sous Louis XIV_, t. III, p. 258 (21 et 31 décembre, traité entre
Charles II et Louis XIV), p, 291; (10 juillet 1671, traité avec
le duc de Brunswick), p. 348; (avec l'empereur, 21 novembre et 18
décembre 1671), p. 548 et 553. (La Suède est aux enchères.
Courtin appelle les Suédois les Gascons du Nord. Le 14 avril
1672, le traité de confédération de la Suède et de la France
contre la Hollande est signé).--_Ibid._, t. III, p. 558, 638.
(Bonsy, archevêque de Toulouse, et le marquis de Villars
négocient à Madrid.)
[347] MIGNET, _Négociations, etc._, t. III, p. 666; t. IV, p. 1.
[348] Voyez la longue liste des beaux noms que donne du Londel
dans ses _Fastes_, p. 207.
[349] MIGNET, _Négociations relatives à la succession d'Espagne
sous Louis XIV_, t. III, p. 610. (Manifeste de guerre contre la
Hollande), t. III, p. 160; t. IV, p. 269. (Paix entre
l'Angleterre et la Hollande), t. IV, p. 277. (Rupture des
conférences, l'électeur de Cologne enlevé), t. IV, p. 289.
(Seconde conquête de la Franche-Comté), t. IV, p. 299. (Belle
campagne de Turenne en Alsace), t. IV, p. 299, 364, 366, 521.
(Charles II devient hostile à la France), t. IV, p. 678 et 706.
La paix se conclut.
Les cercles dans lesquels madame de Sévigné se trouvait mêlée par la
nécessité des affaires, par les convenances de société ou les besoins de
l'amitié comprenaient tout ce qu'il y avait alors dans Paris de
personnages illustres ou considérables. Déjà nos lecteurs en connaissent
une grande partie; mais la suite de la correspondance de madame de
Sévigné nous introduit auprès de beaucoup d'autres, sur lesquels les
mémoires du temps nous donnent des détails curieux. Nous nous
contenterons de rappeler ici les noms des principaux: MADEMOISELLE[350],
les Condé et Gourville; avec eux, les duchesses de Rohan, d'Arpajon, de
Verneuil, de Gesvres; les Lavardin[351], surtout la femme du duc de
Chaulnes; les d'Albret, les Beringhen, les Richelieu, les Duras, les
Charost, les Villeroi, les Sully, les Castelnau, les Louvigny. C'est dans
ces sociétés que brillaient l'abbé Têtu et Barillon, qui fut ambassadeur
en Angleterre: celui-ci était alors, ainsi que le marquis de Beuvron,
éperdument amoureux de madame Scarron; mais elle sut contenir toute cette
passion dans les limites de l'amitié la plus dévouée[352]. Dans
l'épée, nous citerons Dangeau, le comte de Sault, qui fut duc de
Lesdiguières[353], illustré par les vers de Boileau; le comte de Guiche,
frère de madame de Monaco, et l'amant de la duchesse de Brissac[354].
Dans les femmes d'un rang plus ou moins élevé, nous devons nommer: la
maréchale d'Humières, dont le mari était parent de madame de Sévigné et
de Bussy; madame du Puy du Fou[355], madame Duplessis-Bellière, les
Créqui, les Guiche, les Sully; l'abbesse de Fontevrault, madame de
Thianges, la comtesse de Fiesque, sa sœur, et sa voisine, cette belle
madame de Vauvineux, que madame de Sévigné appelait Vauvinette; les
Verneuil, les d'Entragues, la comtesse d'Olonne, la marquise de
Courcelles, la marquise d'Huxelles, madame de Puisieux, et avec eux toute
la société de la cour[356]. Dans la robe, les d'Ormesson[357], le
président et la présidente Amelot[358], les de Mesmes, les d'Avaux, que
l'abbé de Coulanges recevait à Livry[359]; les Colbert, les Pomponne, les
Louvois. A cette nombreuse liste il faut ajouter encore, comme étant de
la société intime de madame de Sévigné, toutes les personnes d'Aix qui
avaient vu sa fille, tous ses amis et ses parents; Turpin de Crissé,
comte de Sansei, et sa femme; Anne-Marie de Coulanges, le marquis et la
marquise de la Trousse, ses cousins; enfin Retz, que madame de Sévigné
appelait _son cardinal_. N'omettons par les beaux esprits du temps,
Molière, Racine, Despréaux, qui lisait alors dans ces sociétés _le
Lutrin_ et l'_Art poétique_, et la Fontaine le conteur; puis après,
Guilleragues, Benserade, Corbinelli, Langlade[360], l'abbé de la
