en la Grande-Bretagne; elles sçavoient

la force et la vertu des paroles, des pierres et des herbes, par quoi

elles étoient tenues en jeunesse, et en beauté et richesse. Ce fut

Merlin, surnommé le _saint prophète_, qui avoit instruit ces femmes dans

l'art de f?rie et de nigromancie; et fut ledit Merlin engendré en femme

par un diable, en la Marche d'Ecosse et d'Irlande.»

_Fatas antiqui in supremo ordine collocabant pro eo quod fatare

præcipuum sit, atque divinum inter omnia quæ diis attribuuntur: fatare

namque non solum modo est prædicere, vel cavere, sed etiam præordinare,

et ut eveniant quæ prædicuntur efficere._

(Vide Guillelmum Alvernum, Episcopum Parisiensem, [p.443]in tertiâ

parte secundæ partis _De universo spirituali,_ cap. xii, col. i, t. I,

éd. 1674.) (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 52, _page_ 180.

Vers 13073-74-81. _Accordissiez, gaaingnissiez, alissiez_, au lieu de

... _assiez_. Ces trois verbes prouvent que les deux formes _isse_ et

_asse_ étaient usitées pour la première conjugaison primitivement, car

nous ne saurions y voir de licences pour la rime.

NOTE 53, _page_ 182.

Vers 13087. _Cortiz_, petit jardin de campagne qui n'était point enfermé

de murailles; il signifie aussi une petite cour.

On lit _in Scaligerianis, litterâ C_, que c'est faute d'entendre notre

langue que nous écrivons Cour de parlement pour _court_, qui vient de

_curtis_: l'italien dit _corte_. Les parlemens suivoient les rois

anciennement; on dressoit un enclos qui s'appeloit _curtis_, où le

parlement s'assembloit, et le roi écrivoit _de curti nostrâ_: ce qu'on

appelle aujourd'hui _cour_ s'exprimoit en gaulois par le mot _cort_.

(LANTIN DE DAMEREY.)

Nous reproduisons cette note avec d'autant plus d'empressement que nous

constatons, trois lignes plus haut, dans le glossaire de Méon, une

étrange anomalie. Au mot _cour_, celui-ci donne la racine _curia._

Pourquoi donner cette racine (lui qui n'en signale pour ainsi dire

aucune) au-dessus de la note ci-dessus, qu'il intercale dans son

glossaire? Il ne prenait sans [p.444]doute pas au sérieux cette

étymologie, qui est cependant la vraie. _Cortis_, en latin, signifiait

proprement l'espace compris entre les bâtiments d'une ferme. (P.M.)

NOTE 54, _pages_ 200-201.

Vers 13352-13478. On voit, en jetant les yeux sur l'original, que la

phrase est boiteuse; elle n'est point finie. Nous l'avons soudée, il est

vrai, aux vers suivants; mais évidemment tout le passage compris entre

crochets, dans l'original, est une addition postérieure. La suite de la

phrase reparaît au vers 13385-13511.

NOTE 55, _page_ 204.

Vers 13416. Méon et Francisque Michel écrivent _les_; c'est une erreur.

Si _maint vaillant homme_ était le régime pluriel, il prendrait l'_s_.

C'est donc un singulier. De plus, si c'était un pluriel, _chéu_,

participe toujours déclinable, devrait prendre aussi l'_s_, en tant que

régime. Voir l'introduction au glossaire, tome V.

NOTE 56, _page_ 204.

Vers 13430. _Repos_ n'est pas l'indicatif de _reposer,_ après la chute

de l'_e_. C'est l'indicatif de _répondre; ge me repons, je me cache_.

L'_s_ fait tomber l'_n_, suivant la règle générale (voir l'introduction

au glossaire, tome V). Toutefois, cette forme doit être considérée comme

une licence pour la rime, d'autant plus que les liquides résistaient

généralement à l'élision.

[p.445] NOTE 57, _pages_ 212-213.

Vers 13540-13670. _Porpris_, proprement _enceinte, enclos, parc, jardin,

cour, ferme_.

C'est le participe de _porprendre. envelopper_.

Mais au XIIIe siècle, et nous le voyons par ce roman, il signifiait plus

particulièrement _clos, jardin._ Nous avons déjà critiqué dans nos notes

du premier volume la traduction constante de _porpris_ par _enceinte_.

