Quand elle fut là, elle fit connoissance avec un religieux de

Saint-Germain-des-Prés, nommé le Père Bergeret, qui s'attacha

beaucoup à l'instruire, et surtout lui fit entendre qu'il ne

falloit plus penser à la cour, et que si elle s'en retournoit,

il falloit qu'elle se résolût d'aller en Écosse avec M. son père

et Mme sa mère. Elle eut bien de la peine à cela, mais enfin

elle s'y rendit, et se résolut aussi à se confesser. Elle se mit

alors sous la conduite du Père général de l'Oratoire de

Sainte-Marthe, à qui elle fit une confession générale bien mieux

que la première fois, parce qu'elle avoit plus de connoissance

de ce qu'elle faisoit. Dans ce temps-là elle faisoit de bonnes

lectures, et elle lut entre autres les Confessions de saint

Augustin, qui la touchèrent et lui inspirèrent beaucoup

d'éloignement pour le monde et de désir de la retraite, à quoi

elle s'adonna davantage qu'elle n'avoit fait jusque-là. Quelque

temps s'étant passé ensuite, on commença à tâcher de la

persuader de ne plus retourner du tout en son pays, et on lui

représenta le danger qu'il y avoit pour elle, non-seulement pour

le monde qui est dangereux à tous ceux qui y sont exposés, mais

aussi pour sa religion, quoique le désir que son père et sa mère

avoient de la faire revenir auprès d'eux les portoit à lui

promettre toute sorte de liberté, même jusqu'à lui permettre de

mener un prêtre avec elle. Ce fut là une chose qui lui fit bien

de la peine, car elle avoit bien de la répugnance à demeurer en

France sans bien ni espérance d'en avoir jamais, de sorte qu'on

eut bien de la peine à gagner cela sur elle. Cependant Dieu lui

fit enfin la grâce de s'y résoudre et de s'abandonner à sa

providence. Quelque temps après, les personnes qui prenoient

soin d'elle lui proposèrent un mariage avec un homme fort riche,

mais qui n'étoit pas de sa condition. Elle ne put s'y résoudre,

non pas, dit-elle, par orgueil, à cause de sa naissance, mais

parce qu'elle ne se sentoit pas portée au mariage. Elle ne

l'étoit pas non plus à la religion, mais elle vouloit demeurer

en l'état où elle étoit. On la pressa là-dessus prodigieusement,

tous ses amis la condamnoient. Il n'y avoit que le Père de

Sainte-Marthe qui ne la condamnoit point, parce qu'il voyoit

plus clairement que les autres que ce n'étoit point par un

méchant motif qu'elle refusoit cela. Cette persécution dura

fort longtemps, après quoi on la laissa en repos; et ensuite,

assez longtemps après, s'étant trouvée une nuit du jeudi au

vendredi saint qu'elle passa tout entière à l'église devant le

Saint-Sacrement, l'année 1678, dans une disposition d'une grande

paix, elle disoit en elle-même: Que faudroit-il que je fisse

pour passer ma vie en l'état où je suis? Tout d'un coup la

pensée lui vint qu'il faudroit qu'elle se fît Carmélite. Cette

pensée la jeta dans un trouble inexprimable, parce qu'elle

voyoit d'un côté une vie dont elle ne se croyoit pas capable, et

que de l'autre elle croyoit que le sentiment qu'elle en avoit

étoit une marque de la volonté de Dieu. Cela lui ôta toute la

dévotion qu'elle avoit, et il ne lui resta que le trouble, qui

étoit terrible. Elle demeura dans cet état jusqu'au mardi de

Pâques, qu'étant à la messe, toujours dans le trouble, elle ne

put s'empêcher de prier Dieu, ou de lui ôter cette pensée d'être

Carmélite, ou de la mettre en repos. Après sa prière elle se

trouva tout d'un coup dans une paix très grande, et il ne lui

resta qu'une envie très forte d'être Carmélite, qui ne l'a plus

quittée depuis. Elle la communiqua au Père de Sainte-Marthe qui

l'approuva, supposé qu'elle eût la force de soutenir cette vie;

