[118] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 sept. 1680), t. VII, p. 236, édit.

G.; t. VII, p. 8, édit. M. Le nom était bien choisi pour exprimer

le peu d'importance et la grossièreté de ces fabriques. Voici

comme Furetière définit ce mot dans son _Dictionnaire des

Sciences et des Arts_, 1696, p. 79, in-folio: «BRANDEBOURG, s.

f., sorte de grosse casaque, dont on s'est servi en France dans

ces dernières années. Elle a des manches bien plus longues que

les bras, et va environ jusqu'à mi-jambe.» Richelet, dans son

_Dictionnaire_ (1680), fait de _brandebourg_ un substantif

masculin, et dit que c'est un vêtement qui tient de la casaque et

du manteau, qu'on porte en hiver et dans le mauvais temps.

[119] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er juin 1689), t. IX, p. 318, édit.

G.; t. VIII, p. 480, édit. M.--(17 juin 1685), t. VIII, p. 64,

édit. G.; t. VII, p. 283, édit. M.--(25 mai 1689), t. IX, p. 313,

édit. G.; t. VIII, p. 476, édit. M.

[120] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1695), t. XI, p. 121,

édit. G. Conférez la 2e partie de ces _Mémoires_, p. 127, t. X,

p. 135, édit. M.--(20 mai 1667), t. I, p. 158, édit. G.; t. I, p.

113, édit. M.

De son antique manoir, des constructions qu'elle avait ajoutées, des

ombrages qu'elle avait formés, il ne reste plus rien que la

chapelle[121], où le Christ est toujours invoqué, et l'écho de la _place

de Coulanges_, qui répète encore le nom de madame _de Sévigné_[122].

[121] LOUIS DUBOIS (sous-préfet de Vitré), _Madame de Sévigné et

sa correspondance relative à Vitré et aux Rochers_; 1838, in-8º,

p. 15, 40 et 55.

[122] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 octobre 1689), t. X, p. 58, édit.

G.; t. IX, p. 183, édit. M.--LOUIS DUBOIS, _Madame de Sévigné et

sa correspondance_, p. 55; aux pages 5 et 86 de son écrit, M.

Louis Dubois dit avoir calculé que sur le nombre de 1,074 lettres

que nous possédons de madame de Sévigné, 267 ont été écrites des

Rochers.

CHAPITRE II.

1671.

Bohémienne qui ressemble à madame de Grignan.--Ce que madame de

Sévigné fait pour elle.--Portrait de madame de Grignan en

bohémienne.--Madame de Grignan accouche d'un fils.--Il est tenu sur

les fonts de baptême par la Provence.--M. et madame de Grignan vont

habiter le château de Grignan.--Description de ce château.--Des

personnes, parents et amis de M. et de madame de Grignan, qui

fréquentaient ce château.--De la comtesse d'Harcourt.--_Seigneur

Corbeau._--L'archevêque d'Arles.--L'évêque d'Uzès.--Le _bel

abbé_.--Le chevalier Adhémar.--Le _grand chevalier_.--Claire

d'Angennes, fille aînée de madame de Grignan, se retire au couvent,

et fait don de son bien à son père.--Mademoiselle d'Alérac, sa fille

cadette, se marie.--Des sœurs de M. de Grignan.--La religieuse

d'Aubenas.--La marquise de Saint-Andiol.--La comtesse de

Rochebonne.--Du chevalier comte de la Garde, parent de M. de

Grignan.--Madame de Sévigné prête au comte de la Garde le portrait

de sa fille.--De madame du Puy du Fou.--Du personnel de la

maison de madame de Grignan.--Mademoiselle Deville, la femme

de chambre.--Mademoiselle de Montgobert, demoiselle de

compagnie.--Ripert, intendant.--Madame de Grignan faisait la mode en

Provence.--Ses nombreuses réunions et son luxe à Aix.--Se retirait

quelquefois au couvent des Filles de Sainte-Marie.--N'avait pas le

même goût que sa mère pour la solitude et la campagne.--Aime à

primer.--Le maréchal de Bellefonds veut céder sa place de premier

maître d'hôtel du roi.--Le comte de Grignan se dispose à

l'acheter.--Madame de Grignan s'y oppose.--Plaintes de madame de

Sévigné à ce sujet.

