Par une singulière image, nos vieux poètes et conteurs ont aussi donné

le nom de bidet, de courtaut, de roussin, au membre viril, sans pour

cela qu'il soit question du rôle joué par l'homme dans les citations

ci-dessus d'Horace, d'Ovide, de Martial et d'Aristophane. P. Aretino dit

en ce sens: _Far stallare i cavalli_ (faire pisser les chevaux), _dar le

mosse a i cavalli_ (donner l'élan aux chevaux). L'Arioste s'est

plaisamment servi de cette figure dans la rencontre d'Angélique avec

l'Ermite:

La voici étendue sur le dos dans le sable,

Livrée aux fantaisies du rapace vieillard.

Il l'étreint et à son gré la caresse;

Elle dort et ne peut faire résistance.

Il lui baise tantôt le beau sein, tantôt la bouche,

Personne qui le voie en ce désert sauvage;

Mais à l'encontre son destrier trébuche,

Au désir ne répond pas le corps débile:

La bête est mal en point, étant trop chargée d'ans,

Et n'en vaudra pas mieux, tant plus il la fatigue.

Il a beau essayer toutes voies et moyens,

Le paresseux roussin n'en saute pas davantage;

En vain il lui secoue la bride et le tourmente,

Il ne lui peut faire tenir la tête haute.

(_Roland furieux_, VIII, st. XLVIII à L.)[15]

[15] Arioste, Chants I à XV, trad d'Alcide Bonneau (Paris, Liseux,

1881, 3 vol. pet. in-18).

Est-ce Catulle qui a le premier imaginé la gentille allégorie de

l'oiseau et de la cage? En tous cas, il l'a fait si spirituellement, en

termes si enveloppés, que beaucoup d'érudits ont soutenu que le moineau

de Lesbie était un moineau véritable, et dit des injures à ceux qui

s'obstinaient à croire le contraire. M. Armand Barthet a écrit, sur la

délicieuse pièce de Catulle, une petite comédie dont Rachel interprétait

le principal rôle et où l'on voyait un vrai moineau dans une cage de fil

de fer, sans allégorie aucune. Le sens dans lequel les Latins

entendaient le «_passer deliciae meae puellae_», n'est pourtant pas

douteux, si Martial ne nous déçoit:

_Issa est passere nequitior Catulli..._

Issa est plus lascive que le moineau de Catulle,

nous dit-il (III, 110); et encore, s'adressant à Dyndimus, son Giton:

_Da nunc basia, sed Catulliana;

Quae si tot fuerint quot ille dixit,

Donabo tibi passerem Catulli._

(XI, 7.)

Donne-moi des baisers, mais Catulliens;

Et si tu m'en donnes autant qu'il le dit,

Je te ferai cadeau du moineau de Catulle.

Ainsi compris, on voit quel serait le passereau qui faisait les délices

de Lesbie, qu'elle agaçait du bout du doigt, qui se réfugiait dans son

sein, qui ne pépiait que pour elle et qu'elle aimait plus que ses yeux,

car il était couleur de miel, _nam mellitus erat_[16]. Depuis, Italiens

et Français ont usé et abusé de l'oiseau et de la cage, mais les

Italiens encore plus que les Français. Boccace leur a donné l'exemple en

écrivant son joli conte du _Rossignol_; le _lusignuolo_ et la _gabbia_,

l'_uccello_, le _passerotto_ et la _passerina_, reviennent

continuellement dans l'Aretino; ceux qui connaissent Baffo savent seuls

à combien de sauces l'_osello_ peut s'accommoder. Parmi les Français,

sans oublier la chanson populaire:

Ah! le bel _oiseau_, maman,

Qu'Alain a mis dans ma _cage_!

contentons-nous d'en citer deux ou trois:

Autant et plus que sa vie

Phyllis aime un passereau;

Ainsi la jeune Lesbie

Aima jadis son moineau.

Mais de celui de Catulle

Se laissant aussi charmer,

Dans sa _cage_, sans scrupule

Elle eut soin de l'enfermer.