ensuite elle en parla à Mlle de Montalais qui fut

extraordinairement surprise, et qui la pria de demeurer un an

sans exécuter cette résolution, tant pour s'éprouver, que pour

lui donner le temps de se résoudre à se séparer d'elle. Elle lui

donna ce temps-là, durant lequel le Père de Sainte-Marthe alla

aux Carmélites en parler, et on l'accepta très volontiers. Elle

y alloit aussi elle-même souvent, et y entroit quelquefois.

Enfin au bout de l'année elle y entra tout à fait, et s'y fit

religieuse.

Voilà l'histoire de cette bonne religieuse. Je vous prie de la

garder, car je pourrois en oublier bien des circonstances, qui

sont bonnes à savoir. Elle conte cela avec une simplicité et une

reconnoissance qui donne de la joie, et je vous assure que j'ai

eu bien de la consolation de faire connoissance avec elle. Je la

cultiverai, etc.»

IV

INVENTAIRE DES OBJETS D'ART QUI ÉTAIENT AU GRAND COUVENT DES

CARMÉLITES DE LA RUE SAINT-JACQUES, AVANT LA DESTRUCTION DE CE

COUVENT EN 1793.

Ainsi que nous l'avons dit ailleurs[525], les couvents et les églises

étaient, dans l'ancienne France, de véritables musées populaires.

Rien d'arbitraire alors dans la destination des ouvrages d'art, ni par

conséquent dans le choix des sujets représentés; et il en résultait

cet avantage que les artistes cherchaient avant tout l'expression, qui

ne pouvait leur être imposée et où ils mettaient leur génie; car les

accessoires et en quelque sorte la scène extérieure étaient

rigoureusement déterminés par les convenances souveraines du sujet,

du lieu, de l'usage, sous les auspices d'une autorité qui ne

pouvait, sans trahir des devoirs sacrés, laisser une trop grande

part à la fantaisie. La sainte maison où travaillaient les artistes,

l'effet moral qu'on leur demandait de produire sur l'âme des fidèles

parlait à la leur, et guidait leur ciseau ou leur pinceau. A Paris,

au XVIIe siècle, les Chartreux, Notre-Dame, Saint-Gervais,

Saint-Germain-l'Auxerrois, les Célestins, les Minimes, les Jésuites de

la rue Saint-Antoine, le Val-de-Grâce, Port-Royal, ont exercé et

inspiré le Poussin, le Sueur, Lebrun, Champagne, Mignard, Sarasin et

les Anguier, tout autant que le Louvre et les palais de la royauté et

de l'aristocratie. Le couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques

est un des principaux asiles que la religion ouvrit aux arts à cette

grande époque, et il y aurait plus d'un genre d'intérêt à rechercher

les divers ouvrages, soit de peinture, soit de sculpture, que ce

couvent célèbre renfermait, avant que des insensés l'eussent profané,

dépouillé, détruit.

[525] DU VRAI, DU BEAU ET DU BIEN, 10e leçon, de _l'Art français_.

Malingre, dans les _Antiquités de la ville de Paris_, in-folio, p. 502

et 503, nous donne la première idée des richesses d'art que les

Carmélites du faubourg Saint-Jacques, fondées en 1602, possédaient

déjà en 1640, mais il nous laisse ignorer entièrement les noms des

artistes français qui avaient été employés. Il est étrange que Sauval,

dans sa savante _Histoire des antiquités de la ville de Paris_, n'ait

consacré que deux lignes aux Carmélites, t. II, p. 80. Brice, dans sa

_Description de la ville de Paris_, depuis la première édition de

1685 jusqu'à la dernière de 1725, nous fait connaître à quel état de

splendeur était parvenu le monastère des Carmélites à la fin du XVIIe

siècle. _Le Voyage pittoresque de Paris_, par d'Argenville, seconde

édition, 1752, ajoute plus d'un renseignement nouveau. La dernière et

la plus ample description que nous connaissions est celle des

_Curiosités de Paris, de Versailles, de Marly_, etc., édition de 1771,

t. I, p. 459-463: les différents traits en sont empruntés à

d'Argenville et à Brice.

Tous ces témoignages sont bien surpassés, et pour l'étendue et pour la

précision et pour l'absolue certitude, par un document inédit que nous

allons mettre sous les yeux des lecteurs.

Lorsqu'en 1793 la tempête révolutionnaire s'abattit sur les Carmélites

et renversa de fond en comble l'église sur la voûte de laquelle était

le fameux crucifix de Philippe de Champagne[526], on enleva les

tableaux et les sculptures, et on les transporta dans l'église des

Petits-Augustins devenue le dépôt provisoire des objets d'art du

département de la Seine. On fit alors un inventaire des dépouilles des

Carmélites. Cet inventaire a été retrouvé par nous aux _Archives

nationales_ parmi les _Pièces domaniales_ relatives aux Carmélites de

la rue Saint-Jacques. Il a été fait avec soin par des experts qui ont

quelquefois jugé ce qu'ils décrivaient. Nous y rencontrons tous les

objets d'art indiqués par Brice, d'Argenville et l'auteur des

_Curiosités de Paris_. Il est donc certain que les Carmélites

n'avaient rien perdu de ce que leur avait donné la piété du grand

siècle, et qu'elles en avaient été de fidèles gardiennes; nouvelle

preuve de l'heureuse et naturelle alliance de la religion et de

l'art. Voici ce document exactement transcrit:

_État des tableaux et monuments d'arts et de sciences, provenant

des dames Carmélites, rue Saint-Jacques, lesquels ont été

déposés au dépôt provisoire établi aux Petits-Augustins._

ÉGLISE.--SCULPTURES.

_Maître autel._--Quatre grandes colonnes, marbre noir veiné avec

leurs chapiteaux et bases de bronze doré. Deux anges en bronze

modelés par Flamen. Un bas-relief en argent avec une frise pour

bordure; même matière; le tout modelé par Flamen et représentant

l'Annonciation. Les marbres de l'autel sont en noir veiné. Les

marches et les rampes qui les accompagnent, même marbre. Quatre

colonnes de vert d'Égypte forment la séparation du sanctuaire;

elles sont surmontées de chapiteaux et portées par des bases en

bronze doré; un Christ en bronze par Sarasin surmonte la grille.

_Chapelles._--Deux colonnes de noir veiné garnies de chapiteaux

et bases de bronze ornent un des autels. Le cardinal de Bérulle,

sculpté de grandeur naturelle en marbre blanc par Sarasin. Son

piédestal est orné de deux bas-reliefs faits, dit-on, par

Lestocart, son élève[527]. Plusieurs pavés et tombes de marbre

noir et blanc. Deux bénitiers et leurs bases en marbre noir

veiné.

ÉGLISE.--TABLEAUX.

_Sanctuaire._--L'Annonciation de la Vierge, par Guido Reni[528].

Six tableaux de la Vierge, par Philippe Champagne[529].

Les cinq pains, miracle peint par Stella.

Jésus apparaît aux saintes femmes, par Lahyre.

Entrée de Jésus dans Jérusalem, par le même.

La Samaritaine, par Stella.

Le repas de Jésus chez le pharisien, par Lebrun[530].

Jésus servi par les anges, par le même[531].

_Chapelle._--Apparition de saint Joseph à sainte Thérèse, par

Verdier[532].

Le songe de Joseph, par Champagne.--Panneaux représentant la vie

de saint Joseph, par le même.

Saint Joseph trouve son épouse en prière, par J. B. Champagne.

Apparition de la Vierge à un religieux: école de ce maître.

Panneaux peints par Verdier.

Sainte Geneviève en prière, par Lebrun[533].

Panneaux représentant la vie de cette sainte, par Verdier.

La Madeleine repentante connue sous le nom de Mme de La

Vallière, peinte par Lebrun[534].

La Madeleine dans le désert, par Houasse[535].

_Vestibule d'entrée[536]._--Quatre tableaux de divers maîtres ne

méritant pas description.

Jésus en jardinier et une apparition: école de Vignon.

Quatre tableaux médiocres.

_Chapitre._--Portrait de Mme de La Vallière et celui de Mlle

d'Épernon, par de l'Eutef. Un tableau médiocre. Le bon Pasteur;

école de Vignon. Saint Michel combat les vices, médiocre. Sainte

Marie Égyptienne, par d'Olivet.

_Noviciat._--Quatre petits tableaux de la vie de la Vierge, par

Houasse.

Un religieux dans un désert, par Lahyre.

Autre religieux dans la même situation, par un élève de Lahyre.

La mort de saint Renaud: école de Champagne. Une Vierge, par

Houasse. Jésus au milieu des docteurs: école de Champagne. Un

médiocre tableau. Une Annonciation par Lallement.

_Escalier._--Apparition de la Vierge à saint François: école de

Champagne.

_Le Chœur._--La Pentecôte, d'après Lebrun, par Houasse.

Une descente de croix, par le même. Jésus apparaît aux saintes

femmes, copie d'après Lahyre. Saint Michel, d'après Raphaël.

Sainte Catherine au martyre, par un élève de Lahyre. Trois

portraits. L'Annonciation, d'après Guide. Panneaux représentant

des anges, etc.

_Oratoire._--Quatre tableaux de la vie de Jésus, par Houasse.

_Avant-Chœur._--Jésus à la colonne. Une Vierge et Jésus;

médiocres. La Visitation de la Vierge, d'après Seb. del Piombo.

La sainte Famille, d'après Raphaël. David en prière, par Vignon.

La Cananéenne, par Stella. Saint Charles, copié d'après Lebrun.

_Galerie._--Jésus délivre le purgatoire: école de Vignon.--Jésus

dans le désert: école de Lebrun. Six tableaux peints par des

élèves de Vignon. _Tête de Jésus; tête de la Madeleine:

réclamés._

_Chapelle des Saints._--35 reliquaires plaqués, soit en vermeil,

argent ou cuivre, ornés de cristaux, lapis et pierres de

couleur.--Jésus prêche, par Stella.--Panneaux, éc. de

Vignon.--Une sainte Famille, d'après Raphaël.--Tête de

Madeleine, par Bloemaërt. Trois devants d'autel peints.--Une

Vierge, par Champagne.--Six tableaux par J. B. Champagne.--Jésus

couronne sainte Thérèse, par Houasse.

Panneaux peints par le même. Arabesques et cartouches, par le

même.--Tête de femme, par Champagne.

_Allée de la Reine._--Trois têtes par divers maîtres, dont une

représente saint Denis.

_Roberie._--La Samaritaine, école de Champagne.--Job sur son

fumier, par Lallement.

_Salle de la Reine._--Entrée de Jésus à Jérusalem. La

Cananéenne.--Un Sauveur du monde.--La Pentecôte et l'Ascension.

Ces six tableaux sont de l'école de Champagne. Plusieurs

médiocres tableaux.

_Chauffoir._--Les douze apôtres, têtes colossales, par J. B.

Champagne.

_Dortoir._--Jésus servi par les anges, éc. de Vignon.

_Parloir de la Supérieure._--Un dessus de porte, éc. de

Champagne.--Un Calvaire, médiocre copie. Une Adoration des

bergers, par Annibal Carrache.

_Petites Chapelles._--Jésus enfant. Six tableaux de la vie de

saint Jean, et arabesques médiocres.

_Chapelles et oratoires._--Jésus apparaît à un religieux, par

Houasse. Quatre petits tableaux de la passion de Jésus, par le

même.--Saint Pierre éveille Jésus, par Vignon. Six médiocres

tableaux. Deux petites copies d'après Carrache. Six autres

médiocres tableaux.

La Vierge portée par des anges, par Houasse.--Six panneaux de la

vie de la Vierge, par le même. Douze autres panneaux,

arabesques, etc., par le même. Plafond, par le même.

Autres panneaux, grisailles, par le même.

Jésus au jardin des Oliviers, dans le goût de Verdier. Neuf

tableaux de la vie de Jésus, par le même. Un Christ entouré

d'anges, par Lequesnoy. Plusieurs têtes médiocrement peintes

représentant des Vierges.

Le sommeil de Joseph, par Houasse. Huit panneaux, par le même.

Six grands mauvais tableaux; douze mauvais paysages.

_Jardin, Oratoire._--Dix tableaux peints sur bois, par

Champagne, représentant la vie de Jésus. Six panneaux et plafond

par le même.

[526] Brice, 1re édition: «Toute la voûte est fort bien peinte en

cartouches. Entre les cordons on y doit remarquer un crucifix

accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean qui sont dessinés

avec tant d'industrie et d'artifice qu'il semble que les figures

soient sur un plan droit, ce qui trompe fort agréablement ceux qui

les regardent.»--Gérard des Argues, de Lyon, avait donné le trait

pour la perspective de cette pièce si habilement exécutée par

Champagne.

[527] Les deux bas-reliefs représentent: l'un, le Sacrifice de Noé

au sortir de l'arche; l'autre, celui de la messe.

[528] Un des plus beaux tableaux du Guide, fait exprès pour la

reine Marie de Médicis, qui en a fait cadeau au monastère.

[529] Ce sont probablement les six tableaux que Brice décrit ainsi

dans l'édition de 1713: «De l'autre côté, à main droite, les six

qui répondent à ceux dont on vient de parler (les six qui suivent

dans l'inventaire) sont tous de Philippe de Champagne, lequel y

travailloit en 1631 et en 1632. Le premier en entrant représente la

Résurrection du Lazare; le second, la Circoncision de

Notre-Seigneur; le troisième, l'Adoration des mages; le quatrième,

l'Assomption de la Vierge; le cinquième, la Descente du

Saint-Esprit sur les apôtres; le dernier enfin est la Nativité de

Notre-Seigneur avec les bergers dans l'étable. Ces pièces sont

d'une grande perfection et satisfont beaucoup ceux qui aiment les

ouvrages de peinture.» D'Argenville fait remarquer que trois de ces

tableaux seulement sont de Champagne, à savoir: la Descente du

Saint-Esprit sur les apôtres, la Résurrection du Lazare et

l'Assomption de la Vierge; et les autres d'après ce maître.--La

Descente du Saint-Esprit sur les apôtres que Brice et d'Argenville

ont vue tous deux aux Carmélites et qu'ils attribuent à Philippe de

Champagne, est sans doute un des tableaux que Champagne s'était

engagé de faire pour les Carmélites et qu'il désigne lui-même dans

une lettre précieuse, vendue à Londres, en 1851, par M. Donnadieu,

parmi beaucoup d'autres curiosités et objets d'arts. Voici les

lignes de cette lettre citée dans le catalogue de cette vente:

«Premièrement deux grands tableaux sur coutil où seront

représentées, en l'un _l'Ascension de Notre-Seigneur_, en l'autre

_la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres_. A la façade du

chœur, au-dessus de la corniche, on peindra un Moïse et un Élie.»

Plusieurs des tableaux ici mentionnés n'auront pas été achevés et

livrés par Champagne; car ils ne se trouvent ni dans l'un ni dans

l'autre des deux inventaires que nous publions.

[530] Gravé par J. B. Poilly.

[531] Gravé par Mariette.

[532] D'Argenville dit Champagne au lieu de Verdier: «La première

chapelle auprès du chœur est celle de Sainte-Thérèse. Philippe de

Champagne a représenté sur le mur, en face de l'autel, saint Joseph

averti en songe de ne pas quitter sainte Vierge. Jean Baptiste de

Champagne a exécuté l'histoire de ce saint sur les lambris de cette

chapelle, d'après les dessins de son oncle.»

[533] D'Argenville: «Sur l'autel de la troisième chapelle, Lebrun a

peint sainte Geneviève avec un ange. Sa vie est représentée sur les

panneaux des lambris par Verdier, d'après les dessins de Lebrun.»

[534] Brice, 1re édition: «Dans la chapelle qui est dédiée à la

Madeleine (la quatrième selon d'Argenville), il y a un excellent

tableau de cette sainte, de M. Lebrun, un des plus beaux peut-être

qu'il ait jamais faits. Cette sainte est représentée pleurant sous

un rocher, qui arrache ses ornements de tête et ses parures, et qui

les foule aux pieds; elle a les yeux baignés de pleurs, dont

l'éclat de son teint paroît obscurci. Enfin, on ne peut s'imaginer

une disposition plus touchante, et l'on a de la peine à ne pas

avoir de la compassion en voyant cette pénitente.» Gravé par Gérard

Edelinck.

[535] Brice paraît attribuer cette peinture à Lebrun lui-même.

[536] Brice, d'Argenville et les _Curiosités de Paris_ s'arrêtent

ici et n'indiquent que les tableaux placés dans l'église des

Carmélites, l'intérieur du monastère étant fermé au public.

Tous les objets portés dans cet inventaire subsistaient donc au

commencement de notre siècle. Depuis, que sont-ils devenus? Parmi les

sculptures, le Christ en bronze, qui surmontait la grille du chœur,

chef-d'œuvre de Sarasin, a péri ou du moins a disparu, ainsi que les

anges en bronze et le bas-relief en argent de Flamen. Nous ignorons où

sont allées les belles et précieuses colonnes. Le musée des

Petits-Augustins a longtemps conservé la belle statue en marbre blanc

du cardinal de Bérulle, de la même main qui a fait le mausolée d'Henri

de Bourbon et les cariatides de la cour du Louvre. Elle est décrite

page 57 du tome V du _Musée des monuments français_, en l'année 1806;

et le catalogue du _Musée royal des monuments français_ de 1815

atteste, p. 95, que cette statue y était encore dans les premières

années de la restauration. Quant aux tableaux, il serait fort curieux

de rechercher et de suivre leur destinée. On le pourrait pour

quelques-uns. La fameuse Madeleine de Lebrun, après avoir été sous

l'empire transportée dans la galerie de Versailles, «le seul lieu du

monde, dit éloquemment M. Quatremère de Quincy, qui ne devait jamais

la revoir,» est aujourd'hui au musée du Louvre, avec le _Jésus servi

dans le désert par les anges_, ainsi que _l'Apparition de Jésus aux

saintes femmes_, de Lahire, et _l'Entrée de Jésus dans Jérusalem_,

tableau du même artiste que le livret attribue mal à propos à Lebrun.

Mais au lieu de nous engager dans ces recherches difficiles, nous

aimons mieux donner ici une pièce intéressante que nous devons à la

bienveillance des aimables et saintes femmes qui ont ranimé la

tradition du Carmel, et se sont bâti une humble demeure parmi les

débris de l'ancien et magnifique couvent. A notre prière, elles ont

bien voulu dresser un état contenant les objets d'art qu'elles avaient

sauvés en 1793, par divers pieux moyens, et qui ne sont pas portés

dans l'inventaire des _Archives nationales_, et quelques autres

encore, en bien petit nombre, que depuis elles ont pu recouvrer.

SCULPTURES.

«La statue de saint Denis qui était autrefois dans la chapelle

souterraine qui portait son nom.

«Une statue de la sainte Vierge, appelée Reine des anges, et

représentée son sceptre à la main.