Victoire; et encore d'autres alliés, d'autres parents, le duc de Brancas,
la bonne madame de Troche (_Trochanire_), bien établie à la cour, qui eut
le talent de s'y faire beaucoup d'amis, et si jalouse de l'attachement
que madame de Sévigné portait à madame de la Fayette[361]. On peut
remarquer que madame de Sévigné prend part à tout ce qui passe autour
d'elle dans la haute société, et que cependant elle est très-exacte à se
rendre à la messe des Minimes de la place Royale, qui était celle de la
noblesse et du grand monde; qu'elle ne manquait pas un sermon de
Bourdaloue et de Mascaron, ce qui ne l'empêchait pas d'aller aussi
admirer la Champmeslé dans _Bajazet_, de se rendre à la belle fête donnée
à l'hôtel de Guise pour le mariage de mademoiselle d'Harcourt et du duc
de Cadaval[362], et d'assister à la magnifique pompe funèbre du
chancelier Séguier. Sa plume trace le récit de la mort de la princesse de
Conti, cette nièce de Mazarin, la mère des pauvres, tant regrettée; celle
de MADAME douairière, qui laissait MADEMOISELLE maîtresse du Luxembourg:
elle nous fait assister à l'incendie de l'hôtel du comte de Guitaud et
aux noces du mariage de la belle la Mothe-Houdancourt avec le hideux duc
de Ventadour[363].
[350] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 189, édit. M.
[351] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1671 et 1672 _passim_).--L'abbé
ARNAULD, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 302-306.--SAINT-SIMON,
_Mémoires authentiques_, t. III, p. 207.
[352] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 415-420.--SÉVIGNÉ,
_Lettres_ (13 juin 1684), t. I, p. 428.
[353] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 avril, 23 décembre 1671), t. II, p.
317, édit. G.; t. II, p. 37, 69, 159, 162.
[354] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1672), t. II, p. 486.
[355] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 490.
[356] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 273.--CAYLUS,
_Mém._, t. LXVI, p. 415.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril, 23
décembre, 13 mai, 14 octobre 1671).--_Ibid._ (6 avril 1672), t.
II, p. 451.--_Ibid._ (11 mars 1671), t. I, p. 369, édit. G.
[357] TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 130 et 193.--SAINT-SIMON,
_Mémoires_, t. X, p. 151-153.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre
1671), t. II, p. 319 et 320.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. III, p.
76, 133; t. IV, p. 36 et 253.
[358] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 et 18 février), t. II, p. 322 et
330.--CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 33.--RETZ, _Mémoires_,
t. XLVI, p. 87; t. XLVII, p. 217.--TALLEMANT DES RÉAUX,
_Historiettes_, t. IV, p. 340 et 342. Cette historiette de
Tallemant, sur le président Amelot, est démentie par Conrart et
les Mémoires contemporains les mieux informés.
[359] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 août 1672), t. II, p. 492.--_Ibid._,
années 1671 et 1672, _passim_.--_Ibid._ (13 mai 1671), t. II, p.
68, édit. G.--BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, t. V, p.
91.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. III, p. 47.
[360] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 373, et 13
octobre 1673.
[361] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671, 3 février 1672, 26 mars
1680, 2 mai 1689), t. I, p. 311; t. II, p. 372; t. VI, p.
416.--(2 mai 1689), édit. G.--_Ibid._, t. I, p. 236; t. II, p.
315; t. VI, p. 210; t. IX, p. 295.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t.
IV, p. 311.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. III, p. 311.--_Lettres
de_ SÉVIGNÉ, années 1671-1672 _passim_.--SAINT-SIMON, _Mémoires
authentiques_, t. I, p. 196; t. II, p. 207.--SOMAIZE, _le Grand
Dictionnaire des Précieuses_, 1661; in-12, t. I, p. 79.--SÉVIGNÉ,
_Lettres_ (20 et 27 avril 1671), t. II, p. 48 et 465, édit.