(_Chaulieu._)

Elle le prit dans sa main blanche,

Et puis dans sa _cage_ le mit.

(_Regnard._)

Lisette avait dans un endroit

Une _cage_ secrète;

Lucas l'entr'ouvrit, et tout droit

D'abord l'_oiseau_ s'y jette.

(_Collé._)

[16] Politien, Lampridius, Turnèbe, Vossius ont entendu dans le sens

érotique l'élégie de Catulle; Scaliger et Sannazar traitent

d'orduriers ceux qui ont la vue si longue. Volpi propose un moyen

terme: selon lui, le _moineau de Lesbie_, à force de passer de

bouche en bouche, a pu donner lieu à des allusions et équivoques

libertines auxquelles l'auteur n'avait pas songé.

On en a fait de toutes les sortes de ces métaphores, et chaque écrivain

s'est piqué d'en inventer de nouvelles, de trouver les mots les plus

drôles. Rabelais dit: le baston à un bout, le baston de mariage, le

membre nerveux, caverneux, la vivificque cheville, maistre Jean Chouart,

maistre Jean Jeudy, l'anneau de Hans Carvel, le comment a nom, le

callibistris, la boursavit, sacquer, baudouiner, roussiner, jocqueter,

culleter, beluter[17], grimbetiletolleter, jouer du serre-croupière,

jouer des basses marches, sonner l'antiquaille, faire la bête à deux

dos[18], saigner entre les deux gros orteils, etc. L'Aretino: Habiller

ceux qui sont nus, embéguiner le poupard (de peur du froid), abreuver le

chien à l'écuelle, faire compter les solives du plafond, mettre le

fuseau dans la quenouille, le pilon dans le mortier, le cordon dans la

bague. Brantôme affectionne la pénillière, la devantière, moudre au

moulin, hausser le devant, rembourrer le bas, secouer le pellisson, et

donne aux femmes les allures des haquenées: le pas, l'entre-pas, le

trot, l'amble, le galop. Nos conteurs ont emprunté leurs métaphores à

des ordres d'idées si divers qu'on ne saurait les classer par groupes;

la plupart ont d'ailleurs vieilli à force d'être usitées. Notons

cependant les figures religieuses: Temple, autel, sanctuaire,

tabernacle, chapelle, cierge, bourdon de Saint Jacques, aspergés,

goupillon, carillonner, chanter l'_Introït_, aller à l'offrande. Les

Anciens avaient donné l'exemple; nous trouvons chez eux employés dans un

sens érotique: _ara voluptatis_, _adyta Cupidinis_, _Isiaca_ et _pygiaca

sacra_, _penetralia_, sans compter tous les attributs des divinités: la

conque de Vénus, le sceptre de Priape, la verge de Mercure, le Rameau

d'or, le thyrse de Bacchus, la massue d'Hercule.

[17] Bluter, équivalent presque exact du Latin _crissare_, vanner.

[18] Shakspeare lui a probablement emprunté cette plaisante métaphore:

_«Your daughter and the Moor are now making _the beast with two

backs_»_ (_Othello_); Coquillart s'en était déjà servi, et les

Latins disaient: faire la bête à quatre pattes, _quadrupedantem

agere_ (Plaute).

Il y a bien de la forfanterie dans quelques-unes de ces ambitieuses

appellations, et une tendance manifeste à donner des proportions

colossales à ce qui souvent n'est que bien peu de chose, une paille, un

fétu. La massue d'Hercule! nous avons déjà rencontré: baliste, bélier,

catapulte; il y a encore: arbre, poutre, battant de cloche, mât, aviron,

timon, gouvernail, colonne (fréquent dans les Priapées, ainsi que

_malus_ et _arbor_), obélisque. Si c'était vrai à moitié, ou seulement

au quart, Anciens et Modernes n'auraient pas eu besoin de chercher pour

la partie adverse tant de termes désobligeants: _antrum muliebre_,

_fossa_, _caverna_, _lacus_, _barathrum_, l'antre de la Sibylle,

l'énorme solution de continuité, dit Rabelais[19], l'hiatus béant;

