que nous croyons justes, sur le foyer originel d’un système mythologique
devenu célèbre dans l’ancien occident. Quelques auteurs, Diodore entre
autres, nous parlant des usages singuliers que les Égyptiens, encore au
temps de César, pratiquaient pour la sépulture des morts, nous
avertissent que l’invention de ces usages, comme de la plupart de ceux
de ce peuple, remontait à une antiquité très-reculée. «Aussitôt qu’un
homme meurt, nous disent-ils, les préposé à l’ensevelissement se
présentent;[290] un marché volontaire se conclut; on leur livre le
corps; ils l’emportent, le vident de ses parties molles, le salent,
l’embaument, le sèchent, et au bout de 30 jours ils le rendent dans un
état de momie si parfait, qu’il semble encore vivre. Il s’agit de le
porter au tombeau: on ne le peut sans prévenir les juges et la famille,
du jour fixé pour cet acte: le corps doit traverser le lac; une barque
est construite; un pilote, nommé _Karon_ en langue égyptienne, la
dirige..... Avant d’y poser le corps, la loi permet à tout citoyen de
venir porter sa plainte contre le mort. Les juges réunis au nombre de
40, écoutent l’accusation. Si le mort est convaincu d’avoir été vicieux,
injuste, ils portent une sentence qui le prive de la sépulture..... Si
l’accusateur est dans son tort, il subit lui-même une peine grave. Si le
mort est absous, et demeure pur, ses parens quittent leurs habits de
deuil, font son éloge..... et il est porté au tombeau avec tous les
honneurs, au milieu des félicitations qui lui sont adressées sur
l’éternité de bonheur où il entre, etc.»
Nos auteurs conviennent que ce sont ces usages qui, portés en Grèce, y
répandirent les idées du Tartare, de l’Élysée et de toute la fable de
Karon et de l’Achéron; mais leur récit nous conduit à d’autres notions
plus instructives.
1° Nous remarquons que la circonstance de _passer un lac_, ne convient
qu’à très-peu de localités en Égypte, et que primitivement ce fut le
fleuve qu’on traversa.
2° _Traverser le fleuve_ ne peut s’appliquer à _Memphis_ la neuve,
attendu que tous les tombeaux se trouvent à l’ouest du Nil, où elle-même
fut située, et qu’il n’existe aucun cimetière à son _est_, dans le mont
Moqattam, ou dans la plaine contiguë.
3° _Traverser le Nil_ convient mieux à l’ancienne Memphis bâtie à l’est
du fleuve; mais la plaine à l’ouest offre trop peu de tombeaux, vu la
proportion que dut exiger cette capitale; et de plus, l’usage dut être
aboli par les 200 ans de tyrannie des _Pasteurs-Arabes_: cette localité
n’offre donc point le concours de circonstances requis. Pour le trouver,
il nous faut remonter à Thèbes. Là, sur la rive orientale du Nil, nous
avons une cité antique et immense; sur la rive occidentale nous trouvons
d’abord une plaine cultivable, jadis traversée de canaux d’arrosement,
qui furent les neuf branches du _Styx_; puis des bois de palmiers, dont
l’ombrage, en ce climat brûlant, procurait le bien-être des Champs
Élysées; puis enfin un escarpement de montagne calcaire qui, sur une
hauteur de quatre ou cinq cents pieds et plus d’une lieue de longueur,
est percé d’une innombrable quantité de trous semblables à des fenêtres
de maisons ou à des sabords de vaisseau; chacun de ces trous formant
l’ouverture d’un long boyau ou galerie, ramifié dans l’intérieur de la
montagne, et rempli jadis d’une si prodigieuse quantité de momies,
qu’aujourd’hui, après plusieurs siècles de spoliations, les voyageurs
français en portent le nombre à plusieurs millions. Ce furent là les
tombeaux des habitants de Thèbes, qui ne pouvaient y arriver qu’en
traversant le Nil dans la barque de Karon, et qui, devenus les
libérateurs de Memphis et de la Basse-Égypte par l’expulsion des
pasteurs Arabes, vers l’an 1550, y introduisirent ces usages, peut-être
inconnus: peut-être encore fut-ce à raison de ce voisinage que les Grecs
en eurent connaissance, soit par leurs propres navigateurs, soit par les
Phéniciens: toujours paraît-il vrai que c’est vers cette époque qu’on
aperçoit l’aurore de ces idées dans l’Occident. Il faut savoir gré aux
législateurs de la Grèce d’avoir voulu les employer à épurer des mœurs
de leurs peuples féroces; mais faute de les avoir mises en action
positive, ils manquèrent une partie de leur but, et n’atteignirent que
les esprits timorés. Quelle admirable institution que cette coutume
égyptienne! quelle haute idée elle donne de leurs moralistes!
