A
À, prép. _Aller à âne, aller à mulet_, ne sont pas des
expressions correctes; il faut dire: Aller sur un âne, aller
sur un mulet, comme on dit: Aller sur un chameau, aller sur un
dromadaire. Mais l'expression Aller à cheval est consacrée.
À, prép. Est mis pour «comme» dans les exemples suivants, qui
appartiennent au langage le plus populaire. _Il n'y en a point à
lui pour rendre service. Il n'y en a point à elle pour être
gentille et amusante. Pour faire les petits pains au beurre, il
n'y en avait point à Mme George._
À, prép. Est vicieux dans les exemples suivants: _Tu mettras ce
livre à ta poche. Au moment même où il mettait son foulard à sa
poche, un filou le lui enleva._ Substituez la préposition «dans»
et dites: Dans sa poche.
À, prép. Est mis pour «de» dans les phrases suivantes et phrases
analogues: _Le cheval à Jean-Pierre. La servante à Pilate. La
fête à Rousseau._ Cette faute, non moins répandue en France
qu'en Suisse, nous vient du vieux français; et un poëte fameux,
Ronsard, qui vivait au milieu du seizième siècle, était correct
à cette époque, en écrivant: _La guerre à Troie_, pour: La
guerre de Troie; _les victoires aux dieux_, pour: Les victoires
des dieux.
À, prép. _Acheter à quatre sous de cerises; prendre à deux sous de
lait_, etc.; dites: Acheter pour quatre sous de cerises; prendre
pour deux sous de lait.
ABADER (S'), v. pron. Terme des campagnards. Prendre son essor,
prendre sa course, courir les champs, s'affranchir de toute
entrave et de toute gêne, se sauver, s'enfuir. _Il faut nous
abader, car voici la pluie. Leurs vaches s'étaient abadées dans
les blés. Notre petite Marguerite commence à s'abader_;
c'est-à-dire: Commence à faire quelques pas seule. A l'actif,
_abader_ signifie: Bouger, remuer, soulever. _Abader un chariot,
abader une grosse pierre._ Dans le patois du Dauphiné, _Abadà lo
tropè_ veut dire: Lâcher les troupeaux qu'on mène paître, leur
donner la clef des champs. Voyez le mot BADE.
ABANDONNER (S'), v. pron. Se dit des enfants qui commencent à
faire quelques pas seuls et sans être soutenus. _Notre petit
John ne marche pas encore, mais il s'abandonne._
† ABANLIEUE, s. f. Banlieue.
ABASSOURDIR, v. a. Écrivez «Abasourdir,» et prononcez
_abazourdir_.
ABATTANT, s. m. Nous appelons ainsi cette partie du pupitre ou du
bureau sur laquelle on écrit, et qui, étant à charnière, se lève
et _s'abat_ à volonté.
ABÉCHER, v. a. Abéquer. _Tâche d'abécher les deux bouts. Cette
tringle ne peut abécher l'anneau._
ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher. _Un coup de vent
emporta les deux ruches et renversa l'abeiller._
ABERGER, v. a. Héberger. _M. G**, curé de La Roche, nous
accueillit et nous abergea._ Terme vieux français.
ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux français.
ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.
ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurément: _Je m'abonnerais
bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le
vôtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi
beau temps qu'aujourd'hui_; c'est-à-dire: On ferait volontiers
quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.
ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite. _Je suis
obligé de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission
est-elle faite, Jenny?--Non, Madame, mais je la ferai d'abord.
Il est huit heures d'abord. Nous déjeunerons d'abord._ L'adverbe
D'abord signifie: «Dès l'abord, premièrement, en premier lieu,»
mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples
ci-dessus.
ABORD APRÈS (D'), loc. adv. Aussitôt après, immédiatement après.
_Je vais à la poste, et je vous rejoins d'abord après._ «Il
n'est pas rare de voir _d'abord après_ une bise noire ou un
séchard, se lever un vent de midi.» [FATIO DE DUILLER.] Cette
expression, _d'abord après_, fort usitée chez nous et dans le
midi de la France, n'est pas française.
ABORD QUE (D'), conj. Aussitôt que, dès l'instant que. _D'abord
que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent
le tocsin, ils coururent chacun à leur poste._ Expression
suisse, savoisienne et méridionale.
ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture,
mettre _à bouchon_, tourner en sens contraire. _Aboucher un pot,
aboucher une seille pour l'égoutter._
ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains
animaux. _Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand
vous retirez de l'eau un noyé, ne l'abouchez pas._ En parlant
d'un cheval, _s'aboucher_ signifie: Tomber sur les genoux.
À BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renversé, sens dessus dessous.
_L'enfant souffrait du ventre; on le mit à bouchon, on le mit
d'abouchon. Mettez cette caisse à bouchon; elle nous servira de
table._ Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans le _Dictionnaire
français-anglais_ de Cotgrave [1609].
ABOUCLER, v. a. Boucler. _Aboucler des souliers; aboucler une
ceinture._
ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre. _Aboule ça;
aboule-moi vite ça_; c'est-à-dire: Donne cela lestement et sans
faire d'observation. Dans un sens plus restreint, _abouler_ est
synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme français
populaire.
ABOUTONNER, v. a. Boutonner. _Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu
prendras froid._ Terme français populaire.
ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hâte, air affairé, air
empressé. _Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras
pour peu de chose. Il fait des abras de tout_; c'est-à-dire: Il
s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en
vaille la peine.
† ABRE, s. m. Arbre. _Avante-nous des pommes sur l'abre._
Prononciation vulgaire dans la moitié de la France. Le
grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un
grand nombre de personnes instruites prononçaient _abre_,
quoiqu'elles écrivissent _arbre_.
ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux. _La cage et
les abreuvoirs._ Terme limousin, bordelais, etc.
ABSENTER, v. n. S'absenter. _Toute la famille absenta trois
jours._ Terme vieux français. Nous faisons aussi d'_absenter_ un
verbe actif. _Il a absenté l'école. Si tu absentes encore une
seule fois ta classe, je te punirai._
ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, borné, stupide. _Tu es un
absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs._ Français
populaire. «Absurde» est un adjectif.
À ÇÀ, interj. Çà! çà donc! eh bien! eh! _À çà! Messieurs, un peu
moins de bruit. À çà! Frédéric, puisqu'on se quitte aujourd'hui
de si bonne heure, on se reverra demain. À çà! qu'ai-je donc
fait de ma clef d'armoire?_
† ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement, à la
sourdine. _Faire quelque chose acachons._ On dit aussi
_d'acachons_. _Notre Étienne est un garçon ouvert, qui ne fait
jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons_, se dit, chez
les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent
quelquefois en été, lors même que le ciel est couvert et le
soleil entièrement caché.
ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est-à-dire: Rester
oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment. _S'acagnardir
au coin du feu._ Français populaire.
ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir. _Il s'était acagné dans un
coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid._ [P.
G.]