d'autres n'auraient pas dit que s'y aventurer c'est jeter l'ancre dans

une mer qui n'a ni fond ni rive, lancer le javelot à travers de vastes

portiques (N. Chorier), pisser dans le jardin par une fenêtre grande

ouverte. «Je l'ay ouy nommer sépulchre et monument au Père Anne de

Joyeuse, en un sermon qu'il fit dans l'église de S. Germain de

l'Auxerrois au temps de Carême de l'an 1607. Le sieur Le Veneur, vivant

évesque d'Évreux, l'appelait vallée de Josaphat, où se fait le viril

combat. Bocace au conte de la belle Alibec, l'appelle Enfer, symbolisant

à ce nom avec les Pères et plus dévots Théologiens Sainct Thomas, Sainct

Augustin et autres, qui l'ont nommé _portam Inferi_, _januam Diaboli_.»

(J. Duval, _Hermaphr._, chap. VIII.)

[19] La Fontaine a trouvé moyen de mettre en vers cette hyperbole:

... mais quand il vit l'énorme

Solution de continuité...

* * * * *

Les Grecs et les Latins, pour parler des dépravations dont ils

rougissaient ou faisaient semblant de rougir, avaient des termes et des

locutions d'un sens plus caché que les simples métaphores. Pour

_irrumare_ et _irrumari_, ils avaient: [Grec: binein stomati, karizein

tê glôssê, molynai to stoma], _petere summa_ (gagner les hauteurs),

_capitibus non parcere_ (ne pas faire grâce aux têtes), _comprimere

linguam_ (comprimer la langue), _Harpocratem reddere_ (rendre un

Harpocrate), _tacere_ (se taire), et pour _paedicare_ ou _paedicari_:

_concidere_, _percidere_, _incurvare_, _conquiniscere_, demander le

_collarium_ ou l'_officium puerile_; sans compter bien d'autres termes

sur lesquels les commentateurs sont loin d'être d'accord: Chalcidiser,

Phéniciser, _Corinthiari_, Phicidiser, _Coa_ et _Nola_ (Cicéron), les

Clazomènes (Ausone), etc. Les Italiens, héritiers, s'il faut les en

croire[20], des goûts de leurs vieux ancêtres, ont aussi beaucoup de ces

sortes de locutions que les initiés savent comprendre: _Volger le

spalle_ (tourner le dos), _appoggiar la testa al muro_ (appuyer la tête

au mur), _scuotere il pesco_ (secouer le pêcher), _dar le mele_ (offrir

les pommes). Celles dans lesquelles ils opposent le commerce naturel à

l'acte contre nature sont curieuses: _il lesso e l'arrosto_ (le bouilli

et le rôti), _il piovoso e l'asciutto_ (le mouillé et le sec), _la capra

e il capretto_ (la chèvre et le chevreau), _le mele et il finocchio_

(les pommes et le fenouil). Le _messale Culabriense_ et le _Culiseo_

sont de bonnes inventions de maître Pierre Arétin. Bandello, tout évêque

d'Agen qu'il était, s'est servi de quelques-unes de ces locutions; il

dit: _andar in zoccoli per l'asciutto_ (aller en pantoufles par le

chemin sec), opposé à _andar in nave per il piovoso_ (aller en bateau

par où il pleut), et il nous fait à ce propos le bon conte d'un pécheur

endurci qui, arrivé à sa confession dernière, refuse absolument d'avouer

sa préférence pour l'_asciutto_. Le Moine, qui sait de quel pied a

cloché toute sa vie le mauvais garnement, veut lui faire dire à haute

voix qu'il a commis le péché contre nature, qu'il est infecté du vice

abominable; l'autre se récrie et dit qu'on l'accuse à tort. Enfin, sur

une objurgation plus directe, il avoue tout de suite, et comme le Moine

le reprend de l'obstination qu'il mettait à s'en défendre:--«Oh! oh!

révérend Père,» lui répond-il, «vous n'avez pas su m'interroger.

