Il y a près du fumoir une carte de navigation sur laquelle on marque le
point chaque midi. Le petit drapeau qui symbolise notre navire va
s’avancer ainsi chaque jour, au travers de l’Atlantique, que nous
prenons dans sa grande largeur.
Sur le pont avant, un nègre joue de l’accordéon, et s’accompagne en
claquant de la semelle. Son voisin fait une danse avec les pieds, le
torse immobile. L’accordéon joue une vieille rengaine de music-hall.
... Ce matin, nous avons aperçu le cap Finisterre et les côtes
d’Espagne. Depuis hier après-midi, le temps est devenu plus chaud. Ce
matin, il est radieux. Ciel d’un bleu clair: à l’horizon, quelques
nuages nacrés. Le soleil inonde la mer à l’avant du navire. Du linge
sèche sur des cordes. Des groupes de soldats sont blancs de lumière. Un
grand nègre vêtu de rouge se dresse et tourne sa face vers l’arrière.
L’Océan luit d’un bleu sombre. Le sillage du paquebot mousse d’écume. Le
soleil joue sur les flocons et sur la crête des petites vagues soulevées
par le bateau. D’ailleurs, mer calme. A peine un roulis léger! Midi: il
est difficile de s’arracher à la contemplation de cet énorme cercle bleu
et rond qui monte et descend le long du bastingage.