G.--(22 août 1676), t. IV, p. 407, édit. G.--(11 décembre 1675),
t. IV, p. 240.--(13 février, 1er mai 1672, 28 décembre 1673, 24
novembre 1679, 28 septembre 1680), t. I, p. 324; t. II, p. 54; t.
III, p. 282; t. VI, p. 216, 217.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII,
p. 305 à 308.
[362] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier, 9 février 1671), t. 1, p.
229-315, édit. G.; t. I, p. 225 et 238, édit. M.--_Ibid._ (6 mai
1672), t. III, p. 7-11, édit. G.; t. II, p. 422, édit.
M.--_Ibid._ (27 février et 13 mars 1671), t. I, p. 347, 373,
édit. M.--(27 juin, 13 mars), t. I, p. 265 et 288, édit. M.--LA
FAYETTE, _Mémoires_, t. LXIV, p. 422.--CONRART, _Mémoires_, t.
XLVIII, p. 282.
[363] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 février 1672), t. II, p. 374, édit.
G.--_Ibid._ (6 avril 1672), t. II, p. 450, édit. M.--L'abbé
Guiton ou Guéton, mentionné dans la lettre sur l'incendie de
l'hôtel du comte de Guitaud, était un ami du poëte Santeul. Voyez
SANTOLII _opera poetica_, 1696, p. 361.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6
août 1672), t. II, p. 450, édit. G.--_Recueil de gazettes_ (30
avril 1672), p. 1072.--Marguerite, duchesse douairière d'Orléans,
mourut à cinquante-sept ans.
Toutes ces occupations, tout ce monde ne faisaient pas oublier à madame
de Sévigné Blanche, sa petite-fille, ni le fils de Bussy, étudiant au
collége de Clermont[364]. C'est surtout dans les six premiers mois de
l'année 1672, si fertiles en grands événements militaires, que la
correspondance de madame de Sévigné avec sa fille est très-active, et
offre plus d'instruction pour l'histoire. Jamais elle ne mena une vie
plus agitée et plus tourmentée. Le bruit courait que la guerre allait
avoir lieu; son fils était parti pour l'armée; non-seulement elle était
privée de sa société, mais ses craintes maternelles étaient grandes[365].
Elle avait promis à sa fille de l'aller voir en Provence, et elle était
dévorée du désir de remplir sa promesse; mais la maladie de sa tante la
retenait à Paris. Chaque jour madame de la Trousse était près de sa fin,
et cependant des semaines, des mois s'écoulaient dans des crises qui,
sans donner aucun espoir de salut, ne permettaient pas de fixer l'époque
du terme fatal. Tantôt madame de Sévigné espérait que la maladie
traînerait en longueur; alors elle se décidait à se mettre en route; mais
à peine sa résolution était-elle prise que des symptômes alarmants se
manifestaient et que la crainte d'abandonner dans ses derniers moments
cette tante qu'elle aimait la forçait à différer son départ. Cette
alternative cruelle, ces anxiétés constantes, ce combat entre les pieux
devoirs qu'elle remplissait près de sa parente et la privation de cette
joie du cœur, qu'elle se promettait depuis si longtemps, d'aller
rejoindre sa fille; ce projet de voyage, caressé par sa vive imagination,
toujours près d'être exécuté et toujours différé, lui donnaient des
mouvements d'impatience, et lui faisaient former des vœux que
réprimaient aussitôt de poignants remords. Cette torture de l'âme fut
portée à son plus haut degré par la douleur que lui causa la mort du
chevalier de Grignan, le plus aimable de tous ceux de son nom: il
plaisait à sa fille, jusqu'à donner matière à la malignité des
chansonniers; il était aussi le compagnon de son fils, et fut pleuré par
les deux familles[366]. Madame de Sévigné, dans cet état de profonde
tristesse et de découragement[367] qui nous fait souvent regretter
d'avoir reçu une existence qui doit finir, exprime à sa fille ses plus
intimes pensées, où tant de personnes sensibles et pieuses se
reconnaîtront[368]. «Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime
toujours bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants;
mais je suis encore plus dégoûtée de la mort: je me trouve si malheureuse
d'avoir à finir tout ceci par elle que, si je pouvais retourner en
arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui
m'embarrasse: je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il
faut que j'en sorte, cela m'assomme. Et comment en sortirai-je? par où,
par quelle porte? quand sera-ce? en quelle disposition? souffrirai-je
mille et mille douleurs qui me feront mourir désespérée? aurai-je un
transport au cerveau? mourrai-je d'un accident? comment serai-je avec
Dieu? qu'aurai-je à lui présenter? n'aurai-je aucun autre sentiment que
celui de la peur? que puis-je espérer? suis-je digne du paradis? suis-je
digne de l'enfer? Quelle alternative! quel embarras! Rien n'est si fou
que de mettre son salut dans l'incertitude, mais rien n'est si naturel;
et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à
comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si
terrible que je hais plus la vie parce qu'elle m'y mène que par les
épines dont elle est semée. Vous me direz que je veux donc vivre
éternellement? Point du tout; mais si on m'avait demandé mon avis,
j'aurais bien aimé mourir entre les bras de ma nourrice: cela m'aurait
ôté bien des ennuis, et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien
aisément.» Ainsi parlait une femme riche, honorée, aimée, brillante de
santé; qui enfin, par les bienfaits privilégiés de la Providence, se
trouvait en possession de tous les éléments de bonheur!