M'amuser avec de jeunes garçons m'est plus naturel à moi qu'il n'est

naturel à l'homme de boire et de manger, et vous me demandiez si je

péchais contre la Nature! Allez, allez, messer, vous ne savez pas ce que

c'est qu'un bon morceau[21].» Voilà comment périphrases et métaphores

peuvent quelquefois n'être pas bien comprises.

[20] Baffo assure que s'il parle si souvent de _buggerar_, ce n'est

pas qu'il tienne à la chose, mais seulement pour ne pas faire tort à

son pays, enlever à ses compatriotes un avantage qui leur a valu

quelque réputation dans le monde.

[21] _Nouvelles de Bandello_, tome I; Paris, Liseux, 1879, pet. in-18.

Bon nombre de ces expressions figurées, à double sens, se confondent

avec l'équivoque, autre façon de se faire plus ou moins clairement

entendre, et qui est d'un fréquent usage dans la langue érotique.

Aristophane en a semé partout dans ses comédies, et elles sont souvent

si fines qu'elles passeraient inaperçues. Lysistrata s'étonne de ce que

les femmes de Salamine ne soient pas encore arrivées, et Calonice lui

répond qu'elles ont pourtant dû se mettre en bateau dès le matin: on

venait en barque de Salamine à Athènes. Mais «se mettre en bateau»

([Grec: kelêtizein]) veut dire aussi ce qu'Horace appelle _peccare

superne_ et _equum agitare supinum_. La «tyrannie d'Hippias», citée plus

haut, est un jeu de mots du même genre. Il équivoque encore sur le

_delta_, le _lambda_, et après lui Ausone s'est escrimé sur le _thêta_,

le _psi_, le _phi_, le _rho_, l'_iota_ majuscule, le _tau_: il n'a

oublié que l'_oméga_ souscrit. Cicéron faisait des équivoques érotiques

en plein prétoire, disant, par exemple, que si l'on cherchait Sextus

Claudius, on le trouverait chez la soeur de Publius, _occultantem se

capite demisso_ (_Pro domo_, 31); _demittere caput_ ne signifie, si l'on

veut, que baisser la tête, mais les fines oreilles entendaient _cunnum

lingere_. Il en a commis bien d'autres; il appelait _colei_, pour se

moquer d'eux, des témoins véritables, des témoins appelés à déposer en

justice. Dans notre langue l'équivoque est encore plus facile, beaucoup

plus de mots pouvant se prendre dans un double sens: aussi en

relèverait-on un grand nombre. Rabelais, Noël du Fail, H. Estienne, Th.

de Béze parlent du pays de Surie ou Suerie, qu'on peut entendre Syrie,

mais qui signifie tout bonnement la vérole, pour la guérison de laquelle

on faisait suer les pauvres malades jusqu'à dessiccation presque

complète. «En maintes compagnies, celuy n'est réputé vaillant champion

qui n'a fait cinq ou six voyages en Suerie» (H. Estienne, _Apologie pour

Hérodote_, chap. XII). J. Duval équivoque sur les poulains qui vous

mènent jusque-là, «poulains qui souvent sont assez forts» dit-il, «pour

porter un homme au pays de Surie» (_Hermaphr._, chap. VI); plus tard, on

a dit dans le même sens aller en Suède, et passer par la Bavière de ceux

que la vérole ou le traitement mercuriel faisait saliver, baver. On a

équivoqué sur la bague et le doigt, le doigt mouillé, le poisson et la

nasse, le pied et la chaussure, les fleurs blanches et les fleurs

rouges.

C'est une bague qui circule

Et qui se met à tous les doigts,

dit Bonnard d'une femme galante.

La marquise a bien des appas,

Ses traits sont vifs, ses grâces franches,

Et les fleurs naissent sous ses pas,

Mais hélas! ce sont des fleurs blanches.

(Maurepas.)

Nos vieux poètes et chansonniers avaient un faible pour l'andouille, le

cervelas, le boudin, la saucisse, le jambon, le lardon et toutes sortes

de charcuteries:

Item à l'orfèvre Du Boys

Donne cent clouz, queues et testes,

De gingembre Sarazinoys:

Non pas pour accoupler ses boytes,

Mais pour conjoindre culs et coettes,

Et couldre jambons et andoilles,

Tant que le laict en monte aux tettes,

Et le sang en dévalle aux coilles.

(F. Villon, _Le Grand Testament_, CI.)

De tout le gibier, Fauchon

N'aime rien que le cochon;

Surtout devant une andouille

Qu'aux Carmes on choisira,

Elle s'agenouille, nouille,

Elle s'agenouillera.

(Collé.)

Brillat-Savarin note l'exclamation d'une dame en voyant servir une

énorme mortadelle de Bologne.--«Quelle idée a-t-on de faire des

saucissons de cette taille? cela ne ressemble à rien.--Vous trouviez

donc que les autres ressemblaient à quelque chose?» lui demande à

l'oreille son voisin de table. Richelet, sciemment ou non[22], en a

commis une aussi grosse que la mortadelle de Brillat-Savarin: «LAPINE,

s. f. Femelle du lapin. Quelques-uns des plus habiles dans la langue

condamnent le mot de lapine, et prétendent qu'on doit dire femelle du

lapin, et non pas lapine. Néanmoins, comme lapine est dans la bouche de

plusieurs femmes qui parlent bien, je ne le condamnerais point, surtout

en parlant, et dans le style le plus simple.» L'équivoque remarquée dans

Corneille:

Mais le désir s'accroît quand l'effet se recule,

(_Polyeucte_, acte I, sc. 1.)

est certainement involontaire; elle n'en est pas moins drôle. Il en est

de même de l'hémistiche reproché à Malherbe:

... qu'on survit à sa mort.

Ceux qui voient ces indécences les ont dans l'esprit, remarque très bien

Quintilien; elles ne sont pas le fait de l'auteur. Sans grand renfort de

bésicles on en découvrirait de semblables chez tous. La grotte creuse où

Calypso retient si longtemps Ulysse (_Odyssée_, rhaps. I et V) n'a pas

été à l'abri du soupçon. L'antre des Nymphes, si curieusement décrit par

le bon Homère, qui ne sommeillait pas toujours (_Odyssée_, rhaps. XIII),

cet antre obscur, frais et sacré, ombragé d'un feuillage épais, où les

Naïades versent leurs urnes inépuisables, où les abeilles font leur

miel, où les Nymphes tissent des toiles de pourpre, et qui a deux

portes: l'une pour les hommes, l'autre pour les Dieux, a paru encore

bien plus équivoque à des malins qui y ont vu l'_antrum muliebre_ et la

_postica Venus_ de Pénélope[23].

[22] Ce qui ferait croire que Richelet y a mis de la malice, c'est

qu'il manque rarement dans son Dictionnaire l'occasion de médire des

femmes:

«APARIER (S'). Le coq coche la poule, le moineau coche sa femelle

plusieurs fois sans reprendre haleine. Si les hommes avoient ce

destin à l'égard des femmes, ils en seroient adorés.

»FEMME. La femme est un animal créé pour donner du plaisir, et

particulièrement pour en prendre et faire enrager ceux qui l'en

pensent empêcher. La femme est un animal intéressé.

»FLON-FLON.

Si ta femme est méchante,

Apprends-lui la chanson.

Voici comme on la chante,

Avec un bon bâton:

Flon, flon, flon.

»LOUVE. Femme insatiable dans la débauche. La plupart des femmes

sont un peu louves.»

[23] La Mothe Le Vayer, _Hexaméron rustique_.

Les critiques Latins en voyaient chez Virgile, qui aurait dans ce vers:

_Dextra mihi Deus, et telum quod missile libro_,

formulé à mots couverts la devise du masturbateur, et ils lui

reprochaient d'avoir écrit:

_Incipiunt agitata tumescere..._

ce qui prend un sens obscène si on sous-entend _genitalia_; ils avaient

la vue moins perçante qu'Ausone, qui, dans la dernière partie de son

_Cento nuptialis_, a détourné dans le sens érotique une cinquantaine de

vers ou d'hémistiches de l'_Énéide_ et des _Bucoliques_:

_Perfidus alla petens, ramum qui veste latebat,

Sanguineis ebuli baccis minioque rubentem,

Nudato capite, et pedibus per mutua nexis,

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,

Eripit a femore, et trepidanti fervidus instat.

Est in secessu, tenuis quo semita ducit,

Ignea rima micans, exhalat opaca mephitim;

Hic specus horrendum, talis sese halitus atris

Faucibus effundens nares contingit odore.

Huc juvenis nota fertur regione viarum,

Et super incumbens, nodis et cortice crudo,

Intorquet summis adnixus viribus hastam.

Haesit, virgineumque alte bibit acta cruorem.

Insonuere cavae, gemitumque dedere cavernae.

Illa manu moriens telum trahit, ossa sed inter

Altius ad vivum persedit vulnere mucro_, etc.

L'équivoque est surtout plaisante quand elle est prolongée; l'adresse

consiste alors à trouver des développements tels, qu'ils conviennent à

deux sujets, l'un honnête et décent, qui est exprimé, l'autre érotique,

sous-entendu, et que les termes dont on se sert s'adaptent aussi

aisément à l'un qu'à l'autre. Les Italiens ont été nos maîtres dans

cette sorte de jeu d'esprit, auquel ils doivent toute une partie, et non

la moins curieuse, de leur littérature, ce qu'ils appellent le genre

Berniesque ou _alla Berniesca_, du nom de Francesco Berni qui y a

excellé; la plupart de leurs poètes du XVIe siècle, La Casa, Firenzuola,

Mauro, Dolce, Varchi, Molza s'y sont exercés avec succès. Une des plus

célèbres pièces est le _Capitolo del Forno_, de G. della Casa[24], dont

les équivoques sont d'autant plus compréhensibles, que le four, le pain,

la pâte, ont donné lieu chez tous les peuples à des plaisanteries qui

sont aussi vieilles que le monde. Hérodote nous dit qu'un oracle

reprochait à Périandre, tyran de Corinthe, d'avoir «mis son pain dans un

four froid», parole énigmatique à laquelle le vulgaire ne comprit rien,

mais qu'entendit parfaitement le prince, qui, ne pouvant se décider à se

séparer d'une femme qu'il aimait, avait eu commerce avec son cadavre.

«Emprunter un pain sur la fournée» est chez nous un vieux proverbe qui

se trouve dans les _Caquets de l'accouchée_. On en trouverait bien

d'autres exemples: «Comme n'estant, disent les boulengers, le pain

refaict et prest d'enfourner toutesfois et quantes que le four est

chaud, à quoy Nature, provide mesnagère et curieuse de la propagation

d'un si digne animal que l'homme, a tellement pourveu, que le four est

chaud et si bien disposé, quand la paste est faicte et le pain prest

d'enfourner, qu'il n'est bien reçeu seulement, mais, comme dit Galen au

livre de la _Semence_, il est aussi curieusement et avidement attiré,

que peut être l'air sucé du corps à l'usage des ventouses médicinales.»

(J. Duval, _Hermaphr._, chap. VI). La Casa nous décrit donc le four et

ses diverses constructions: le four à cuire le pain et le four à cuire

les friandises; il nous dit le soin que les boulangères en prennent,

comme elles le lavent matin et soir, y passent le torchon et l'éponge

toutes les fois qu'elles ont cuit, savent faire lever la pâte, diriger

la pelle en haussant la jambe, et, sans y mettre trop de bonne volonté,

on peut croire qu'il ne s'agit que des mystères de la boulangerie. F.