«Une statue fort ancienne représentant la sainte Vierge assise

avec Jésus enfant, autrefois au noviciat, et maintenant placée

à l'avant-chœur des religieuses.

«Un buste du cardinal de Bérulle.

«La statue en marbre du même cardinal, par Sarasin, avec les

bas-reliefs de Lestocart, celle même qui était encore au musée

des Petits-Augustins en 1815. Dans la dispersion des monuments

de ce musée, elle fut achetée par une dame de Bérulle,

petite-nièce du cardinal, laquelle en fit don aux nouvelles

Carmélites de la rue Saint-Jacques[537].

[537] Sur cette admirable statue de Sarasin, voyez l'ouvrage DU

VRAI, DU BEAU ET DU BIEN, 10e leçon. L'Oratoire avait élevé de son

côté une statue à son premier et saint général. On la voit encore

aujourd'hui à Juilly. Elle est de la main de Michel Anguier.

PEINTURES.

«Un portrait peint sur pierre de la sainte Vierge tenant

l'enfant Jésus. Cette peinture est fort ancienne, et une

tradition la fait remonter à saint Luc lui-même, et la fait

apporter en Gaule par saint Denis, qui l'aurait laissée dans la

cave souterraine où il se réfugiait pour éviter la persécution.

«Deux tableaux sur bois attribués à Lebrun. L'un représente

sainte Thérèse priant pour les âmes détenues en purgatoire, et

voyant plusieurs d'entre elles sortir de ce lieu d'expiation et

s'élever vers le ciel. L'autre représente la même sainte en

oraison: un séraphin lui perce le cœur d'un dard enflammé.

«Un tableau beaucoup plus ancien représente le même sujet; on

ignore le nom de l'artiste.

«Dans le sanctuaire de l'église actuelle, près de la grille du

chœur, est un grand tableau de Lebrun: Jésus-Christ

apparaissant à la mère Anne de Jésus, carmélite espagnole,

disciple de sainte Thérèse, et à la mère Anne de

Saint-Barthélemy, leur prédisant à l'une et à l'autre la

fondation de l'ordre en France, et leur apprenant que sa volonté

était qu'elles y fussent envoyées.

«Deux portraits de Mlle d'Épernon, sœur Anne Marie[538].

«Un portrait de Mme de La Vallière, sœur Louise de la

Miséricorde, de Mignard ou d'un de ses élèves.

«Mlle de Bains, la mère Marie Madeleine de Jésus[539].

«Un portrait de Mme de Bréauté, la mère Marie de Jésus[540].

«Plusieurs portraits de Mlle de Fontaines, la vénérable mère

Madeleine de Saint-Joseph, première prieure française du grand

couvent[541].

«Un portrait de Mlle de Bellefond, la mère Agnès de

Jésus-Maria[542].

«La sœur Catherine de Jésus en extase[543].

«Un portrait de Mlle Langeron de Maulevrier, la mère Anne

Thérèse de Saint-Augustin, portrait attribué à

Largillière[544].»

[538] Voyez chap. I, p. 108, dans la note. L'un de ces portraits

est attribué à Mignard; l'autre, plus petit, est l'original ou une

très bonne copie du charmant portrait de Beaubrun, gravé par

Edelinck.

[539] _Ibid._, p. 94.

[540] _Ibid._, p. 89.

[541] _Ibid._, p. 88.

[542] Voyez chap. Ier, p. 96.

[543] _Ibid._, p. 101.

[544] _Ibid._, p. 353.

Les Carmélites n'ont plus aujourd'hui aucun des magnifiques

reliquaires qu'elles possédaient avant la révolution, et qui leur

venaient en grande partie de Marie de Médicis. En 1793, ils furent

enlevés et fondus. Voilà pourquoi ils ne sont pas portés dans

l'inventaire des _Archives_. Parmi ces reliquaires il y en avait un où

était déposé le cœur du cardinal de Bérulle; il eut le même sort que

tous les autres. Mais les bonnes religieuses sauvèrent le cœur de

leur premier et vénéré supérieur, et elles le conservent précieusement

enchâssé dans une boîte d'argent, présent de cette même petite-nièce

de Bérulle, qui leur a donné aussi, après l'avoir rachetée, la statue

de son grand-oncle.