[364] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1672), t. II, p. 475, édit.
G.; t. II, p. 400, édit. M.
[365] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er janvier, 17 février, 9 mars 1672),
t. II, p. 329, 331, 418, 420, édit. G.; t. II, p. 279, 332, 355.
[366] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10, 12, 24 février 1672). Voyez,
ci-dessus, 2e partie des _Mémoires_, p. 286.
[367] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit.
G.; t. II, p. 395, édit. M.
[368] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 424, édit. G.;
t. II, p. 361, édit. M.
Pourtant madame de Sévigné ne se laissait point abattre par la
mélancolie. Elle mettait à profit le retard qu'éprouvait son voyage pour
se rendre utile à son gendre. Sans cesse elle allait à la quête des
nouvelles les plus récentes et les plus sûres, pour les écrire
sur-le-champ à sa fille. Il faut que le comte de Grignan ait exprimé
vivement, dans une des lettres qu'il lui écrivit, sa reconnaissance du
service qu'elle lui avait rendu, puisqu'elle juge à propos de repousser
comme des flatteries ce qu'il avait dit à cet égard.
«Vous me flattez, mon cher comte: je ne prends qu'une partie de vos
douceurs, qui est le remercîment que vous me faites de vous avoir donné
une femme qui fait tout l'agrément de votre vie. Oh! pour cela, je crois
que j'y ai un peu contribué; mais pour votre autorité dans la province,
vous l'avez par vous-même, par votre mérite, votre naissance, votre
conduite: tout cela ne vient pas de moi.» Puis elle ajoute aussitôt, en
s'adressant à sa fille, un détail qui prouve que, malgré son âge et les
tourments qui l'assiégeaient, elle s'occupait encore de musique[369].
«Ah! que vous perdez que je n'aie pas le cœur content! Le Camus m'a
prise en amitié; il dit que je chante bien ses airs, il en fait de
divins: mais je suis triste, et je n'apprends rien; vous les chanteriez
comme un ange. Le Camus estime fort votre voix et votre science. J'ai
regret à ces sortes de petits agréments que nous négligeons: pourquoi les
perdre? Je dis toujours qu'il ne faut pas s'en défaire, et que ce n'est
pas trop de tout. Mais que faire quand on a un nœud à la gorge?»
[369] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 juin 1672), t. III, p. 52, édit. G.;
t. II, p. 460, édit. M.; t. II, p. 169, édit. 1734.
C'était principalement entre les sociétés du _Faubourg_ et de l'_Arsenal_
que madame de Sévigné se partageait: dans la première, celle de la
Rochefoucauld, du prince de Marsillac, de madame de la Fayette, elle
apprenait les nouvelles de cour; dans la seconde, tout ce qui concernait
la guerre. La tête en quelque sorte de cette seconde société était celle
du comte de Lude, grand maître de l'artillerie. Cette société se
composait de personnes demeurant dans le quartier, liées avec madame de
Sévigné depuis sa jeunesse; qui, comme elle, avaient brillé au temps de
la Fronde, et conservé, accru même leur influence dans le beau monde.