Berni a célébré dans le même goût la _Flûte_, l'_Anguille_, le _Pot de

chambre_ (_orinale_), Mauro la _Fève_ (les Italiens appellent fève ce

que nous appelons gland), Dolce le _Nez_, Molza les _Figues_, dans un

poème illustré d'un long et savant commentaire par Annibal Caro; Varchi

les _OEufs durs_, la _Ricotta_ (sorte de fromage), le _Fenouil_ «dont

les Italiens,» dit Ginguené, «font un grand usage dans leur cuisine,»

est-ce sérieusement? Franzesi les _Carottes_, les _Cure-dents_, la

_Castagna_ (châtaigne et nature de la femme); Lodovico Martelli la

_Balançoire_; le Bronzino, aussi bon poète que grand peintre, le

_Pinceau_, le _Ravanello_ (raifort ou radis noir), _le Campane_ (le

carillon des cloches et du battant); des anonymes _il mortaio_ (le

mortier et le pilon), _le Mele_ (pommes et fesses), _il pescare_ (pêcher

et cueillir des pêches dans le sens de: secouer le pêcher, indiqué plus

haut); le Lasca la _Saucisse_, le _Melon_ (_mellone_, melon et fessier),

etc. Au temps où la littérature Italienne était très étudiée en France,

quelques-uns de nos poètes, Motin, de Rosset, Rapin, Du Souhait,

Chauvet, ont spirituellement essayé de lutter contre ces maîtres avec le

_Jeu du toton_, le _Jeu de dames_, la _Douche_, les _Joueurs de paume_,

les _Fureteurs_ (chasseurs au furet), les _Batteurs d'amour_ (équivoque

avec les batteurs d'or), les _Pionniers d'amour_, la _Mascarade des

scieurs de bois_, les _Astrologues_, les _Sagittaires_, l'_Arracheur de

dents_, et autres pièces qu'on peut lire dans le _Cabinet satyrique_.

[24] On a essayé, dans la 1re Série de la _Curiosité littéraire et

bibliographique_ (Paris, Liseux, 1880), d'en donner une traduction

littérale.

* * * * *

Une telle quantité de mots ayant été empruntés à la langue ordinaire et

détournés dans un sens érotique, on ne s'étonnera pas qu'il soit arrivé

à certains d'entre eux un accident tout naturel: que ce double sens soit

resté le seul où on les entende communément, et qu'on n'ose plus s'en

servir de peur de créer une équivoque. Le miracle, c'est que l'accident

ne soit pas arrivé à un plus grand nombre. Nul, par exemple, n'a

reproché aux jurisconsultes Romains d'employer au sens propre _testes_,

ni aux écrivains militaires, _vagina_, quoiqu'ils soient l'un et l'autre

d'un usage tout aussi fréquent dans la langue érotique:

_Magnis _testibus_ ista res agetur._

(_Priapées_, XIV.)

_AL. Mihi quoque assunt _testes_ qui illud, quod ego

dicam, assentiant.

AM. Qui _testes_?

AL. _Testes_.

AM. Quid _testiculare_?_

Plaute (_Amphitryon_.)

_Conveniebatne in _vaginam_ tuam machaera militis?_

Plaute (_Pseudolus_.)

Mais en revanche les grammairiens mettaient à l'index des mots que nous

n'aurions pas soupçonnés d'indécence. Quintilien défend qu'on se serve

des expressions de Salluste: _ductare exercitus_, _patrare bellum_[25].

«Le vieil historien», dit-il, «les a employées honnêtement et en toute

bonne foi; maintenant elles feraient rire, ce dont j'accuse non

l'écrivain, mais le lecteur. On n'en doit pas moins les éviter: des mots

honnêtes sont perdus, par la faute de nos moeurs.» (_Inst. orat._, VIII,

3). Cicéron (_Orator_, XVIII) note d'obscénité _cum nobis_, sans que

nous voyions trop pourquoi (peut-être est-ce à cause d'une équivoque

avec _connubere_ ou _cunnus_) et dit qu'il faut séparer les deux mots

par _autem_: _cum autem nobis_. La Casa reproche de même à Dante d'avoir

employé _chiavare_ dans le sens propre: enfoncer un clou, une cheville,

_chiavare_ ne pouvant plus s'entendre depuis longtemps en Italien que de

la vivificque cheville dont parle Rabelais. Il en est de même chez nous

de bander; Malherbe commence ainsi une ode:

Je veux bander...

Dictionnaire érotique Latin-Français · 第 2 / 10 段