Ces dames nous assurent qu'elles possédèrent autrefois bien des objets

d'art que Brice et d'Argenville n'ont pu connaître et décrire, parce

qu'ils étaient dans l'intérieur de la maison, et qui ne se retrouvent

point non plus dans l'inventaire des _Archives_. Elles citent

plusieurs peintures alors fort estimées: un Saint François de Paule,

de Simon Vouet; quatre tableaux entourés d'arabesques dorées, du même

artiste: 1º l'Apparition des Anges après l'Ascension; 2º David avec

l'ange qui répand le fléau de la peste; 3º Tobie tirant le poisson de

l'eau; 4º Zacharie à qui l'ange apparaît; divers tableaux espagnols;

une Sainte Catherine de Sienne, de Pietro de Cortone; un Ecce Homo de

Carlo Dolce; une Vierge de Sasso Ferrato; un assez bon nombre de

miniatures, une entre autres attribuée à Petitot, représentant la

princesse de Condé, mère de Mme de Longueville, une des bienfaitrices

de l'ordre. Enfin, ces dames nous ont parlé d'une statue en marbre de

Girardon, Jésus-Christ ressuscitant, qui était placée dans le jardin

avec une Sainte Thérèse et une Madeleine en pierre. Elles nous ont

raconté un trait bien frappant du désordre et du gaspillage

révolutionnaire. Il y avait aux Carmélites deux tableaux de Lebrun

représentant, l'un la Résurrection de Jésus-Christ; l'autre,

Jésus-Christ attaché à la colonne du prétoire pour subir la

flagellation. Quelqu'un s'en empara, et ils furent retrouvés au

commencement de ce siècle chez un marchand de bric-à-brac, reconnus et

achetés par la mère Camille, Mme de Soyecourt, prieure des Carmélites

de la rue de Vaugirard, et on peut les voir encore aujourd'hui dans

l'église extérieure de ce couvent.

De toutes ces pertes, si justement déplorées, une des plus

regrettables est assurément l'émail de la princesse de Condé, la belle

Charlotte Marguerite de Montmorency. Il est fort douteux qu'on ait

détruit un ouvrage de ce prix. Il aura été volé, et probablement il

orne aujourd'hui quelque cabinet particulier, comme nous avons vu

nous-même, en 1842 ou 1843, sur la cheminée d'un député d'alors, M.

Armez, la propre tête de Richelieu, qu'en 1793 on avait coupée, comme

celle d'un aristocrate, dans la dévastation de la Sorbonne, et qui,

heureusement sauvée, était encore aussi intacte qu'elle avait pu

l'être le lendemain de la mort du grand Cardinal.

V

LA MÈRE MADELEINE DE SAINT-JOSEPH

Nous avons dit quelques mots des quatre grandes prieures françaises du

couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques au XVIIe siècle; nous

voudrions ici les faire mieux connaître, et pénétrer davantage dans

l'intérieur de la sainte maison, et surtout dans l'âme de ces

admirables religieuses. Nous allons donc tirer des archives des

Carmélites et rassembler un certain nombre de pièces qui concernent la

mère Madeleine de Saint-Joseph; nous donnerons ensuite une vie inédite

et détaillée de la mère Marie de Jésus, Mme de Bréauté, avec sa

circulaire écrite par Mlle de Bellefond, la mère Agnès de Jésus-Maria;

une biographie inédite aussi de cette belle Marie de Bains, en

religion la mère Marie Madeleine; enfin la circulaire de la mère

Agnès, écrite par la mère Marie du Saint-Sacrement, Mlle de la

Thuillerie.

Madame de Longueville: La Jeunesse de Madame de Longueville · 第 29 / 51 段