Les constructions, les plantations dont s'occupait madame de Sévigné, ne

pouvaient calmer les inquiétudes toujours croissantes que lui faisaient

éprouver les approches du terme de la grossesse de sa fille, encore

moins diminuer la peine quelle ressentait de s'en être séparée. Le

tumulte des états, les grandes réunions, les visites reçues et rendues,

les festins, les spectacles, la musique, les danses, avaient encore moins

de pouvoir[123]. Le plus souvent ces moyens de distraction produisaient

un effet contraire. Dans une des fêtes données à Vitré pour l'amusement

de la société qui s'y trouvait rassemblée, on fit danser une troupe de

bohémiens. Ils dégoûtèrent d'abord madame de Sévigné par leur

saleté[124]. Mais dans le nombre des femmes qui faisaient partie de cette

troupe, elle en vit une plus proprement et plus élégamment vêtue. Cette

fille la frappa par sa ressemblance avec madame de Grignan. Les beaux

yeux, les belles dents, l'élégance de la taille de la bayadère, et

surtout la grâce avec laquelle elle dansait, rappelaient mademoiselle de

Sévigné dans les ballets du roi. La pauvre mère en fut émue; elle fit

approcher la jeune fille, la traita avec amitié; et celle-ci, encouragée

par cet accueil, pria sa nouvelle protectrice de vouloir bien écrire en

Provence pour son grand-père.--«Et où est votre grand-père?» lui demanda

madame de Sévigné.--«Il est à Marseille, madame», répondit d'un ton doux

et triste la bohémienne.--Madame de Sévigné devina; elle promit d'écrire,

et écrivit en effet à M. de Vivonne, général des galères, en faveur du

galérien grand-père de la bohémienne.--Ah! madame de Grignan! cette

lettre si touchante, si joviale, vous fut envoyée; elle fut soumise à

votre censure; c'est vous qui fûtes chargée de la remettre au _gros

crevé_: pourquoi n'en avez-vous pas conservé de copie? Pourquoi ne

pouvons-nous la lire comme toutes celles qui vous furent écrites, et

connaître les résultats de votre ressemblance avec la petite-fille du

forçat, «capitaine bohème d'un mérite singulier[125]?»--Ces résultats

furent heureux: non-seulement madame de Grignan remit la lettre, mais

elle intercéda pour le vieux forçat, mais elle parvint à briser ses fers,

mais elle fit un sort à cette bohémienne, assez belle danseuse pour

qu'elle fût elle-même glorieuse de lui ressembler.--Aucune tradition ne

nous apprend cela; cela n'a pas été dit, cela n'est écrit nulle part:

mais pouvons-nous en douter, lorsque nous apprenons, d'après un ancien

inventaire du château de Grignan, «que l'appartement qu'occupait madame

de Sévigné, quand elle était dans ce château, se composait de deux

pièces; que l'une se nommait _chambre de la Tour_, et l'autre _chambre de

la Bohémienne_, parce qu'au-dessus du chambranle de la cheminée était un

portrait de madame de Grignan, _costumée en bohémienne_[126]?»

[123] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. XVIII, p. 363.

[124] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juin 1671), t. II, p. 109, édit. G.;

t. II, p. 90, édit. M.

[125] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 119, 120,

édit. G.; t. II, p. 99 et 100, édit. M. Voyez 3e partie de ces

_Mémoires_, chap. XVII, p. 330 et 331.