C'étaient surtout la marquise et le marquis de Villars, qu'on avait
surnommé _le bel Orondate_[370]; il fut une des brillantes conquêtes de
la marquise de Gourville[371]. Chez la marquise de Villars se
réunissaient madame de Fontenac et mademoiselle d'Outrelaise, deux femmes
inséparables, dites les _divines_ dans le temps de leur jeunesse et qui
conservaient encore ce surnom. La première, femme d'esprit et d'empire,
dit Saint-Simon[372], refusa de suivre son mari lorsqu'il fut nommé, en
cette année 1672, gouverneur du Canada[373]: c'est celle que madame de
Maintenon a choisie pour conseil dans le moment le plus critique de sa
vie[374]. La liaison de madame de Sévigné avec le comte de Guitaud[375]
se resserra encore lorsque celui-ci obtint le gouvernement des îles
Sainte-Marguerite, parce qu'alors il eut des rapports de service avec le
comte de Grignan. Sa femme, beaucoup plus jeune que lui, devint grosse,
et accoucha en même temps que madame de Grignan[376]. Madame de Guitaud,
avec beaucoup d'esprit, était recherchée du grand monde, d'où l'écartait
son penchant à la dévotion. Il n'en était pas ainsi de la comtesse de
Saint-Géran[377], qui faisait partie de cette société de l'Arsenal, et
qui attirait si souvent dans ce quartier madame de Sévigné. La comtesse
de Saint-Géran, charmante d'esprit et de corps, poussant à un point
extrême la recherche, la délicatesse, la propreté dans les plaisirs de la
table, était fort recherchée à la cour, où sa charge de dame du palais de
la reine lui donnait du crédit: réservée dans sa conduite, elle
remplissait avec exactitude tous ses devoirs pieux; mais elle ne put
résister aux séductions du brillant Seignelay, le fils aîné de Colbert.
Il l'aima, et en fut aimé. Madame de Saint-Géran était l'amie intime de
la marquise de Villars, et ces deux jeunes femmes se rendaient agréables
à madame de Sévigné à cause de l'amitié qu'elles avaient pour madame de
Grignan[378]. La duchesse de Brissac, coquette et légère, plaisait à
madame de Sévigné par ses qualités aimables. Les mœurs dépravées du duc
de Brissac[379] disposèrent tout le monde à l'indulgence pour les
faiblesses et les intrigues galantes de sa femme[380] avec le jeune duc
de Longueville (le comte de Saint-Paul), le comte de Guiche[381] et le
marquis Henri d'Harcourt.
[370] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 29, 30; t.
II, p. 215.--_Lettre de madame_ DE VILLARS, édit. 1762 ou édit,
1805.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 396 et
397.--Madame DE CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 415.--SÉVIGNÉ,
_Lettres_ (27 août 1671), t. II, p. 48.--MONTAUSIER, _Mémoires_,
t. XLI, p. 382.--LORET, _Muse historique_, liv. IV, p.
18.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 29, 30; t.
II, p. 115.
[371] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. IV, p. 296, édit.
in-8º.
[372] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. 114, 115 et
299.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. IV, p. 417.--LORET,
_Muse historique_, liv. IV, p. 10.--_Ménagiana_, t. IV, p.
7.--_Recueil de chansons historiques et choisies_, t. II, p. 193.
[373] Voyez le _Recueil de gazettes_, 1673, in-4º.--SAINT-SIMON,
_Mémoires authentiques_, t. II, p. 114, 115, 299; t. VII, p.
174.--_Recueil de chansons choisies_, t. II, p. 193.--SEGRAIS,
_Mémoires_, dans ses _OEuvres_, t. II, p. 147 et 229.--TALLEMANT
DES RÉAUX, t. IV, p. 236, 296, 417.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27
avril, 23 décembre 1671), t. II, p. 45 et 306, édit. G.--SEGRAIS,
_OEuvres_, 1758, in-12, p. 76.--BUSSY, _Nouvelles lettres_, t. V,
p. 154.--_Lettres de madame de la Fayette à la marquise de
Sablé_, dans l'ouvrage de DELORT, intitulé _Mes voyages aux
environs de Paris_, t. I, p. 219.--GOURVILLE, _Mémoires_, t.
LXIV, p. 457, 459 462.
[374] MAINTENON, _Lettres_, édit. de Sautereau de Marsy, chez
Léopold Collin, t. II, p. 202. L'éditeur doute que ce soit la
même que la _divine_, mais à tort.
[375] Guillaume Pechpeirou Comenge, comte de Guitaud, marquis
d'Époisses.