En effet, dans notre poème, cette interprétation est beaucoup trop

large. C'est à peine si elle serait acceptable dans quelques endroits,

comme par exemple ici, la Vieille n'ayant été appelée à garder les roses

que lorsqu'elles furent dans le castel; ou bien encore au vers 3973 où

la _porprise_ signifie la partie du verger autour de laquelle Jalousie

fit creuser un fossé; ou au vers 15093, où ce mot semble s'appliquer

spécialement aux murailles. Mais, ne l'oublions pas, le pourpris était

enfermé dans le castel, lequel était bâti dans le verger, lui-même ceint

de murs, que Guillaume de Lorris ne qualifie jamais cependant de

_porprise_, tandis que chaque fois qu'il veut désigner spécialement

l'enceinte crénelée, il la désigne par _muraille, mur_.

Vouloir restreindre le sens des mots à leur étymologie est une faute,

surtout quand ce n'est pas nécessaire, puisque _pourpris_ est resté dans

la langue. C'est comme si l'on s'obstinait à traduire constamment

_courtis_ par _cour, métairie_, sous prétexte que c'était le sens

primitif, ou bien encore _aller_ par _naviguer,_ parce que la racine est

_adnare_.

A partir du XVIIe siècle, _pourpris_ ne fut plus guère employé qu'en

poésie; mais au XVIe siècle il avait [p.446]conservé à la fois le sens

d'habitation, d'espace compris dans une enceinte, et celui de terrain,

champ, jardin. _Le céleste pourpris_, disent les poètes. On lit dans

Amyot: «Comme Romulus feist faire un fossé à l'entour du _pourpris_

qu'il vouloit enfermer de murailles, Rémus s'en moqua.» (Voyez le

Dictionnaire de Littré.)

NOTE 58, _pages_ 212-213.

Vers 13560-13690.

Mès s'ous en volez entremetre....

Ce vers peut se comprendre de deux façons: 1° mais si vous voulez

entreprendre d'aimer; 2° mais si vous voulez bien le permettre. Nous

avons adopté la première version.

NOTE 59, _pages_ 214-215.

Vers 13584-13714.

Certainement traï l'éust.

Toutes les éditions reproduisent ce vers sans changement.

Aucune ne donne _m'éust_, qui serait cependant rationnel. Nous avons

donc cherché à _l'éust_ une version satisfaisante. _Traï_ ne peut se

rapporter à la Vieille; il faudrait _traïe_. Donc, _l'_ se rapporte à

conte et signifierait: _il me l'eût caché_; ou bien _éust_ a pour sujet

la Vieille, et _traï_ signifierait _rendu traître._ Nous avons adopté la

première manière, faute de mieux.

[p.447] NOTE 60, _pages_ 214-215.

Vers 13595-13725. Sans bête vendre, c'est-à-dire: sans vendre jusqu'à sa

monture.

NOTE 61, _pages_ 222-223.

Vers 13719-13851.

_Nec timide promitte, trahunt promissa puellas:_

_Pollicitis testes quoslibet adde Deos._

_Jupiter ex alto perjuria ridet amantum,_

_Et jubet Æolios irrita ferre notos._

_Per styga Junoni falso jurare solebat_

_Jupiter._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. I, car. 631.)

NOTE 62, _page_ 224.

Vers 13741. _Hez_. Quel est ce mot? Le sens est indiscutable: _hez_

signifie _qu'il aille_. Est-ce une faute d'orthographe, et devons-nous

lire _vez_ ou _vese_ pour _voise_? M. Francisque Michel a écrit

carrément _aut._ C'est bien le sens, mais de quel droit? Jehan Dupré et

Marot donnent _hay_. Dans _hay_, doit-on voir _haye,_ pour _aille_, qui

se prononcent de même, comme aujourd'hui: _travailler, essayer_?

Quoi qu'il en soit, nous nous contenterons de signaler l'antique _haie!_

(pron. _haille_), resté dans la langue, et qui signifie _va!_ dans

l'argot des charretiers; puis _haz, hax_, qui signifie _saut, enjambée;_

d'autre part _hay_, qui signifie _âne (asinus)_, et enfin nous nous

permettrons de rapprocher de ces différents termes le mot _hazeteur_,

qui veut dire _meunier_ (probablement de _azenia_, que Du Cange signale

comme employé dans le sens de _moulin à eau_).