[126] _Inventaire du château de Grignan, dressé à la mort du

maréchal du Muy, acquéreur de ce château, dans la Notice

historique sur la maison de Grignan_, par M. AUBENAS, à la suite

de l'_Histoire de madame de Sévigné_; 1842, in-8º, p. 580 et 581.

Madame de Grignan avait offert à sa mère des consolations un peu subtiles

aux tourments de l'absence; comme de se promener en imagination dans son

cœur, où elle trouverait mille tendresses. Madame de Sévigné répond: «Je

fais quelquefois cette promenade; je la trouve belle et agréable pour

moi.... Mais, mon Dieu, cela ne fait point le bonheur de la vie; il y a

de certaines _grossièretés solides_ dont on ne peut se passer[127].»

[127] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 août 1671), t. II, p. 167, édit. G.;

t. II, p. 109, édit. M.

Cependant le motif de ses craintes et de ses inquiétudes disparut; elle

fut enfin délivrée du _gros caillou_ qu'elle avait sur le cœur[128].

Elle se préparait à quitter les Rochers et à retourner à Paris, quand

elle apprit l'heureuse nouvelle que madame de Grignan était accouchée

d'un fils, blond comme sa mère, et qu'elle avait donné à M. de Grignan,

qui n'avait eu jusqu'ici que des filles de toutes ses femmes, un

héritier. Madame de Sévigné avait prédit à madame de Grignan que cette

fois elle aurait un fils; et l'on peut juger de ce qu'elle ressentit en

apprenant que ses prédictions et ses espérances s'étaient réalisées[129],

que tous ses conseils maternels avaient eu un plein succès[130]. «Que

pensez-vous, dit-elle, qu'on fasse dans ces excès de joie? Le cœur se

serre, et l'on pleure sans pouvoir s'en empêcher. C'est ce que j'ai fait,

ma très-belle, avec beaucoup de plaisir: ce sont des larmes d'une douceur

qu'on ne peut comparer à rien, pas même aux joies les plus

brillantes[131].» Elle fut pourtant très-flattée d'apprendre que son

petit-fils avait été baptisé par la Provence. En effet, les états étaient

encore assemblés à Lambesc lorsque madame de Grignan y accoucha le 17

novembre. Le lendemain, le comte de Grignan se rendit dans l'assemblée,

et «vint offrir, dit le procès-verbal de cette séance, le fils qu'il a

plu à Dieu de lui donner dès le jour d'hier, et de vouloir bien lui faire

la faveur de le tenir au nom de toute la province sur les fonts du

baptême, et de lui donner tel nom qu'il lui plaira.... Sur quoi

l'assemblée a délibéré que messieurs les procureurs généraux du pays

témoigneront à monseigneur le comte de Grignan et à madame sa femme la

joie de toute la province, et particulièrement de l'assemblée, sur la

naissance de ce premier mâle dans sa famille, et lui feront de

très-humbles remercîments de l'honneur qu'il avait fait à la province, de

le faire tenir de sa part pour recevoir les saintes eaux du baptême, avec

tous les sentiments d'amour et de reconnaissance possibles. Et

l'assemblée a délibéré que les frais en seront supportés par le pays,

suivant le rôle qui en sera tenu par le sieur Pontèves, trésorier des

états[132].»

[128] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre et 2 décembre 1671), t. II,

p. 297 et 299, édit. G.; t. II, p. 253 et 254, édit. M.

[129] SÉVIGNÉ, _Lettres à madame de Grignan, le 21 juin 1671,

rétablies pour la première fois sur l'autographe_, par M.

Monmerqué, 1826, in-8º, p. 9.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre et

2 décembre 1671), t. II, p. 297 et 298, édit. G.; t. II, p. 252

et 254, édit. M.

[130] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5, 8 et 12 juillet 1671), t. II, p. 129

et 130, édit. G.; t. II, p. 108 et 113, édit. M.--_Ibid._ (6

septembre, 21 octobre, 15 et 25 novembre 1671), t. II, p. 214,

265, 289, 295, édit. G.; t. II, p. 179, 224, 244, 253, édit. M.

[131] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre 1661), t. II, p. 297, 298,

édit. G.; t. II, p. 252 et 254, édit. M.

[132] _Abrégé des délibérations prises en l'assemblée générale du

pays de Provence, tenue à Lambesc les mois de septembre, octobre,

novembre, décembre 1671, et janvier 1672_, p. 21-23.

Ainsi naquit et fut nommé Louis de Provence, marquis de Grignan, dont

Saint-Simon, son ami de collége, déplore la perte prématurée, loue la

brillante valeur et l'excellent caractère[133].

[133] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. IV, p. 271.

Madame de Grignan accoucha facilement, et aussitôt après la fin des états

elle alla avec son mari habiter le château de Grignan, qu'elle avait

quitté pour se rendre à Lambesc. Ce séjour lui était favorable pour le

rétablissement de sa santé. La petite ville de Grignan, aujourd'hui

chef-lieu de canton, à quatorze kilomètres de Montélimar, se penche sur

le revers méridional d'un coteau escarpé: ornement assez beau d'un bassin

arrosé par les petites rivières de Berre et de Lez, couvert cependant,

sur plusieurs points, de rochers stériles. Les maisons de la ville sont

mal bâties; mais l'église se fait remarquer par un air de magnificence et

par ses arceaux gothiques, témoignages de l'antiquité de sa

construction[134]. Au-dessus de cette église, et de niveau avec son

faîte, est un plateau qui domine toute la ville, et dont la vue s'étend

sur le pays d'alentour. C'est sur ce plateau que s'élevait le château de

Grignan. Isolé de toutes parts, ce noble et grand édifice semblait

suspendu dans l'air, comme le palais magique construit par l'enchanteur

Appollidon[135], auquel madame de Sévigné le compare: sa position, ses

murs élevés, ses tourelles, le faisaient ressembler à un ancien château

fort; car, à l'époque dont nous nous occupons, la façade moderne,

construite et jamais achevée[136] aux frais d'un des beaux-frères de

madame de Grignan, l'évêque de Carcassonne, n'existait pas encore. Ce

château, le plus beau de toute la province, manquait d'ombrage; le

territoire qui l'entoure est en général maigre et sablonneux. Les vents

du nord y sont impétueux et fréquents, et y détruisent presque

annuellement la majeure partie des récoltes[137]; et jusque dans ces

derniers temps, à cause du mauvais état des routes, il était d'un accès

difficile.

[134] DE LA CROIX, _Essai sur la statistique et les antiquités de

la Drôme_; 1817, in-8º, p. 305.

[135] Dans l'_Amadis des Gaules_. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21

juin et 7 octobre 1671), t. II, p. 106, 254, édit. G.; t. II, p.

88, 214, édit. M.--(20 septembre 1671), t. II, p. 195, édit. M.

[136] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 février 1689), t. IX, p. 149, édit.

G.--(15 janvier 1672), t. II, p. 351, édit. G.

[137] Pour ce qui concerne Grignan et son château, conférez

EXPILLY, _Dictionnaire de la France et des Gaules_, t. III, p.

372.--PIGANIOL DE LA FORCE, _Nouvelle description de la France_,

t. V, p. 447 et 450.--DE LA CROIX, _Essai sur la statistique et

les antiquités du département de la Drôme_, t. I, p. 103.--Édit.

des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, aux t. IV, V et

IX.--AUBENAS, _Hist. de Sévigné_, p. 577, 588.--Le recueil

intitulé FRANCE, t. LXIX, département de la Drôme (Biblioth.

royale).

Cependant, ce séjour convenait mieux à l'indolence naturelle et aux

susceptibilités de madame de Grignan que celui d'Aix ou de Lambesc. La

nécessité d'ouvrir son salon à toutes les notabilités, les visites à

rendre et à souffrir, les exigences cérémonieuses des dames de Provence,

lui étaient insupportables[138]. Elle était moins exposée à ce genre

d'ennui dans son château; mais elle ne pouvait s'y dérober entièrement.