[376] DELORT, _Histoire de l'homme au masque de fer_, p. 52.
[377] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 février et 20 mars 1671, 16 et 25
octobre 1673), t. I, p. 343, 388; t. III, p. 191 et 196.
[378] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p.
350.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1671, 8 janvier 1676, 25
décembre 1679, 22 décembre 1688, 19 mars 1696), t. II, p. 45; t.
IV, p. 302; t. VI, p. 284; t. IX, p. 47, édit. G.--Le nom de
madame de Saint-Géran était Françoise-Madeleine-Claude de
Warignies. Sur le comte de Saint-Géran, voyez TALLEMANT DES
RÉAUX, t. V, p. 162; 1666, in-8º.
[379] _Recueil de chansons_, t. IV, p. 37.
[380] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars et 22 avril 1671), t. I, p.
372; t. II, p. 30; édit. G.--SAINT-SIMON, _Mémoires
authentiques_, t. II, p. 254.--_OEuvres_, t. IX, p. 64.
[381] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 janvier 1672), t. II, p. 345.--(19
mai 1676).--_Recueil de chansons historiques_, Mss. Biblioth.
royale, t. V, p. 43.
Tout ce quartier de l'Arsenal était placé sous la surintendance de
Louvois, qui jouissait alors d'une grande faveur. Louis XIV le fit
ministre, et lui donna, comme tel, entrée au conseil[382]. Les détails
qui nous ont été transmis sur les préparatifs de cette guerre nous
apprennent avec quelle habileté Louis XIV avait su organiser sa vaste
administration. Un ordre émané de lui régla que, lors de la jonction de
plusieurs corps d'armée, le droit de commander en chef serait dévolu,
après le roi, à MONSIEUR, ensuite au prince de Condé, puis à M. de
Turenne, et que dans ce dernier cas tous les maréchaux de France seraient
tenus d'obéir à celui-ci[383]. Cet ordre déplut aux maréchaux. Madame de
Sévigné nous initie aux moyens de persuasion et de douceur que Louis XIV
tenta auprès des plus renommés avant de forcer l'obéissance par des
mesures de rigueur. Bellefonds, de Créqui et d'Humières firent des
remontrances, et résistèrent aux volontés du monarque: ils furent exilés,
et il ne leur fut permis de rentrer au service qu'après avoir promis une
entière soumission. Louvois fomentait secrètement cette résistance des
maréchaux en haine de Turenne, qu'il n'aimait pas; mais Louis XIV ne se
confiait pas uniquement à son ministre, et concertait lui-même ses plans
de campagne avec Turenne et avec le prince de Condé. Ces deux grands
capitaines correspondaient, pour les principales résolutions
stratégiques, avec le monarque directement, et avec Louvois pour les
besoins de leur armée et le détail des opérations militaires[384]. Louis
XIV écrivait de sa main des instructions pour Louvois; celui-ci faisait
des rapports détaillés de tous les ordres donnés par lui au nom du roi.
Le roi les renvoyait à Louvois après les avoir lus et avoir mis en marge
ce qu'il approuvait ou désapprouvait, supprimant, modifiant, ajoutant au
travail de son ministre, et dirigeant ainsi réellement par lui-même,
jusque dans les moindres détails, toutes les opérations de la guerre,
comme aussi les négociations qu'elle nécessitait.
[382] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (vendredi 5 février 1672), t. II, p.
376, édit. G.; t. II, p. 316, édit. M.
[383] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 124 et 125.--SÉVIGNÉ,
_Lettres_ (24 et 29 avril. BUSSY, 1er mai 1672), t. II, p.
476-478-483, édit. G.; t. II, p. 402 à 415, édit. M.--_Recueil de
gazettes_, p. 441 (5 mai 1672).
[384] LOUIS XIV, _OEuvres_, _Mémoires militaires_. Guerre de
1672, t. III, p. 115-193.--GRIFFET, _Recueil de lettres pour
servir d'éclaircissements à l'histoire militaire du règne de
Louis XIV_, t. I, p. 1-268.
Aussi se ressouvenait-il toujours avec un juste orgueil des succès de
cette campagne, que Boileau immortalisa par un poëme[385], l'année même
qu'elle se termina. Voici comme Louis XIV, dans les mémoires militaires
qu'il a écrits longtemps après, résume lui-même d'une manière très-noble
cette belle époque de sa vie[386]: