malade en Allemagne, dont Mme sa mère étant affligée au dernier
point alla chercher sa consolation avec Dieu, se retirant dans
le couvent des Carmélites, où elle prit pour avocate, auprès de
la divine Majesté, la vénérable mère Magdeleine de
Saint-Joseph, à laquelle elle fit vœu que, si par son
intercession notre Seigneur rendoit la santé à M. le Prince,
elle feroit faire un tableau dans lequel il seroit représenté
priant devant la servante de Dieu; et incontinent après, elle
apprit la guérison de M. son fils, et accomplit le vœu qu'elle
avoit fait. Ce tableau se garda en dedans du couvent, où je l'ai
vu il n'y a pas encore longtemps[558]... On m'a conseillé à
moi-même d'y recourir (à ses reliques) lorsque mon fils le duc
de Ventadour étoit malade... Je la regarde comme bienheureuse,
et lorsque j'entre avec les Reines dans le couvent de
l'Incarnation, je vais visiter son tombeau, la suppliant de
m'assister en mes besoins.
[558] Il n'y est plus. Voyez aussi sur ce sujet la déposition de la
duchesse de Châtillon, plus bas, p. 426.
C'est ainsi que j'ai déposé pour la vérité, moi Marie de la
Guiche, duchesse de Ventadour.»
Extrait de la déposition de Mme la duchesse d'Épernon, nièce de
Richelieu, belle-mère de Mlle d'Épernon, sœur Anne Marie de Jésus.
«J'ai nom Marie du Cambout, native d'Angers, âgée environ de
trente-deux ans. Mon père s'appeloit Charles du Cambout, marquis
de Pont-Château, chevalier des ordres du Roi, lieutenant-général
pour Sa Majesté en Basse-Bretagne, et gouverneur de la ville et
château de Brest. Ma mère avoit nom Philippe de Burge.
Je commençai de connoître la vénérable mère Magdeleine de
Saint-Joseph en l'année 1633 ou environ, dans l'occasion que
j'entrois quelquefois avec feu Mme la princesse de Condé dans le
couvent de l'Incarnation. J'ai eu l'honneur d'entretenir
plusieurs fois cette servante de Dieu, et même d'avoir mangé
quelquefois avec elle en compagnie de Mme la Princesse et de
Mlle de Bourbon, sa fille. Le sujet ordinaire des entretiens que
j'ai eus avec elle étoit les matières de dévotion, à quoi elle
portoit toujours ceux avec qui elle conversoit. Je sais que les
Reines de France et d'Angleterre la visitoient souvent et
faisoient grand état de sa conversation. Notre Reine en toutes
choses témoignoit pour elle un grand respect, et la faisoit
toujours asseoir auprès de soi. Elle s'en servoit aussi pour
attirer les dames de sa cour à la vertu et à la piété. Il me
souvient encore d'en avoir entendu parler à quantité d'autres
personnes de qualité en des termes pleins de respect, entre
autres à Mademoiselle, qui m'a témoigné y avoir une grande
dévotion.
Je sais que le corps de cette servante de Dieu a été inhumé dans
le cloître pour y avoir entré et avoir visité souventes fois
son sépulchre. J'ai même vu la Reine aller visiter ledit
tombeau, et s'y mettre dévotement à genoux. J'ai vu aussi
Mademoiselle lui rendre les mêmes respects... Entre autres, je
sais que Mme la marquise de Polignac, Mme d'Amboise, parente de
M. le duc d'Espernon, Mlle d'Espernon, lorsqu'elle étoit encore
dans le monde, y ont eu souvent recours, etc.
Elle nous portoit toujours à la piété, nous y exhortoit
puissamment; sur quoi il me souvient qu'un jour étant dans le
caveau, la Reine appela Mlle d'Espernon pour être instruite de
la mère Magdeleine, laquelle lui parla en présence de la Reine
et après en particulier en des termes si pieux qu'elle en fut
extrêmement touchée, et l'interrogea encore après en particulier
si elle lisoit des romans, lui en fit quitter la lecture, et lui
fit acheter les œuvres de Grenade, etc.