L’aspect des momies nous suggère une conjecture sur l’intention de leurs
physiciens: quand on examine attentivement ces poupées, on est frappé de
leur ressemblance avec la chrysalide qui fait passer le ver rampant à
l’état d’être volatile. Nous savons que très-anciennement les prêtres
Thébains se livrèrent à l’étude des choses naturelles; qu’ils connurent
l’organisation, les mœurs, les caractères spéciaux des plantes, des
animaux, ainsi que l’influence exercée par la chaleur solaire sur le
mouvement et la vie des êtres terrestres. Alors qu’ils eurent posé en
principe que le _mouvement vital_ (animus) venait d’un _fluide igné_,
incorruptible en lui-même et indestructible; que cette _portion de
fluide igné_, lorsqu’elle abandonnait un corps, retournait au grand
réservoir d’où elle venait, et pouvait revenir encore, ils n’eurent plus
qu’un pas à faire pour établir la métempsycose, l’immortalité de
l’_animus_ et la revivification du corps ci-devant _animé_: or comme
d’autre part, dans leur système astronomique ou astrologique, au bout de
certaines révolutions ou périodes, il se faisait une _restitution_ ou
rétablissement de toutes choses dans l’état antérieur, il devint facile
et comme naturel d’en inférer que l’homme si avide de la vie,
participerait à cette faveur: de ce moment ce fut un soin de la plus
haute importance de conserver dans le meilleur état possible, l’ancienne
habitation de l’âme, ce corps qu’elle devait revenir animer: enfin,
parce que dans une certaine classe d’êtres, dans celle des vers à
papillon, la nature présente un exemple et un procédé vraiment singulier
de changement et de métempsycose, l’homme imitateur y crut voir l’avis
et le modèle de ce qui lui restait à faire, et il tâcha de se faire
chrysalide pour devenir papillon.
C’est encore par une conséquence de ces idées que les anciens Égyptiens
attachèrent à la constitution de leurs tombeaux cette haute importance
dont parle Diodore. «Ils ne regardent,» dit-il, «les maisons qu’ils
habitent que comme des auberges, des lieux de passage, et ils mettent
peu d’intérêt à les entretenir; mais leurs tombeaux, qui sont leurs
demeures éternelles, ils portent le plus grand soin à les bâtir; ils y
emploient une partie de leur vie et de leur fortune, et c’est de cette
idée qu’a procédé la magnificence déployée par les rois de Thèbes en ces
sortes de monuments.»
Ainsi donc il ne faut plus s’étonner de voir que des tyrans, tels que
Cheops et Chephren, aient tourmenté pendant 20 ans toute une nation pour
construire à leur squelette l’énorme tombeau des pyramides; et lorsque
des esprits bénins objectent que cela ne se peut croire, parce que cela
est barbare et absurde, on est obligé de leur répondre que
malheureusement dans le cours des choses politiques cela doit se croire
par ce motif-là-même. Au reste, tous les monuments gigantesques de
Thèbes, en prouvant une population nombreuse et industrieuse, prouvent
aussi l’existence d’un gouvernement despotique, soit royal, soit
sacerdotal, qui eut en mains les moyens coactifs de soumettre toute une
nation à de telles corvées; et cela devient une nouvelle preuve
d’antiquité pour la nation même, en ce qu’elle a dû parcourir les
diverses périodes d’anarchie et de civilisation qui précèdent cet état
avant-coureur de la décadence et de la ruine.
En considérant le fardeau habituel de ces accablantes corvées, nous
sommes conduits à cette autre idée, que si jamais il a existé un pays où
il fût nécessaire d’accorder au peuple un repos légal, celui de chaque
_septième jour_, ce fut l’_Égypte_; et puisque notre conjecture est
appuyée du témoignage positif d’Hérodote et de la pratique de Moïse,
élève des prêtres _égyptiens_, nous posons en fait que le cycle
_hebdomadaire_ est une invention des Thébains, laquelle se lia à tout
leur système astrologique et civil.
Résumons-nous, et disons, 1° que ce fut seulement vers le milieu du
16e siècle avant notre ère (1556.), que les habitants de la grande et
longue vallée de l’Égypte furent réunis en un seul corps de monarchie et
sous un même sceptre;
2° Que ce fut de cette concentration de puissance et de moyens que
dérivèrent ensuite, dans un ordre progressif de besoins ou de
convenances, les conceptions et opérations gigantesques que l’histoire
nous montre dans la Basse-Égypte.
D’abord la création de Memphis la neuve, bâtie sur le lit du Nil, comblé
de main d’homme, et recreusé à l’_est_ pour servir de fossé.
Ensuite la construction du lac Mœris, laquelle consista, non pas à
creuser un pays entier, comme l’a cru Hérodote, mais à percer un isthme
ou langue de terre, pour jeter tout le surplus du Nil dans le bassin
concave du _Faïoum_, ainsi que l’a démontré un savant distingué de
l’expédition française en Égypte, (_Voyez_ le mémoire de M. Jomart.)
Puis l’établissement et le perfectionnement de l’immense état militaire
dont Sësostris profita pour exécuter ses conquêtes.
Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres, attirées sur les
bords du Nil, à titre de dépouilles et tribut de l’Asie occidentale
subjuguée. (Diodore évalue à 1,200,000,000 le trésor de Rhamsinit,
second successeur de Sésostris.)
Puis le changement matériel opéré sur la contexture du pays, à raison de
la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser
Sésostris.
Enfin l’érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren,
qui furent l’effort suprême d’un despotisme ignorant et grossier
embarrassé, de ses richesses.
3e Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l’Égypte
divisée en deux royaumes distincts, dont les traces ne se sont jamais
entièrement effacées. L’un, le royaume de Thèbes, comprenant la
Haute-Égypte ou _Said_; l’autre, le royaume du Delta,
_Égypte-Inférieure_, ayant pour capitale l’ancienne _Memphis_, située à
l’orient du Nil.
Deux siècles et demi avant cette réunion, c’est-à-dire vers l’an 1800
avant notre ère, une irruption de barbares nomades, telle qu’en a
éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette
époque semblerait avoir été sous-divisé en d’autres états soit
tributaires, soit indépendants: tout indique que ces barbares furent des
hordes arabes, et spécialement les débris des anciennes tribus
_Kushites, Aâd Tamoud_, auxquelles il faut joindre les _Madianites_ et
les _Amalékites_, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs
branches et leur parenté, et que l’on retrouve ensuite fixés aux portes
de l’Égypte. Le royaume de _Thèbes_ ayant résisté à cette invasion, il
s’ensuivit un état habituel de guerre dont l’effet fut de réunir tous
les nationaux sous un même étendard, et d’expulser finalement les
étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.
Avant cette invasion des Arabes, c’est-à-dire avant l’an 1800, une
profonde obscurité règne sur l’histoire de Memphis et de la
Basse-Égypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des
Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution
géographique du pays, divisé en îles, est favorable au désordre et à
l’anarchie. Le royaume de Thèbes, au contraire, homogène en son
territoire, et favorisé de ses granits impérissables, nous a transmis,
en ses temples, en ses palais, en ses tombeaux, d’innombrables monuments
d’une civilisation dont l’origine remonte à une antiquité indéfinie.
Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures
hiéroglyphiques que l’on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins,
en quelques tableaux astronomiques, s’est montré assez clair pour en
déduire des résultats peu contestables... Ainsi, dans le zodiaque du
temple de _Dendéra_ (jadis _Tentyr_) la disposition des signes et
constellations est tellement combinée, que l’on s’accorde à y voir
l’état du ciel au moment de la fondation du temple ou de la peinture; et
parce que le mouvement annuel de _précession_ que les astres observent
relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la
Providence pour révéler ses mystères à l’homme studieux, d’habiles
astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le
signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque de _Dendéra_, exprimait
l’an 2056 avant notre ère, de même qu’une autre disposition des signes
dans le zodiaque du temple d’_Esneh_ (Latopolis) exprime l’an 4600. Sans
doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces
assertions détaillées par l’un des témoins des monumens et l’un des
maîtres de l’art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M.
Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte, dont la copie nous est venue
d’une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par
Dupuis (dans la _Revue philosophique_, mai 1806), lequel n’est pas l’un
des moindres produits de la sagacité et de l’érudition de cet homme,
dont le plus grand tort est de n’être pas entendu par les _beaux
esprits_ qui le censurent.
RECHERCHES
Sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après
la construction du zodiaque au plafond de son péristyle.
PAR M. NOUET.
Le plafond du péristyle du temple de Dendéra est soutenu par
vingt-quatre colonnes sur six rangs qui divisent le plafond en sept
plates-bandes parallèles à l’axe du temple; la plate-bande du milieu,
beaucoup plus large, comprend dans sa longueur des globes ailés qui en
occupent toute la largeur; les six autres plates-bandes, dont trois de
chaque côté, contiennent chacune deux rangs de figures sculptées en
relief et peintes; elles ont environ trois pieds de hauteur[291].
Les constellations du zodiaque se trouvent dans une moitié de chaque
plate-bande extrême à droite et à gauche du péristyle: les espaces entre
chaque constellation, sont occupés par des personnages dont plusieurs,
avec les attributs des divinités, doivent avoir avec les constellations
des relations qui ne peuvent être données que par l’auteur de
l’_Origine des Cultes_, lorsqu’il aura sous les yeux le dessin exact et
plus en grand de ce péristyle, que la Commission des sciences et arts
d’Égypte doit mettre au jour.
La plate-bande extrême à gauche, en entrant sous le péristyle, comprend
dans sa demi-largeur, qui se trouve du côté du milieu de ce péristyle,
les constellations ascendantes dans l’ordre suivant, à partir du mur du
temple: _le Verseau_, _les Poissons_, _le Bélier_, _le Taureau_, _les
Gémeaux_, _le Cancer_. La seconde partie de cette plate-bande est
occupée par dix-huit bateaux conduits par des figures emblématiques qui
représentent les dix-huit décans, et doivent avoir des relations
directes avec chaque constellation. Ce sont ces bateaux qui ont servi de
comparaison aux dessinateurs pour placer fidèlement chaque constellation
au lieu correspondant sur le plafond.
La dernière plate-bande à droite en entrant sous le péristyle, comprend
dans sa demi-largeur, du côté du milieu de ce péristyle, les six
constellations descendantes dans l’ordre suivant, à partir du côté de la
cour au mur du temple: _le Lion_, _la Vierge_, _la Balance_, _le
Scorpion_, _le Sagittaire_, _le Capricorne_. L’autre demi-plate-bande
renferme dix-huit bateaux qui représentent dix-huit décans.
J’ai remarqué une disposition particulière dans la manière de
distribuer les constellations ascendantes et descendantes: le Lion,
première constellation descendante, se trouve plus avancé qu’il ne
devrait être s’il occupait le milieu de l’espace d’un signe; le
Capricorne, dernière constellation descendante, se trouve contiguë au
mur du temple; l’espace qui devrait être entre cette constellation et le
temple se trouve transposé dans la plate-bande des constellations
ascendantes; où le Verseau est trop distant du mur du temple. L’espace
de la constellation du Cancer est plus petit que celui de l’espace d’un
signe. La constellation du Cancer est transposée à l’extrémité de la
plate-bande et dans le milieu de sa largeur. Un buste d’Isis, placé
au-dessus d’un portique, se trouve occuper la place du Cancer; au bas de
ce portique s’élève une fleur de lotus, du milieu de laquelle sort un
serpent. Un soleil placé au solstice, sur le prolongement de la ligne
des bateaux, envoie un faisceau de rayons divergens sur le buste d’Isis:
emblème du lever héliaque de Sirius, gardien d’Isis, et placé à la porte
du jour.
Ce langage astronomique indique clairement que le soleil, parvenu au
solstice, fait, par la force de ses rayons, disparaître Sirius à son
lever héliaque; la fleur de lotus annonce le débordement du Nil qui
arrive toujours au solstice.
Dans une chambre supérieure du temple on trouve sculpté au plafond un
petit planisphère tracé sur le plan de l’écliptique; les douze
constellations y forment une ligne circulaire rentrante, de manière que
la dernière constellation se trouve, après sa révolution, passer en
partie au-dessus de la première. Ce zodiaque commence par le Lion;
chaque constellation semble aller dans le même sens, et, la
constellation du Cancer empiète au-dessus du Lion, par l’effet de la
courbe en portion de spirale.
Cette disposition, d’après les données du zodiaque du péristyle, indique
le mouvement d’une période qui a commencé au Lion, et qui doit se
terminer dans le Cancer.
On peut conclure de cet exposé et du déplacement sensible et assez
reconnaissable aux extrémités des constellations ascendantes et
descendantes du zodiaque du péristyle, l’époque approchée de la
construction de ce zodiaque. J’exposerai les résultats des calculs qui
conduisent à cette époque, après avoir donné les éclaircissements
suivants.
Les Égyptiens avaient leur année civile de 365 jours, sans aucune
intercalation, en sorte que le lever héliaque de Sirius qui répondait à
une époque donnée de leur calendrier, ne pouvait revenir à la même
époque qu’après une période de 1461 de leurs années civiles (ces 1461
années égyptiennes répondaient à 1460 années cyniques ou sothiaques.
C’est la grande année _caniculaire_, ainsi nommée, parce qu’elle
commence au lever héliaque de Sirius ou du grand Chien, gardien des
portes du jour et de la nuit.
De Lalande nous dit, en son _Astronomie_, que l’an 138 de l’ère vulgaire
correspondait à la fin d’une période sothiaque, qui, d’après cette
donnée, a dû commencer 3122 ans avant l’an 1800 de notre ère (1322 av.
J.-C.), et la précédente, 4582 ans avant l’an 1800 (2782 av. J.-C.).
Pour trouver les différences entre le solstice et le lever héliaque de
Sirius pour le commencement de chacune de ces périodes, j’ai fait les
calculs suivants pour la latitude du temple de Dendéra, 26° 9´.
On a pour la période qui a commencé l’an 1322 avant J.-C., les données
suivantes:
Ascension droite de Syrius 57° 44´ 53´´
Déclinaison australe 18 34 18
Obliquité de l’écliptique 23 52 24
On trouve pour longitude du soleil, le jour du lever héliaque de Sirius,
90° 28´ 0´´: c’est-à-dire que le lever héliaque de Sirius a eu lieu 10
jours après le solstice.
En remontant à la période précédente qui a commencé l’an 2782 avant
J.-C., on a pour la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le
solstice, les données suivantes:
Ascension droite 48° 15´ 40´´
Déclinaison australe 23 2 20
Obliquité de l’écliptique 24 1 50
Les résultats des calculs donnent pour longitude du soleil, 90° 0′ 0″:
c’est-à-dire que le lever héliaque de Syrius se fit au solstice, l’an
2782 av. J.-C., à’ l’époque de la grande année caniculaire des
Égyptiens.
Ces résultats qui établissent la correspondance entre le solstice et le
lever héliaque de Sirius, supposent une dépression du soleil de 12° 9′
sous l’horizon, pour faire disparaître Sirius à son lever; cette
supposition est d’autant plus admissible, que le tour de l’horizon en
Égypte est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits, si
communes en ce pays fait pour l’astronomie, on ne voit jamais d’étoiles
à quelques degrés au-dessus de l’horizon dans les secondes et troisièmes
grandeurs; le soleil même à son lever et à son coucher se trouve
entièrement déformé.
Les Égyptiens, peuple religieux et reconnaissant envers les dieux, des
faveurs de leur fleuve, ont, sur ses bords, élevé des temples couverts
intérieurement de tableaux, d’offrandes à Osiris et à Isis, pour obtenir
l’ouverture des riches réservoirs des eaux qui à des époques fixes
viennent fertiliser leurs terres.
Or c’est l’époque célèbre de la période sothiaque dont le commencement a
concouru avec le solstice que les Égyptiens ont consacré dans leur
zodiaque du temple de Dendéra, pour la date de l’inondation du Nil qui
arrive au solstice.
D’après la longitude de γ du Belier en 1800 et le mouvement rétrograde
des points solsticiaux, on trouve que, l’an 1322 avant J.-C.,
commencement de la dernière période, le solstice a eu lieu dans 13° 23′
de la constellation du Cancer, et l’an 2782 avant J.-C.; le solstice a
eu lieu dans 3° 48′ de la constellation du Lion; le mouvement du
solstice a été d’une période à l’autre, de 20° 23′, dont la moitié 10°
11′, étant ajoutée à 13° 23′ du Cancer, où finit la première période, on
aura le milieu de la période précédente représenté par le zodiaque de
Dendéra; le Cancer transposé et mis en évidence au delà des
constellations ascendantes indique que cette période doit s’écouler dans
cette constellation. Le buste d’Isis mis en place de la constellation du
Cancer à 12° du soleil, représente Sirius lorsqu’à son lever il
disparaît dans les rayons de cet astre. Ce zodiaque a donc été construit
pour représenter le milieu de cette période (état du ciel lors de sa
construction), quand le solstice arrivait vers 24° du Cancer,
c’est-à-dire 3852 ans avant l’an 1800 de notre ère (2052 avant J.-C.)
On peut déterminer, d’une manière conforme à celle qui vient d’être
exposée, l’époque du zodiaque du temple de Dendéra, en faisant usage
d’un symbole hiéroglyphique de ce zodiaque, dont nous connaissons la
signification.
Entre la constellation de la Balance et du Scorpion, nous trouvons dans
ce zodiaque une figure assise qui a une tête de chien; cette figure est
incontestablement celle du Cynocéphale des Égyptiens. Mais le
_Cynocéphale assis signifie les équinoxes_, selon les Égyptiens, ainsi
que nous l’apprend Horapollo (_Hiéroglyph._, liv. I, ch. 16, pag. 31 et
32 de l’édition de Paw). Donc dans le zodiaque de Dendéra l’équinoxe
d’automne (c’est celui qu’il faut prendre ici, de l’aveu de ceux qui ont
écrit sur ce zodiaque) est placé entre la Balance et le Scorpion: le
Cynocéphale étant assez éloigné de la constellation de la Balance, et
assez rapproché de la constellation du Scorpion, il faut, pour fixer les
idées, prendre pour le point équinoxial la longitude d’une étoile
zodiacale qui soit assez éloignée des étoiles principales de la Balance,
et assez rapprochée des étoiles du front du Scorpion: cette étoile est
celle de χ de la Balance, de quatrième grandeur, qui, dans le Catalogue
de Mayer pour 1756, avait en longitude 7s 24° 21′ 12″ (Connaissance
des temps, 1788). L’excès de sa longitude sur 6s est de 1s 24° 21′
12″, ou 195672″. Par la précession annuelle des équinoxes de 50″ 1,
admise assez généralement par les astronomes, on trouve que cette étoile
était à l’équinoxe d’automne 3905 ans avant le commencement de 1756 de
notre ère (2149 avant J.-C.) En fixant le point équinoxial à une bien
petite distance de la longitude de cette étoile, on trouve facilement
les 2052 ans avant J.-C., ou les 3852 ans avant 1800 établis
précédemment.
Il s’agit maintenant de répondre à une difficulté qui se présente: c’est
qu’en plaçant le point équinoxial d’automne aux environs de l’étoile κ
de la Balance, il arrive que la constellation du Lion se trouve en
grande partie dans celle du Cancer avant le point solsticial d’été,
tandis que dans le zodiaque de Dendérah, partagé en deux par les
solstices, le Lion est placé tout entier dans le commencement des
constellations descendantes.