Dans sa position surtout, il ne lui était pas facile de rompre ces

amitiés du monde, dont «la dissimulation est le lien, et l'intérêt le

fondement[139].» Encore moins pouvait-elle se soustraire aux devoirs de

parenté. Ainsi, il lui fallait recevoir fréquemment, et avec toutes les

démonstrations d'une satisfaction sincère, cette comtesse d'Harcourt, née

Ornano, tante du comte de Grignan, mère du prince d'Harcourt et de cette

demoiselle d'Harcourt qui fut mariée au prince de Cadaval au

commencement de l'année 1671, et dont les noces, honorées de la présence

du roi et de la reine, donnèrent lieu à cette belle fête à laquelle

assista madame de Sévigné[140]. Il faut se garder de confondre cette

comtesse d'Harcourt avec la princesse d'Harcourt, fille de Brancas le

distrait, liée aussi avec madame de Grignan, qui lui trouvait peu

d'esprit. Cette princesse d'Harcourt, dont nous avons déjà parlé[141],

fut nommée dame du palais, et chargée avec son mari, Henri de Lorraine,

prince d'Harcourt, de conduire, en 1679, la reine d'Espagne à son époux.

Le prince d'Harcourt était cousin germain de M. de Grignan[142]. La

comtesse d'Harcourt, sa tante, habitait le Pont-Saint-Esprit, et se

trouvait ainsi peu éloignée du château de Grignan, où elle allait

fréquemment rendre visite. Madame de Sévigné plaint souvent sa fille

d'être obligée de supporter un tel fardeau; elle souhaite d'être à

Grignan, pour la débarrasser de cette vieille tante. «Après cette marque

d'amitié, ajoute-t-elle, ne m'en demandez pas davantage, car je hais

l'ennui à la mort: vous seule au monde seriez capable de me faire avaler

ce poison, et j'aimerais fort à rire avec vous, Vardes, et le seigneur

Corbeau[143].» C'est par ce dernier nom que, à cause de son teint

basané, madame de Grignan appelait son beau-frère l'évêque de

Claudiopolis, coadjuteur de l'archevêque d'Arles son oncle[144]. Il était

alors à Grignan, où il avait passé l'été, tout le temps de la tenue des

états: homme du monde, aimable auprès des femmes, souvent à Paris et à la

cour[145], prudent, spirituel, fort attaché à son frère, et zélé pour la

gloire de la maison de Grignan, il fut très-goûté de madame de Sévigné et

de sa fille. Il ne pouvait souffrir qu'elles lui donnassent du

_monseigneur_: «Appelez-moi plutôt Pierrot ou seigneur Corbeau,»

disait-il. Il parlait et écrivait avec facilité, mais il n'aimait pas à

écrire; et madame de Sévigné lui défendait toujours de répondre à ses

lettres, par la crainte que, s'il se croyait obligé de le faire, il ne la

prit en déplaisance: elle voulait qu'il réservât sa main droite pour

jouer au brelan. Elle le raillait aussi sur son penchant pour la bonne

chère, et elle attribuait à cela les attaques de goutte qu'il commençait

déjà à ressentir: il n'avait alors que trente-trois ans[146]. Par la

suite il excita l'indignation de madame de Sévigné, à cause de son

ingratitude envers son oncle l'archevêque d'Arles, auquel il devait

succéder[147].

[138] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G.

[139] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 9, édit. G.;

t. II, p. 8, édit. M.

[140] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier et 9 février 1671), t. I, p.

299 et 313, édit. G.; t. I, p. 225 et 237, édit. M. Voyez la 3e

partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 314.

[141] Conférez, ci-dessus, la 3e partie de ces _Mémoires_, t.

III, p. 26 et 128.

[142] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier, 4 mai, 26 décembre 1672), t.

I, p. 116, édit. G.; t. II, p. 285 et 420, édit. M.--(1er et 19

janv. 1674), t. III, p. 68, 194, 218, édit. M.--(28 juillet

1679), t. VI, p. 98, édit. G.

[143] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1671), t. II, p. 159, édit.

G.; t. II, p. 132, édit. M.--_Ibid._ (9 août 1671), t. II, p.

192, édit. G.; t. II, p. 159, édit. M. Voyez la 3e partie de ces

_Mémoires_, chap. VIII, p. 135 et la note 4, et p. 454.

[144] _Gallia christiana_, 1715, in-folio, t. I, p. 594. SÉVIGNÉ,

_Lettres_ (9 février, 17 avril, 12, 19 et 26 juillet, 2 et 19

août 1671), t. II, p. 27, 28, 134, 144, 159, 169, 192 et 196,

édit. G.; t. II, p. 112, 119, 132, 240, édit. M.--_Ibid._ (31

mai, 5 juin 1675), t. III, p. 401 et 407, édit G.; t. III, p. 281

et 286, édit. M.

[145] Des lettres de madame de Sévigné il résulte que, le 12

juillet, le coadjuteur d'Arles était à Paris, et que, le 19 du

même mois, il était en Provence (t. II, p. 134 et 144, édit. G.;

t. II, p. 112 et 119, édit. M.).

[146] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 191, édit. G.

[147] SÉVIGNÉ, _Lettres inédites_, 1827, in-8º (mai 1690), p. 33.

Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127 et la

note 1, et p. 135, note 3.

Des deux oncles paternels du comte de Grignan, le plus élevé en dignité,

l'archevêque d'Arles, était un homme excellent, et aimé de toute la

Provence[148]. Il avait, pendant les troubles de la Fronde, apaisé les

émeutes populaires à Arles et à Marseille, et empêché que ces deux villes

ne se révoltassent contre le gouvernement. En 1660, lors du voyage de la

cour en Provence, Louis XIV logea chez lui; et ce fut alors qu'il le

nomma commandeur de ses ordres[149]. Bienfaiteur de sa famille,

l'archevêque d'Arles en était tendrement chéri; mais cependant il

augmentait les embarras du gouverneur, parce qu'il était toujours opposé

à l'évêque de Marseille pour les affaires ecclésiastiques, comme le comte

de Grignan l'était pour les affaires civiles[150]; ce qui contribuait à

accroître l'animosité de ce prélat hautain, mais habile, qui avait acquis

un grand ascendant sur l'assemblée des états, une place élevée dans

l'estime des ministres. Madame de Sévigné parvint à l'adoucir et à le

rendre moins hostile, et elle neutralisa les effets de son influence

contre les Grignan par le moyen de ses amis, de Pomponne et de le Camus,

premier président de la cour des aides[151]. Pour toutes ces négociations

elle se servait utilement de l'autre oncle de M. de Grignan, évêque et

comte d'Uzès[152], homme sage et prudent; plus souvent à la cour et dans

son abbaye d'Angers que dans son diocèse; plein d'affection pour madame

de Grignan, et très-zélé pour les intérêts de son frère; toujours

empressé à faire auprès des ministres les démarches que lui demandait

madame de Sévigné. Comme elle, il agissait aussi directement sur l'évêque

de Marseille; et s'il ne parvenait pas à lui inspirer des sentiments de

concorde et d'amitié, il l'empêchait au moins de se montrer adversaire

violent[153].

[148] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 octobre 1675), t. IV, p. 48, édit.

M.--(18 mars 1689), t. VIII, p. 400, édit. M.--_Gallia

christiana_, t. II p. 593.--AUBENAS, _Notice historique sur la

maison de Grignan_, p. 572-574.--François-Adhémar fut d'abord

évêque de Saint-Paul, Trois-Châteaux, puis coadjuteur de

l'archevêque d'Arles, auquel il succéda.

[149] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p.

128, et la note 5.

[150] _Lettres de la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye,

1726.--(7 juin 1671), t. I, p. 111 (il y a des omissions dans les

éditions modernes). Conférez t. II, p. 93, édit. G.; t. II, p.

78, édit. M.; in-8º.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril, 20 et 27

septembre, 6 décembre 1671), t. II, p. 9, 234, 243, 304, édit.

G.; t. II, p. 8, 78, 196, 214, 258, édit. M.

[151] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 3 avril, 4 octobre, 23 et 25

déc. 1671), t. 1, p. 56 de l'édit. de la Haye; t. I, p. 437, 408;

t. II, p. 220, 249 et 316, édit. G.; t. I, p. 315, 317; t. II, p.

267 et 273, édit. M.--_Ibid._ (27 janvier 1672), t. II, p. 321,

édit. G.

[152] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127,

note 1.

[153] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars, 11 octobre 1671), t. I, p.

392; t. II, p. 257, édit. G.; t. I, p. 304; t. II, p. 217, édit.

M.--_Lettres de madame la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye,

1726, t. I, p. 116. (Lettre altérée dans les éditions modernes.)

Conférez t. II, p. 98, édit. G.; t. II, p. 82 et 83, édit.

M.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 12 janvier, 3 et 10 février 1672),

t. II, p. 329, 340, 369, 379, édit. G.; t. II, p. 278, 280, 312

et 321, édit. M.

M. de Grignan avait un autre frère dans l'état ecclésiastique,

très-différent de _seigneur Corbeau_ par sa figure, car il était d'une

beauté remarquable[154]: on l'avait surnommé _le bel abbé_. A l'époque

dont nous traitons, âgé seulement de vingt-huit ans, il n'avait pas

encore soutenu sa thèse en Sorbonne. Doué de capacité et ambitieux, il

fut successivement agent général du clergé, abbé de Saint-Hilaire, nommé

évêque d'Évreux, mais non confirmé comme tel[155]. Il fut sacré évêque de

Carcassonne dans l'église de Grignan. Son faste et sa prodigalité

contrariaient madame de Sévigné, qui aurait voulu qu'une partie de ses

riches revenus ecclésiastiques fussent employés à faire du bien à ses

frères[156], et particulièrement au moins riche de tous, le chevalier de

Grignan, Adhémar.

[154] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127,

note 3.

[155] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1689), t. VIII, p. 303 (27

août 1689), t. IX, p. 401, édit. M.

[156] Voyez _Lettres inédites et restituées de madame_ DE GRIGNAN

(22 décembre 1677). Lettre de madame de Grignan à M. de Grignan,

p. 5 d'un tirage à part. (Extrait des archives de l'École des

chartes.) Louis, abbé de Grignan, fut nommé à l'évêché d'Évreux

en février 1680; mais les bulles ne furent pas confirmées: au

mois de mai 1681 il fut nommé évêque de Carcassonne, et sacré le

21 décembre dans l'église de Grignan.--Voyez _Gallia christiana_,

t. VI, p. 927.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 374,

édit. M.--(21 février 1680), t. VI, p. 169, édit. M.--(21 août

1681), t. VI, p. 425, édit. M.--(1er septembre 1680), t. VI, p.

442, édit. M.--(20 novembre 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9

janvier 1682), t. VII, p. 116, édit. M.--(9 septembre 1675), t.

IV, p. 90, édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.--_Ibid._ (22

septembre 1688), t. VIII, p. 366, édit. G.; t. VIII, p. 91, édit.

M.--_Ibid._ (24 janvier 1689), t. IX, p. 118, édit. G.; t. VIII,

p. 303, édit. M.--(7 février 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9

janvier 1683), t. VII, p. 116, édit M.

Mémoires touchant la vie et les ecrits de Marie de Rabutin-Chantal, (4/6) · 第 3 / 28 段