[p.448] NOTE 63, _pages_ 224-225.

Vers 13752-13884. Saint Liffard, prêtre et abbé de Meung-sur-Loire,

bourg et château de France, entre Orléans et Beaugency.

Nos anciens poètes employoient souvent les noms des saints dans leurs

vers, sous prétexte de donner plus d'autorité aux choses qu'ils

avançoient. Pour moi, je crois qu'il faut regarder ces noms-là comme des

_chevilles_ placées seulement pour la facilité du vers, toutes les fois

que ces saints n'ont aucun rapport aux faits pour lesquels les poètes

les appellent en garantie. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 64, _pages_ 228-229.

Vers 13810-13946. Demophon, ou Demophoon, étoit fils de Thésée et de

Phèdre. Comme il revenoit de la guerre de Troie, il fut poussé par la

tempête sur les côtes de Thrace, où régnoit Philis. Cette princesse, qui

avoit le cœur tendre, devint amoureuse de Demophon: elle lui proposa de

l'épouser; il y consentit; et quelque temps après il la pria de le

laisser retourner à Athènes pour mettre ordre à ses affaires. Son voyage

fut long; et son amante, au désespoir d'une si longue absence, s'imagina

qu'il lui avoit manqué de foi; elle se pendit et fut changée en un arbre

que l'on appela _Phylis_ ou _amandier sans feuilles_.

Demophon étant revenu après ce tragique accident, il embrassa ce tronc

infortuné, qui, sensible aux caresses de ce prince, parut tout à coup

couvert de feuilles. (_Métamorphoses_ d'Ovide.) On peut lire [p.449]les

regrets de Phylis et son impatience sur le retour de son mari, dans la

seconde épître des _Héroïdes,_ d'Ovide. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 65, _pages_ 228-229.

Vers 13813-13951. Pâris, surnommé _Alexandre,_ fils de Priam et

d'Hécube. Sa mère songea, pendant sa grossesse, qu'elle mettoit au monde

un flambeau qui devoit embraser la ville de Troie: ce songe l'ayant

effrayée, elle eut recours à l'oracle, qui répondit que l'enfant dont

elle étoit enceinte seroit un jour la cause de la ruine de sa patrie.

Priam, voulant prévenir ce malheur, donna ses ordres pour que l'on fît

périr cet enfant aussitôt qu'il auroit vu la lumière: la tendresse

maternelle s'opposa à l'exécution d'un ordre si cruel. Elle confia

l'éducation de son fils à des bergers. Lorsqu'il fut grand, il

s'enflamma pour la nymphe Œnone, fille du fleuve Xantus; il l'abandonna

dans la suite pour la femme de Ménélas. Ce que l'auteur du _Roman de la

Rose_ raconte des amours de Pâris et d'Œnone est tiré de la cinquième

épître des _Héroïdes_, d'Ovide. (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 66, _pages_ 230-231.

Vers 13823-13961. Nom d'une petite rivière fort célèbre dans les anciens

poètes, parce qu'elle couloit dans la Troade, et près la ville de Troie.

Elle a sa source au mont Ida. (LANTIN DE DAMEREY.)

[p.450] NOTE 67, _pages_ 234-235.

Vers 13895-14035.

Sus ses oreilles port tex cornes.

Allusion à la coiffure des femmes au XIIIe siècle. Elles élevaient leurs

bandeaux de chaque côté de la tête, à des hauteurs prodigieuses.

Consulter à ce sujet les miniatures du temps.

NOTE 68, _page_ 234.

Vers 13903.

_Sanguine quæ vero non rubet, arte rubet._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. III.)

NOTE 69, _page_ 236.

Vers 13939.

_Pes malus in niveâ semper cæletur alutâ,_

_Arida nec vinclis crura resolve tuis._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 271.)

NOTE 70, _page_ 238.

Vers 13961.

_Si niger, aut ingens, aut non erit ordine natus_

_Dens tibi, ridendo maxima damna feres._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 279.)

NOTE 71, _page_ 238.

Vers 13980. Ici se représente dans l'édition de M. Francisque Michel une

erreur d'impression que [p.451]nous avons déjà signalée trop souvent.

Ce vers, passé par inadvertance, est replacé quelques lignes plus loin,

à l'alinéa suivant, où il ne signifie absolument rien.

NOTE 72, _page_ 240.

Vers 13991.

_Sera veni, positâque decens incede lucernâ:_

_Grata mora venies; maxima lena mora est._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 751.)

NOTE 73, _pages_ 242-243.

Vers 14047-14191.

_Turpe jacens mulier multo madefacta lyæo;_

_Digna est concubitus quoslibet illa pati._

_Nec somno tutum est positâ succumbere mensâ;_

_Per somnos fieri multa pudenda solent._

(Ovide, _De Arte amandi_, lib. III, carm. 765.)

NOTE 74, _pages_ 246-247.

Vers 14088-14232. Le passage placé entre crochets jusqu'au vers

14114-14258 a été évidemment ajouté après coup.

NOTE 75, _pages_ 250-251.

Vers 14179-14327. _Chevelure_ ou _cheveux_, qui, selon Borel, viennent

de _chef_. Saint Ambroise, au livre VI de l'_Hexameron_, dit «que la

chevelure est honorable aux vieillards, vénérable sur la tête d'un

prêtre, terrible sur celle d'un gendarme, séante aux

[p.452]jouvenceaux, de bonne grâce aux femmes, mignonne aux enfans.»

Comme en matière d'usages tout est problématique, Jean Dant, Albigeois,

réfuta le témoignage de ce père par un livre intitulé: _Le chauve_ ou

_Le mépris des cheveux_, imprimé à Paris en 1621. Cet auteur qui, selon

toutes les apparences, étoit chauve, déclame amèrement contre l'usage et

l'inutilité des cheveux, imitant en cela le renard de la fable qui avoit

eu la queue coupée, et qui conseilloit à ses camarades de se débarrasser

de cet ornement superflu.

On voit, par l'éloge que fait saint Ambroise des cheveux naturels,

l'avantage qu'ils ont sur les perruques.

Le _Roman de la Rose_ recommande aux femmes de prendre soin de leurs

cheveux, n'y ayant rien de plus laid, à son avis, qu'une tête dépouillée

de cet ornement.

_Turpe pecus mutilum, turpe est sine gramine campus,_

_Et sine fronde frutex, et sine crine caput._

(_De Arte amandi_, lib. III.)

Et si elles n'ont pas de cheveux, il veut qu'elles aient des tours ou

des perruques. Cet usage, qui s'est renouvelé de nos jours, est fort

ancien, puisque Ovide, écrivant à sa maîtresse, lui faisoit des

complimens sur la victoire que les Romains avoient remportée sur les

Allemands, parce qu'il lui seroit facile d'avoir des cheveux pour

réparer la chute des siens:

_Nunc tibi captivos mittet Germania crines,_

_Culta triumphatæ munere gentis eris._

(_Amor_, lib. I, élég. 14.)

C'étoit un des avantages de la victoire, de faire tondre le vaincu. On

ne pouvoit faire un plus grand affront à un homme libre que de lui

couper les [p.453]cheveux: cela étoit même défendu sous de grosses

peines.

_Si quis puerum crinitum sine voluntate parentum totonderit, quadraginta

quinque solidis culpabilis judicetur; si vero puellam totonderit_ LXII

_solidis culpabilis judicetur_. (Tit. 26, _Legis salicæ_, art. 2 et 3.)

Et au titre 65, art. 10 et 20 de la loi des Allemands: _Si quis alicui

contra legem tonderit caput liberum non volenti cum_ XII _solidis

componat; si autem barbam alicujus tonderit nolentis cum_ VI _solidis

componat._

Menot nous apprend que les infidèles qui coupèrent les cheveux à saint

Pierre le firent dans le dessein de le couvrir de confusion. Voici ses

termes: _Heu, Domini mei, dicitur quod corona sacerdotum primo

introducta fuit in Antiochiâ, ubi infideles fecerunt tonsuram beato

Petro qui residebat ibi, et licet facta fuerit in contumeliam; est nunc

tamen in honorem_. (Feriâ tertiâ, post secundum dominicum

Quadragesimalem.) (LANTIN DE DAMEREY.)

NOTE 76, _pages_ 250-251.

Vers 14184-14332.

_Ad multas lupa tendit oves, prædetur ut unam,_

_Et Jovis ad mulias devolat ales oves._

_Semper tibi pendeat hamus._

(_De Arte amandi_, lib. III.)

NOTE 77, _pages_ 252-253.

Vers 14217-14365.

Le roman de la rose - Tome III · 第 18 / 20 段