En terminant ici nos recherches, nous voulons présenter quelques idées

que nous croyons justes, sur le foyer originel d’un système mythologique

devenu célèbre dans l’ancien occident. Quelques auteurs, Diodore entre

autres, nous parlant des usages singuliers que les Égyptiens, encore au

temps de César, pratiquaient pour la sépulture des morts, nous

avertissent que l’invention de ces usages, comme de la plupart de ceux

de ce peuple, remontait à une antiquité très-reculée. «Aussitôt qu’un

homme meurt, nous disent-ils, les préposé à l’ensevelissement se

présentent;[290] un marché volontaire se conclut; on leur livre le

corps; ils l’emportent, le vident de ses parties molles, le salent,

l’embaument, le sèchent, et au bout de 30 jours ils le rendent dans un

état de momie si parfait, qu’il semble encore vivre. Il s’agit de le

porter au tombeau: on ne le peut sans prévenir les juges et la famille,

du jour fixé pour cet acte: le corps doit traverser le lac; une barque

est construite; un pilote, nommé _Karon_ en langue égyptienne, la

dirige..... Avant d’y poser le corps, la loi permet à tout citoyen de

venir porter sa plainte contre le mort. Les juges réunis au nombre de

40, écoutent l’accusation. Si le mort est convaincu d’avoir été vicieux,

injuste, ils portent une sentence qui le prive de la sépulture..... Si

l’accusateur est dans son tort, il subit lui-même une peine grave. Si le

mort est absous, et demeure pur, ses parens quittent leurs habits de

deuil, font son éloge..... et il est porté au tombeau avec tous les

honneurs, au milieu des félicitations qui lui sont adressées sur

l’éternité de bonheur où il entre, etc.»

Nos auteurs conviennent que ce sont ces usages qui, portés en Grèce, y

répandirent les idées du Tartare, de l’Élysée et de toute la fable de

Karon et de l’Achéron; mais leur récit nous conduit à d’autres notions

plus instructives.

1° Nous remarquons que la circonstance de _passer un lac_, ne convient

qu’à très-peu de localités en Égypte, et que primitivement ce fut le

fleuve qu’on traversa.

2° _Traverser le fleuve_ ne peut s’appliquer à _Memphis_ la neuve,

attendu que tous les tombeaux se trouvent à l’ouest du Nil, où elle-même

fut située, et qu’il n’existe aucun cimetière à son _est_, dans le mont

Moqattam, ou dans la plaine contiguë.