Ainsi j'ai déposé pour la vérité, moi Marie du Cambout, duchesse
d'Espernon.»
Extrait du témoignage de madame la duchesse de Mortemart, mère de
madame de Thianges, de madame de Montespan, et de l'abbesse de
Fontevrauld:
«Je m'appelle Diane de Gransaigne, et suis née en Poitou, âgée
d'environ quarante-six ans. Mon père avoit nom Jean de
Gransaigne, et étoit seigneur de Marsillac. Ma mère s'appeloit
Catherine de la Brodière. Je suis femme de M. le duc de
Mortemart, chevalier des ordres du Roi, premier gentilhomme de
sa chambre, conseiller en ses conseils, comte de Maure, et
prince de Tonné Charente, etc.
J'ai commencé à connoître la mère Magdeleine de Saint-Joseph
vers l'année 1624 que j'étois fille d'honneur de la Reine, et
elle étoit prieure au couvent de l'Incarnation au faubourg
Saint-Jacques. La Reine ma maîtresse allant souvent audit
monastère visiter cette servante de Dieu par l'estime qu'elle en
faisoit, j'allois avec Sa Majesté; je voyois aussi cette
vénérable mère, et l'entendois parler. Ladite Majesté l'aimoit
beaucoup, et parloit d'elle très avantageusement, ce que j'ai vu
faire aussi à feue madame la Princesse, à madame de Montmorency
(Félice des Ursins, femme du maréchal de Montmorency, décapité
en 1632), à M. le comte de Maure, à madame la marquise de Vins,
etc.
Je sais que depuis (sa mort) le Roi et la Reine sont entrés
plusieurs fois dans ledit couvent pour visiter son tombeau, et
que diverses personnes de condition ont fait empressement pour
entrer dans le monastère avec leurs Majestés pour visiter le
sépulcre de la vénérable mère, et moi-même j'ai visité souventes
fois ledit sépulcre, et l'infirmerie où est morte cette servante
de Dieu, etc.
Il est véritable que Dieu a honoré la mère Magdeleine de
Saint-Joseph du don de prophétie, de celui d'extase et de
discernement des esprits. Mademoiselle de Bonœil, qui a été
comme moi fille d'honneur de la Reine et depuis s'est rendue
religieuse sous la conduite de cette servante de Dieu[559], m'a
dit que lui étant allée demander place pour être reçue dans son
monastère, et lui exposant la crainte qu'elle avoit qu'étant
avec le grand monde elle perdît sa vocation si elle ne la
recevoit promptement, cette servante de Dieu lui répondit que,
puisqu'elle ne pouvoit encore entrer dans le monastère, ses
parents y étant absolument opposés, Dieu la garderoit, et lui
promit qu'elle auroit soin d'elle; ce qu'elle éprouva fort peu
de temps après. Car étant un soir à un grand bal devant le Roi,
et fort attentive à regarder toutes les belles choses qui y
étoient, elle vit intérieurement cette bonne mère présente
devant elle avec grande douceur et gravité, qui lui fit entendre
qu'elle n'étoit pas pour ces choses-là ni ces choses-là pour
elle, et lui ôta tout le plaisir qu'elle pouvoit y prendre.
[559] Nous ne trouvons pas ce nom dans notre liste. Mlle de Bonœil
sera peut-être entrée au couvent de la rue Chapon, dont la mère de
Saint-Joseph a aussi été quelque temps prieure.
Je sais que les Reines, Marie de Médicis, la Reine à présent
régnante et celle d'Angleterre, ont honoré cette servante de
Dieu de leur affection pendant leur vie et de leur piété après
sa mort, comme ont fait aussi feue madame la Princesse et
plusieurs autres princesses et dames de qualité de cette cour,
etc.
C'est ainsi que j'ai déposé pour la vérité, moi DIANE DE
GRANSAIGNE.»
Extrait du témoignage de madame la duchesse de Lesdiguières:
«Je m'appelle Anne de la Magdeleine; je suis née en cette ville
de Paris, et j'ai environ 39 ans. Mon père s'appeloit Léonor de
la Magdeleine, marquis de Ragni, et étoit lieutenant du Roi en
Charolois, Bresse et Buget, commandant les armées de Sa Majesté.
Ma mère avoit nom Hippolite de Gondy. Je suis femme de M. le duc
de Lesdiguières, pair de France et gouverneur pour le Roi en
Dauphiné, chevalier des ordres du Roi. Je me confesse par la
grâce de Dieu tous les ans à Pâques à M. Charlon, pénitencier de
Notre-Dame, et communie dans Saint-Paul qui est ma paroisse....
La ville de Paris, comme j'ai dit, est le lieu de ma naissance;
j'y ai demeuré jusqu'à l'âge de 15 à 16 ans, et depuis que j'ai
été mariée à M. le duc de Lesdiguières, j'y ai fait plusieurs
voyages et j'y ai demeuré à divers temps environ 5 à 6 ans. J'ai
commencé à connoître la mère Magdeleine de Saint-Joseph environ
l'année 1628 au couvent de l'Incarnation dont elle étoit alors
supérieure, auquel temps madame la marquise de Ragny ma mère et
madame la marquise de Magnelay ma tante m'y ont menée plusieurs
fois y allant la voir pour recevoir le profit et le fruit de ses
bons conseils et de ses pieuses instructions. Dès ce temps-là
cette bonne mère me témoigna beaucoup de tendresse, ce qui a été
cause que je l'ai connue ensuite très particulièrement, et
entretenue fort souvent de différentes choses qui regardoient la
conduite de ma vie et mon salut, dont sa bonté tout
extraordinaire me faisoit connoître qu'elle étoit très soigneuse
par des discours tout remplis d'une charité tout à fait
chrétienne et merveilleuse. Toutes ces pieuses considérations
avoient tant de force pour lors sur mon esprit, et je me sentois
si puissamment touchée, quand je faisois réflexion sur la
difficulté qu'il y avoit de servir Dieu parmi les honneurs et
dans la pompe des mondains, que dans ces moments heureux je ne
respirois plus que pour le ciel, et faisois des résolutions
secrètes de quitter toutes choses et renoncer au mariage pour me
vouer totalement à Dieu. En un mot cette grande servante de Dieu
avoit tellement détaché mes affections du monde que je n'avois
plus que du dégoût pour toutes les choses qui y pouvoient
flatter le plus mes sens et mon imagination, et elle me sut si
bien gaigner le cœur que je croyois que le plus grand bonheur
que je pouvois espérer en la terre étoit d'être toujours avec
elle; de sorte que j'étois toute prête d'entrer dans le cloître
et lui demander l'habit de religieuse, si ma mère ne m'avoit
empêchée de retourner au couvent après qu'elle eut appris mon
dessein, etc.
La Reine d'à présent, à l'exemple de la Reine mère défunte, l'a
été fort souvent visiter et est toujours retournée de ses
visites édifiée et consolée, sans oublier aussi la Reine
d'Angleterre, feue madame la duchesse d'Orléans, madame la
princesse de Condé, mesdames les duchesses de Longueville, de
Guise, de Vendôme, de Retz, d'Aiguillon, mesdames la marquise de
Magnelay, de Ragni et plusieurs autres dames de la cour, etc.,
etc.
Mesdames les princesses de Condé et de Longueville, qui la
regrettoient comme leur mère spirituelle, ont assisté avec
beaucoup de zèle et dévotion à son enterrement... J'ai été à mon
retour de la campagne visiter par diverses fois son tombeau. J'y
ai vu aussi aller la Reine très souvent accompagnée de tout ce
qu'il y avoit de personnes de la plus grande condition à la
cour, et je me souviens d'avoir ouï dire qu'elle a obligé par
ses fréquentes exhortations madame la Princesse, mesdames les
duchesses de Longueville et d'Aiguillon, d'aller aux prisons, de
visiter les hôpitaux, de faire l'aumône aux pauvres, et de les
secourir dans leurs nécessités, etc.
J'ai ainsi déposé pour la vérité, je ANNE DE LA MADELEINE,
duchesse de Lesdiguières.»
Extrait de la déposition de la duchesse de Châtillon:
«J'ai nom Isabelle Angélique de Montmorency. Je suis natifve de
la ville de Paris. Je suis âgée de trente-deux ans, fille
d'Henry François de Montmorency, comte de Bouteville et autres
lieux, et d'Isabelle Angélique de Vienne, sa légitime épouse. Je
suis veufve de Gaspard de Coligny, duc de Chastillon.
Je n'ai point été nourrie à Paris, j'ai quasi toujours demeuré
aux champs; et de plus j'étois si jeune lorsque la vénérable
mère vivoit que je ne puis rien dire des particularités de sa
vie...
Je sçais que depuis sa mort toutes sortes de personnes ont
recours à elle et qu'il se fait quantité de miracles par son
intercession, et entre autres M. Fermelys[560], qui étoit
contrôleur de feue madame la princesse de Condé, a été guéri
d'une griève maladie par de l'eau où il avoit trempé du linge
teint du sang de la servante de Dieu.
[560] Voir plus haut la déposition de Mme la Princesse, p, 412.
Je sçais pour l'avoir vu que feue madame la princesse de Condé
avoit une telle confiance au pouvoir que cette vénérable mère
avoit auprès de Dieu que, dès que messieurs ses enfants étaient
malades ou en péril dans les armées, elle faisoit des vœux pour
eux à la vénérable Mère et faisoit dire quantité de messes en
son honneur pour obtenir leur guérison et leur conservation.
Je sçais que pendant que M. le prince de Condé étoit en
Allemagne en 1645 et qu'il eut une grande maladie, madame la
princesse sa mère fit un vœu à la vénérable mère pour la
guérison de monseigneur son fils, qui étoit de faire un tableau
de la servante de Dieu et monseigneur le prince à ses pieds, ce
qui s'est exécuté comme elle l'avoit promis[561].
[561] Voir plus haut, p. 420-421.
Je sçais que par la grande estime qu'elle avoit de la sainteté
de la vénérable mère, elle en portoit toujours des reliques,
c'est-à-dire quelque chose qui lui eût touché, ou du linge
trempé de son sang. Elle avoit aussi une image de la servante de
Dieu. Je sçais aussi que, comme madame la princesse de Condé
sçut qu'il y avoit une personne de piété qui faisoit accommoder
l'église du grand couvent des Carmélites, elle manda qu'on lui
gardât une chapelle parce qu'elle la vouloit faire elle-même
accommoder pour y pouvoir mettre le corps de la vénérable mère
lorsque notre saint Père permettroit de le lever.
Durant le temps que madame la Princesse étoit à Chastillon elle
m'a parlé grand nombre de fois de la vénérable mère, et m'a dit
qu'elle avoit senti dans le couvent des Carmélites où est son
corps des senteurs extraordinaires, qu'il n'y avoit point moyen
de les exprimer qu'en disant que c'étoient des odeurs de
sainteté et toutes célestes. Elle m'a dit aussi plusieurs fois
que jamais personne n'avoit parlé de Dieu en des termes si
touchants et si pleins d'efficace pour porter les âmes à
l'aimer, et qu'elle étoit obligée de dire qu'elle lui avoit fait
connoître que les plus grandes choses de la terre sont si
petites devant Dieu que c'est une grande folie d'y avoir de
l'attache.
Durant le séjour qu'elle a fait dans ma maison de Chastillon,
j'ai remarqué qu'elle ne se pouvoit lasser de parler de la
vénérable mère; ce qui l'obligea à me dire que c'étoit par ses
avis qu'elle s'étoit mise à la piété, et que souvent la servante
de Dieu lui avoit conseillé d'aller visiter les hôpitaux, les
prisons, et de donner beaucoup d'aumônes, et elle m'a dit
qu'elle l'avoit fait exactement durant sa vie, et je dois rendre
témoignage que depuis elle le continuoit ayant été diverses fois
avec elle aux prisons et aux hôpitaux. La grande estime qu'elle
avoit de sa sainteté lui a fait désirer d'être enterrée à ses
pieds, et je lui ai ouï dire quelque temps avant sa mort qu'elle
tenoit à grand bonheur de ressusciter avec la vénérable mère et
d'être en même lieu qu'elle à ce grand jour. Je sçais qu'il y a
grand concours de peuple et de personnes de grande condition qui
vont au grand couvent des Carmélites demander de l'eau où il a
trempé du linge teint du sang de la vénérable mère, et que cela
fait des guérisons miraculeuses.
De tout ce que j'ai déposé ici il y a bruit et renommée
publique.
C'est ainsi que j'ai déposé pour la vérité moi ISABELLE
ANGELIQUE de Montmorency.»
De tous côtés, on s'adressait au couvent des Carmélites pour obtenir
l'intercession de la mère Madeleine de Saint-Joseph, soit dans les
maladies, soit dans les dangers de tout genre où l'on pouvait se
trouver. Dans le premier chapitre, nous avons dit, d'après
Mademoiselle, que Mlle d'Épernon avait été fort recherchée dans sa
première jeunesse par M. le duc de Joyeuse alors chevalier de Guise,
et que la sœur de celui-ci, Mlle de Guise, avait détourné son frère
de cet établissement, qui convenait fort des deux côtés. En 1654, le
duc de Joyeuse étant tombé malade et se trouvant à toute extrémité par
les suites d'une blessure, Mlle de Guise n'hésita point à s'adresser à
cette même Mlle d'Épernon, devenue sœur Anne Marie de Jésus, afin
qu'elle priât pour son frère et invoquât la mère Madeleine.
«Pour mademoiselle d'Épernon.
19 septembre 1654. «Il y a huit jours que je suis quasi sans
espérance de la santé de mon frère, si ce n'est du côté de
Dieu. J'en suis en un état que je ne puis représenter. Je vous
supplie de m'envoyer quelque chose de votre bien heureuse mère
Magdelaine, et de vouloir continuer vos prières et de demander à
la mère prieure (en 1654, c'était la mère Agnès) et à toute la
communauté de nous faire la même charité.»
22 septembre. «Vous ne me sauriez donner des marques d'amitié à
quoi je sois plus sensible qu'au soin que vous prenez de la
santé de mon frère. Elle est meilleure, Dieu merci, et nous
avons présentement beaucoup d'espérance. Continuez, je vous
supplie, vos prières à votre sainte mère, et puisque vous le
voulez je vous manderai tous les jours l'état où il sera.»
23 septembre. «Mon frère est plus mal qu'hier. Je vois bien
qu'il n'y a que Dieu qui nous le puisse rendre. J'espère cette
miséricorde de sa bonté et de votre intercession auprès de lui
et de celle de votre bien heureuse mère.»
24 septembre. «Mon frère est toujours en même état. Il a
communié ce matin, pour la seconde fois, et promis hier que si
Dieu lui redonnoit la santé qu'il iroit le recevoir dans votre
église pour le remercier de la grâce qu'il auroit obtenue par
l'intercession de votre B. H. mère. Continuez à le prier d'avoir
pitié de nous, et croyez que je suis touchée comme je le dois
être de la bonté que vous me témoignez.»
Le 26 décembre 1660, Mme la princesse de Conti, Anne-Marie Martinozzi,
étant grosse de plusieurs mois, commença une neuvaine à la mère de
Saint-Joseph, et porta un scapulaire de l'habit de la bienheureuse
mère. Elle avait déjà eu plusieurs enfants morts et n'en avait pas un
vivant. Elle accoucha d'un garçon, le 4 avril 1661, assez
heureusement; mais il tomba malade, et Lopès, médecin du prince et de
la princesse de Conti, écrivit, le 13 avril 1662, le billet suivant
aux Carmélites:
«A la très révérende mère sous-prieure (c'était mademoiselle Du
Vigean en avril 1662) des Carmélites du grand couvent.
«Ma très révérende Mère,
«Comme je suis persuadé que nous devons l'heureuse naissance de
monseigneur le comte à l'intercession de la bienheureuse mère
Magdelaine et à vos prières, je crois que nous ne pouvons rien
faire de mieux ni de plus conforme aux sentiments de Mme sa mère
que de vous supplier de nous accorder les mêmes grâces pour sa
conservation. Nous vous demandons instamment de l'eau de la
bienheureuse mère et la continuation de vos prières. J'y ai une
très grande foi pour lui et pour moi. Je vous supplie de me les
accorder. Je suis, ma très révérende mère, de l'hôtel de Conty,
jeudi au soir 13 avril 1662, votre très humble et très obéissant
serviteur.
LOPÈS.»
Mlle d'Alençon, seconde fille de Gaston et de Marguerite de Lorraine,
qui devint depuis la duchesse de Guise, demande, le 18 septembre 1664,
une neuvaine à la bienheureuse mère:
«Pour la mère Agnès.
«Je vous prie, ma chère mère, de vouloir faire faire à toute
votre communauté une neuvaine au tombeau de notre bienheureuse
mère à mon intention, et que l'on la commence aujourd'hui. Je me
suis si bien trouvée des prières que vous avez faites pour moi,
que j'espère que Dieu m'octroiera ce que je lui demande par
l'entremise de notre bienheureuse mère.
ISABELLE D'ORLÉANS.»
AUTRE LETTRE DE LA MÊME DU 8 OCTOBRE 1664.
«A la mère Agnès, aux Carmélites.
«Vous avez accepté si obligeament la prière que je vous avois
faite, ma chère mère, de me faire une neuvaine, que cela fait
que je vous importune encore une fois, et que je vous prie d'en
vouloir faire commencer encore une aujourd'hui à votre
communauté au tombeau de votre bien heureuse mère à mon
intention. Je vous en serai très obligée, ma chère mère, et
d'être assurée de mon amitié. Je vous prie de faire mes
compliments à la mère de Bains.»
Mme la duchesse d'Elbeuf, Élisabeth de Bouillon, nièce de Turenne,
mariée à Charles d'Elbeuf en 1656, et morte en 1680, écrit en 1659 à
sa sœur, alors novice aux Carmélites, c'est-à-dire à Émilie Éléonore
de Bouillon, dont nous avons parlé plus haut, page 366:
«Jamais je n'ai tant espéré, chère sœur, que la bienheureuse
mère Madelaine de Saint-Joseph et la bienheureuse sœur
Catherine de Jésus feroient le miracle que nous souhaitons que
présentement. Car le jour que je suis partie, j'ai trouvé moyen
de mettre de leurs saintes reliques; et M. d'Elbeuf, ce que je
n'avois pas pu faire jusque à présent, son scapulaire étant
rompu et l'ayant donné à raccomoder à un de ses gents, les a
mises, et au même moment je n'ai quasi plus douté que Dieu nous
accorderoit ce que nous lui demandons par les prières de cette
sainte. Je vous conjure, ma chère sœur, de supplier très
humblement la mère souprieure (en 1659 c'était mademoiselle Du
Vigean) que l'on redouble les prières pour cette pauvre âme, qui
est en si pitoyable estat. Si j'osois, je demanderois par
charité à la mère prieure, c'est-à-dire à celle qui l'a été, de
demander à Notre-Seigneur cette conversion. Je communierai, s'il
plaît à Dieu, dimanche pour cela. Souvenez-vous-en, chère sœur,
ce jour-là, et priez toutes vos bonnes mères d'avoir aussi cette
bonté. Enfin j'ai depuis peu tant d'espérance à ces saintes
reliques, que je n'en fais quasi plus de doute. J'ai cela si
fortement à la tête qu'il ne se peut pas plus... Ce dernier
septembre 1659.»
Une autre fille du duc de Bouillon, une autre nièce de Turenne,
Mauricette-Phébronie, mariée à Maximilien, duc de Bavière, frère de
l'Électeur, morte sans postérité en 1706, écrit en 1670 à sa sœur,
Hippolyte de Bouillon, déjà carmélite (voyez plus haut, page 368):
«A ma très chère sœur Hipolite de Jésus.
«J'ai bien de la joie, ma très chère sœur, d'apprendre par
votre dernière lettre que vous êtes bien aise que notre aumonier
retourne à notre service. Assurément c'est un fort honnête
homme. Il m'a bien réjouie en m'assurant de la continuation de
votre amitié, et m'a bien dit aussi que je n'étois pas oubliée
dans vos bonnes prières. Je vous prie, ma chère sœur, de
vouloir bien continuer, et principalement envers la bienheureuse
mère Magdelaine, en qui j'ai eu toute ma vie bien de la
dévotion. Vous ne pouviez pas me faire un présent plus agréable
qu'en m'envoyant un scapulaire fait de sa robe. Je vous en suis
infiniment obligée. Je le porterai toute ma vie. J'ai bien de la
joie d'avoir sa Vie (par le père Senault). Je vous prie, ma
chère sœur, d'en vouloir bien remercier de ma part la révérende
mère prieure (en 1670, la mère Agnès) et lui témoigner
l'obligation que je lui en ai. Si la lecture de cette vie me
peut convertir, je lui en aurai toute l'obligation; ce ne seroit
pas une des moindres que je lui ai avec tant d'autres dont
celle-là ne fera qu'augmenter le nombre. Je ne manquerai pas de
faire faire un tableau pour metre dans ma chambre d'après
l'image que vous m'avez envoyée. Je vous remercie bien fort de
tout ce que vous m'avez donné. Je n'ai pas manqué de faire vos
compliments à Monsieur mon mari, qui vous en remercie bien fort
et se recommande bien à vos bonnes prières, et moi je fais la
même chose, en ayant bien besoin.
Adieu, ma chère sœur, soyez persuadée que vous avez un pouvoir
absolu sur le cœur de votre
MAURICE PHÉBRONIE.--A Munic, ce 30 avril 1670.»
Nous terminerons par six lettres de la reine d'Angleterre, Henriette,
la fille d'Henri IV, la femme de Charles Ier. Elles sont autographes,
avec leurs cachets intacts.
«A LA TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE MAGDELAINE DE SAINT-JOSEPH.»
«Ma révérende mère, je vois par votre lettre le soin que vous
avez de moi et de mes enfants dans vos bonnes prières, de quoi
je vous remercie, et vous prie de continuer en ayant bon besoin,
votre piété m'étant assez connue pour être assurée que lorsque
vous vous souviendrez de moi, cela m'apportera beaucoup de
bonheur. Si je pouvois vous faire voir le ressentiment que j'en
ai par quelque voie, je le ferois de très bon cœur; mais
sachant que toutes choses du monde vous sont indifférentes, je
me contenterai de vous assurer que ce ne sera que faute
d'occasion si je ne le vous fais paroître, priant Dieu qu'il
vous ait en sa sainte garde. Faites mes recommandations à toutes
vos bonnes filles, et les priez de prier Dieu pour moi.
«HENRIETTE MARIE, R (_eine_).»
«A LA RÉVÉRENDE MÈRE MAGDELAINE DE SAINT-JOSEPH.
«Ma mère, j'ai reçu une de vos lettres qui m'a extrêmement
rejouie de voir que j'étois encore en votre souvenir, quoique je
n'en doutasse point, mais j'ai été très satisfaite de le voir
par votre lettre, de quoi je vous remercie, et vous prie de
vouloir continuer à prier Dieu pour moi, et croire que si je
vous pouvois servir en quelque chose en ce pays, je le ferai de
tout mon cœur. Faites mes recommandations à toutes vos bonnes
sœurs, et si sœur Aymée (peut-être mademoiselle Deschamps, ou
plutôt mademoiselle Rebours, morte en 1653, à Bourges; plus
haut, page 354), qui étoit à moi, est là, dites-lui que je crois
qu'elle ne m'oublie pas en ses prières, et qu'elle a encore
souvenance de moi; priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte
garde.
«HENRIETTE MARIE, R.»
DE LA MÊME A LA MÊME.
«A la mère Magdelaine.