3° _Traverser le Nil_ convient mieux à l’ancienne Memphis bâtie à l’est

du fleuve; mais la plaine à l’ouest offre trop peu de tombeaux, vu la

proportion que dut exiger cette capitale; et de plus, l’usage dut être

aboli par les 200 ans de tyrannie des _Pasteurs-Arabes_: cette localité

n’offre donc point le concours de circonstances requis. Pour le trouver,

il nous faut remonter à Thèbes. Là, sur la rive orientale du Nil, nous

avons une cité antique et immense; sur la rive occidentale nous trouvons

d’abord une plaine cultivable, jadis traversée de canaux d’arrosement,

qui furent les neuf branches du _Styx_; puis des bois de palmiers, dont

l’ombrage, en ce climat brûlant, procurait le bien-être des Champs

Élysées; puis enfin un escarpement de montagne calcaire qui, sur une

hauteur de quatre ou cinq cents pieds et plus d’une lieue de longueur,

est percé d’une innombrable quantité de trous semblables à des fenêtres

de maisons ou à des sabords de vaisseau; chacun de ces trous formant

l’ouverture d’un long boyau ou galerie, ramifié dans l’intérieur de la

montagne, et rempli jadis d’une si prodigieuse quantité de momies,

qu’aujourd’hui, après plusieurs siècles de spoliations, les voyageurs

français en portent le nombre à plusieurs millions. Ce furent là les

tombeaux des habitants de Thèbes, qui ne pouvaient y arriver qu’en

traversant le Nil dans la barque de Karon, et qui, devenus les

libérateurs de Memphis et de la Basse-Égypte par l’expulsion des

pasteurs Arabes, vers l’an 1550, y introduisirent ces usages, peut-être

inconnus: peut-être encore fut-ce à raison de ce voisinage que les Grecs

en eurent connaissance, soit par leurs propres navigateurs, soit par les

Phéniciens: toujours paraît-il vrai que c’est vers cette époque qu’on

aperçoit l’aurore de ces idées dans l’Occident. Il faut savoir gré aux

législateurs de la Grèce d’avoir voulu les employer à épurer des mœurs

de leurs peuples féroces; mais faute de les avoir mises en action

positive, ils manquèrent une partie de leur but, et n’atteignirent que

les esprits timorés. Quelle admirable institution que cette coutume

égyptienne! quelle haute idée elle donne de leurs moralistes!

L’aspect des momies nous suggère une conjecture sur l’intention de leurs

physiciens: quand on examine attentivement ces poupées, on est frappé de

leur ressemblance avec la chrysalide qui fait passer le ver rampant à

l’état d’être volatile. Nous savons que très-anciennement les prêtres

Thébains se livrèrent à l’étude des choses naturelles; qu’ils connurent

l’organisation, les mœurs, les caractères spéciaux des plantes, des

animaux, ainsi que l’influence exercée par la chaleur solaire sur le

mouvement et la vie des êtres terrestres. Alors qu’ils eurent posé en

principe que le _mouvement vital_ (animus) venait d’un _fluide igné_,

incorruptible en lui-même et indestructible; que cette _portion de

fluide igné_, lorsqu’elle abandonnait un corps, retournait au grand

réservoir d’où elle venait, et pouvait revenir encore, ils n’eurent plus

qu’un pas à faire pour établir la métempsycose, l’immortalité de

l’_animus_ et la revivification du corps ci-devant _animé_: or comme

d’autre part, dans leur système astronomique ou astrologique, au bout de

certaines révolutions ou périodes, il se faisait une _restitution_ ou

rétablissement de toutes choses dans l’état antérieur, il devint facile

et comme naturel d’en inférer que l’homme si avide de la vie,

participerait à cette faveur: de ce moment ce fut un soin de la plus

haute importance de conserver dans le meilleur état possible, l’ancienne

habitation de l’âme, ce corps qu’elle devait revenir animer: enfin,

parce que dans une certaine classe d’êtres, dans celle des vers à

papillon, la nature présente un exemple et un procédé vraiment singulier

de changement et de métempsycose, l’homme imitateur y crut voir l’avis

et le modèle de ce qui lui restait à faire, et il tâcha de se faire

chrysalide pour devenir papillon.

C’est encore par une conséquence de ces idées que les anciens Égyptiens

attachèrent à la constitution de leurs tombeaux cette haute importance

dont parle Diodore. «Ils ne regardent,» dit-il, «les maisons qu’ils

habitent que comme des auberges, des lieux de passage, et ils mettent

peu d’intérêt à les entretenir; mais leurs tombeaux, qui sont leurs

demeures éternelles, ils portent le plus grand soin à les bâtir; ils y

emploient une partie de leur vie et de leur fortune, et c’est de cette

idée qu’a procédé la magnificence déployée par les rois de Thèbes en ces

sortes de monuments.»

Ainsi donc il ne faut plus s’étonner de voir que des tyrans, tels que

Cheops et Chephren, aient tourmenté pendant 20 ans toute une nation pour

construire à leur squelette l’énorme tombeau des pyramides; et lorsque

des esprits bénins objectent que cela ne se peut croire, parce que cela

est barbare et absurde, on est obligé de leur répondre que

malheureusement dans le cours des choses politiques cela doit se croire

par ce motif-là-même. Au reste, tous les monuments gigantesques de

Thèbes, en prouvant une population nombreuse et industrieuse, prouvent

aussi l’existence d’un gouvernement despotique, soit royal, soit

sacerdotal, qui eut en mains les moyens coactifs de soumettre toute une

nation à de telles corvées; et cela devient une nouvelle preuve

d’antiquité pour la nation même, en ce qu’elle a dû parcourir les

diverses périodes d’anarchie et de civilisation qui précèdent cet état

avant-coureur de la décadence et de la ruine.

En considérant le fardeau habituel de ces accablantes corvées, nous

sommes conduits à cette autre idée, que si jamais il a existé un pays où

il fût nécessaire d’accorder au peuple un repos légal, celui de chaque

_septième jour_, ce fut l’_Égypte_; et puisque notre conjecture est

appuyée du témoignage positif d’Hérodote et de la pratique de Moïse,

élève des prêtres _égyptiens_, nous posons en fait que le cycle

_hebdomadaire_ est une invention des Thébains, laquelle se lia à tout

leur système astrologique et civil.

Résumons-nous, et disons, 1° que ce fut seulement vers le milieu du

16e siècle avant notre ère (1556.), que les habitants de la grande et

longue vallée de l’Égypte furent réunis en un seul corps de monarchie et

sous un même sceptre;

2° Que ce fut de cette concentration de puissance et de moyens que

dérivèrent ensuite, dans un ordre progressif de besoins ou de

convenances, les conceptions et opérations gigantesques que l’histoire

nous montre dans la Basse-Égypte.

D’abord la création de Memphis la neuve, bâtie sur le lit du Nil, comblé

de main d’homme, et recreusé à l’_est_ pour servir de fossé.

Ensuite la construction du lac Mœris, laquelle consista, non pas à

creuser un pays entier, comme l’a cru Hérodote, mais à percer un isthme

ou langue de terre, pour jeter tout le surplus du Nil dans le bassin

concave du _Faïoum_, ainsi que l’a démontré un savant distingué de

l’expédition française en Égypte, (_Voyez_ le mémoire de M. Jomart.)

Puis l’établissement et le perfectionnement de l’immense état militaire

dont Sësostris profita pour exécuter ses conquêtes.

Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres, attirées sur les

bords du Nil, à titre de dépouilles et tribut de l’Asie occidentale

subjuguée. (Diodore évalue à 1,200,000,000 le trésor de Rhamsinit,

second successeur de Sésostris.)

Puis le changement matériel opéré sur la contexture du pays, à raison de

la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser

Sésostris.

Enfin l’érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren,

qui furent l’effort suprême d’un despotisme ignorant et grossier

embarrassé, de ses richesses.

3e Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l’Égypte

divisée en deux royaumes distincts, dont les traces ne se sont jamais

entièrement effacées. L’un, le royaume de Thèbes, comprenant la

Haute-Égypte ou _Said_; l’autre, le royaume du Delta,

_Égypte-Inférieure_, ayant pour capitale l’ancienne _Memphis_, située à

l’orient du Nil.

Deux siècles et demi avant cette réunion, c’est-à-dire vers l’an 1800

avant notre ère, une irruption de barbares nomades, telle qu’en a

éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette

époque semblerait avoir été sous-divisé en d’autres états soit

tributaires, soit indépendants: tout indique que ces barbares furent des

hordes arabes, et spécialement les débris des anciennes tribus

_Kushites, Aâd Tamoud_, auxquelles il faut joindre les _Madianites_ et

les _Amalékites_, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs

branches et leur parenté, et que l’on retrouve ensuite fixés aux portes

de l’Égypte. Le royaume de _Thèbes_ ayant résisté à cette invasion, il

s’ensuivit un état habituel de guerre dont l’effet fut de réunir tous

les nationaux sous un même étendard, et d’expulser finalement les

étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.

Avant cette invasion des Arabes, c’est-à-dire avant l’an 1800, une

profonde obscurité règne sur l’histoire de Memphis et de la

Basse-Égypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des

Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution

géographique du pays, divisé en îles, est favorable au désordre et à

l’anarchie. Le royaume de Thèbes, au contraire, homogène en son

territoire, et favorisé de ses granits impérissables, nous a transmis,

en ses temples, en ses palais, en ses tombeaux, d’innombrables monuments

d’une civilisation dont l’origine remonte à une antiquité indéfinie.

Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures

hiéroglyphiques que l’on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins,

en quelques tableaux astronomiques, s’est montré assez clair pour en

déduire des résultats peu contestables... Ainsi, dans le zodiaque du

temple de _Dendéra_ (jadis _Tentyr_) la disposition des signes et

constellations est tellement combinée, que l’on s’accorde à y voir

l’état du ciel au moment de la fondation du temple ou de la peinture; et

parce que le mouvement annuel de _précession_ que les astres observent

relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la

Providence pour révéler ses mystères à l’homme studieux, d’habiles

astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le

signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque de _Dendéra_, exprimait

l’an 2056 avant notre ère, de même qu’une autre disposition des signes

dans le zodiaque du temple d’_Esneh_ (Latopolis) exprime l’an 4600. Sans

doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces

assertions détaillées par l’un des témoins des monumens et l’un des

maîtres de l’art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M.

Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte, dont la copie nous est venue

d’une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par

Dupuis (dans la _Revue philosophique_, mai 1806), lequel n’est pas l’un

des moindres produits de la sagacité et de l’érudition de cet homme,

dont le plus grand tort est de n’être pas entendu par les _beaux

esprits_ qui le censurent.

RECHERCHES

Sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après

la construction du zodiaque au plafond de son péristyle.

PAR M. NOUET.

Le plafond du péristyle du temple de Dendéra est soutenu par

vingt-quatre colonnes sur six rangs qui divisent le plafond en sept

plates-bandes parallèles à l’axe du temple; la plate-bande du milieu,

beaucoup plus large, comprend dans sa longueur des globes ailés qui en

occupent toute la largeur; les six autres plates-bandes, dont trois de

chaque côté, contiennent chacune deux rangs de figures sculptées en

relief et peintes; elles ont environ trois pieds de hauteur[291].

Les constellations du zodiaque se trouvent dans une moitié de chaque

plate-bande extrême à droite et à gauche du péristyle: les espaces entre

chaque constellation, sont occupés par des personnages dont plusieurs,

avec les attributs des divinités, doivent avoir avec les constellations

des relations qui ne peuvent être données que par l’auteur de

l’_Origine des Cultes_, lorsqu’il aura sous les yeux le dessin exact et

plus en grand de ce péristyle, que la Commission des sciences et arts

d’Égypte doit mettre au jour.

La plate-bande extrême à gauche, en entrant sous le péristyle, comprend

dans sa demi-largeur, qui se trouve du côté du milieu de ce péristyle,

les constellations ascendantes dans l’ordre suivant, à partir du mur du

temple: _le Verseau_, _les Poissons_, _le Bélier_, _le Taureau_, _les

Gémeaux_, _le Cancer_. La seconde partie de cette plate-bande est

occupée par dix-huit bateaux conduits par des figures emblématiques qui

représentent les dix-huit décans, et doivent avoir des relations

directes avec chaque constellation. Ce sont ces bateaux qui ont servi de

comparaison aux dessinateurs pour placer fidèlement chaque constellation

au lieu correspondant sur le plafond.

La dernière plate-bande à droite en entrant sous le péristyle, comprend

dans sa demi-largeur, du côté du milieu de ce péristyle, les six

constellations descendantes dans l’ordre suivant, à partir du côté de la

cour au mur du temple: _le Lion_, _la Vierge_, _la Balance_, _le

Scorpion_, _le Sagittaire_, _le Capricorne_. L’autre demi-plate-bande

renferme dix-huit bateaux qui représentent dix-huit décans.

J’ai remarqué une disposition particulière dans la manière de

distribuer les constellations ascendantes et descendantes: le Lion,

première constellation descendante, se trouve plus avancé qu’il ne

devrait être s’il occupait le milieu de l’espace d’un signe; le

Capricorne, dernière constellation descendante, se trouve contiguë au

mur du temple; l’espace qui devrait être entre cette constellation et le

temple se trouve transposé dans la plate-bande des constellations

ascendantes; où le Verseau est trop distant du mur du temple. L’espace

de la constellation du Cancer est plus petit que celui de l’espace d’un

signe. La constellation du Cancer est transposée à l’extrémité de la

plate-bande et dans le milieu de sa largeur. Un buste d’Isis, placé

au-dessus d’un portique, se trouve occuper la place du Cancer; au bas de

ce portique s’élève une fleur de lotus, du milieu de laquelle sort un

serpent. Un soleil placé au solstice, sur le prolongement de la ligne

des bateaux, envoie un faisceau de rayons divergens sur le buste d’Isis:

emblème du lever héliaque de Sirius, gardien d’Isis, et placé à la porte

du jour.

Ce langage astronomique indique clairement que le soleil, parvenu au

solstice, fait, par la force de ses rayons, disparaître Sirius à son

lever héliaque; la fleur de lotus annonce le débordement du Nil qui

arrive toujours au solstice.

Dans une chambre supérieure du temple on trouve sculpté au plafond un

petit planisphère tracé sur le plan de l’écliptique; les douze

constellations y forment une ligne circulaire rentrante, de manière que

la dernière constellation se trouve, après sa révolution, passer en

partie au-dessus de la première. Ce zodiaque commence par le Lion;

chaque constellation semble aller dans le même sens, et, la

constellation du Cancer empiète au-dessus du Lion, par l’effet de la

courbe en portion de spirale.

Cette disposition, d’après les données du zodiaque du péristyle, indique

le mouvement d’une période qui a commencé au Lion, et qui doit se

terminer dans le Cancer.

On peut conclure de cet exposé et du déplacement sensible et assez

reconnaissable aux extrémités des constellations ascendantes et

descendantes du zodiaque du péristyle, l’époque approchée de la

construction de ce zodiaque. J’exposerai les résultats des calculs qui

conduisent à cette époque, après avoir donné les éclaircissements

suivants.

Les Égyptiens avaient leur année civile de 365 jours, sans aucune

intercalation, en sorte que le lever héliaque de Sirius qui répondait à

une époque donnée de leur calendrier, ne pouvait revenir à la même

époque qu’après une période de 1461 de leurs années civiles (ces 1461

années égyptiennes répondaient à 1460 années cyniques ou sothiaques.

C’est la grande année _caniculaire_, ainsi nommée, parce qu’elle

commence au lever héliaque de Sirius ou du grand Chien, gardien des

portes du jour et de la nuit.

De Lalande nous dit, en son _Astronomie_, que l’an 138 de l’ère vulgaire

correspondait à la fin d’une période sothiaque, qui, d’après cette

donnée, a dû commencer 3122 ans avant l’an 1800 de notre ère (1322 av.

J.-C.), et la précédente, 4582 ans avant l’an 1800 (2782 av. J.-C.).

Pour trouver les différences entre le solstice et le lever héliaque de

Sirius pour le commencement de chacune de ces périodes, j’ai fait les

calculs suivants pour la latitude du temple de Dendéra, 26° 9´.

On a pour la période qui a commencé l’an 1322 avant J.-C., les données

suivantes:

Ascension droite de Syrius 57° 44´ 53´´

Déclinaison australe 18 34 18

Obliquité de l’écliptique 23 52 24

On trouve pour longitude du soleil, le jour du lever héliaque de Sirius,

90° 28´ 0´´: c’est-à-dire que le lever héliaque de Sirius a eu lieu 10

jours après le solstice.

En remontant à la période précédente qui a commencé l’an 2782 avant

J.-C., on a pour la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le

solstice, les données suivantes:

Ascension droite 48° 15´ 40´´

Déclinaison australe 23 2 20

Obliquité de l’écliptique 24 1 50

Les résultats des calculs donnent pour longitude du soleil, 90° 0′ 0″:

c’est-à-dire que le lever héliaque de Syrius se fit au solstice, l’an

2782 av. J.-C., à’ l’époque de la grande année caniculaire des

Égyptiens.

Ces résultats qui établissent la correspondance entre le solstice et le

lever héliaque de Sirius, supposent une dépression du soleil de 12° 9′

sous l’horizon, pour faire disparaître Sirius à son lever; cette

supposition est d’autant plus admissible, que le tour de l’horizon en

Égypte est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits, si

communes en ce pays fait pour l’astronomie, on ne voit jamais d’étoiles

à quelques degrés au-dessus de l’horizon dans les secondes et troisièmes

grandeurs; le soleil même à son lever et à son coucher se trouve

entièrement déformé.

Les Égyptiens, peuple religieux et reconnaissant envers les dieux, des

faveurs de leur fleuve, ont, sur ses bords, élevé des temples couverts

intérieurement de tableaux, d’offrandes à Osiris et à Isis, pour obtenir

l’ouverture des riches réservoirs des eaux qui à des époques fixes

viennent fertiliser leurs terres.

Or c’est l’époque célèbre de la période sothiaque dont le commencement a

concouru avec le solstice que les Égyptiens ont consacré dans leur

zodiaque du temple de Dendéra, pour la date de l’inondation du Nil qui

arrive au solstice.

D’après la longitude de γ du Belier en 1800 et le mouvement rétrograde

des points solsticiaux, on trouve que, l’an 1322 avant J.-C.,

commencement de la dernière période, le solstice a eu lieu dans 13° 23′

de la constellation du Cancer, et l’an 2782 avant J.-C.; le solstice a

eu lieu dans 3° 48′ de la constellation du Lion; le mouvement du

solstice a été d’une période à l’autre, de 20° 23′, dont la moitié 10°

11′, étant ajoutée à 13° 23′ du Cancer, où finit la première période, on

aura le milieu de la période précédente représenté par le zodiaque de

Dendéra; le Cancer transposé et mis en évidence au delà des

constellations ascendantes indique que cette période doit s’écouler dans

cette constellation. Le buste d’Isis mis en place de la constellation du

Cancer à 12° du soleil, représente Sirius lorsqu’à son lever il

disparaît dans les rayons de cet astre. Ce zodiaque a donc été construit

pour représenter le milieu de cette période (état du ciel lors de sa

construction), quand le solstice arrivait vers 24° du Cancer,

c’est-à-dire 3852 ans avant l’an 1800 de notre ère (2052 avant J.-C.)

On peut déterminer, d’une manière conforme à celle qui vient d’être

exposée, l’époque du zodiaque du temple de Dendéra, en faisant usage

d’un symbole hiéroglyphique de ce zodiaque, dont nous connaissons la

signification.

Entre la constellation de la Balance et du Scorpion, nous trouvons dans

ce zodiaque une figure assise qui a une tête de chien; cette figure est

incontestablement celle du Cynocéphale des Égyptiens. Mais le

_Cynocéphale assis signifie les équinoxes_, selon les Égyptiens, ainsi

que nous l’apprend Horapollo (_Hiéroglyph._, liv. I, ch. 16, pag. 31 et

32 de l’édition de Paw). Donc dans le zodiaque de Dendéra l’équinoxe

d’automne (c’est celui qu’il faut prendre ici, de l’aveu de ceux qui ont

écrit sur ce zodiaque) est placé entre la Balance et le Scorpion: le

Cynocéphale étant assez éloigné de la constellation de la Balance, et

assez rapproché de la constellation du Scorpion, il faut, pour fixer les

idées, prendre pour le point équinoxial la longitude d’une étoile

zodiacale qui soit assez éloignée des étoiles principales de la Balance,

et assez rapprochée des étoiles du front du Scorpion: cette étoile est

celle de χ de la Balance, de quatrième grandeur, qui, dans le Catalogue

de Mayer pour 1756, avait en longitude 7s 24° 21′ 12″ (Connaissance

des temps, 1788). L’excès de sa longitude sur 6s est de 1s 24° 21′

12″, ou 195672″. Par la précession annuelle des équinoxes de 50″ 1,

admise assez généralement par les astronomes, on trouve que cette étoile

était à l’équinoxe d’automne 3905 ans avant le commencement de 1756 de

notre ère (2149 avant J.-C.) En fixant le point équinoxial à une bien

petite distance de la longitude de cette étoile, on trouve facilement

les 2052 ans avant J.-C., ou les 3852 ans avant 1800 établis

précédemment.

Il s’agit maintenant de répondre à une difficulté qui se présente: c’est

qu’en plaçant le point équinoxial d’automne aux environs de l’étoile κ

de la Balance, il arrive que la constellation du Lion se trouve en

grande partie dans celle du Cancer avant le point solsticial d’été,

tandis que dans le zodiaque de Dendérah, partagé en deux par les

solstices, le Lion est placé tout entier dans le commencement des

constellations descendantes.

Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II · 第 20 / 25 段