§ V. «Tout homme judicieux», ajoute Hérodote, en examinant le terrain,

même au-dessus du lac de Mœris (_qui est le Faïoum_), pensera qu’il est

un don du fleuve, une terre apportée et déposée par lui.»

Alors il est évident que _Memphis_ fut une ville moderne en comparaison

de Thèbes; que ses rois ne furent ni les premiers ni les plus anciens de

l’Égypte, et qu’en reportant tout à Menès, les auteurs d’Hérodote

décèlent, comme nous l’avons dit, un _système local_ et tardif qui n’a

point connu ou voulu connaître ce qui lui fut antérieur.

§ VI. _Système des générations_. Ce caractère systématique et paradoxal

se montre avec encore plus d’évidence dans leur manière d’évaluer _en

gros_ le temps écoulé depuis Menès, et la durée des 341 règnes comptés

ou supposés depuis ce prince jusqu’à _Séthon_, contemporain de

Sennachérib. «Ils prétendent», dit notre historien, § CXLII, «que dans

une si longue suite de générations il y eut autant de grands-prêtres que

de rois: or 300 générations font 10,000 ans; car 3 générations valent

100 ans; et les 41 qui excèdent les 300 font 1,340 ans (total, 11,340

ans).»

D’abord il y a erreur en cette addition; elle devrait être de 1366 ⅔. La

dernière génération est tronquée de 26 ans... Le prince qui l’a remplie

n’aurait régné que 7 ans: cela conviendrait à Séthon.

Mais nous voyons bien d’autres objections à faire. 1° Le mot

_génération_ est impropre ici; son vrai sens est la _succession du père

au fils_. Or il n’y a point eu de telle _succession_, de l’aveu des

prêtres; car Hérodote nomme plusieurs rois, tels que Séthon, Sabako,

Anysis, Asychis, Chephren, Protée, etc., qui ne furent point fils de

leurs prédécesseurs, sans compter les 17 Éthiopiens, qui furent des

étrangers, intrus par violence: en outre, la liste de Manéthon fait foi

qu’il y eut, jusqu’à Séthon, 23 ou 24 ruptures d’ordre généalogique, par

le passage de dynastie à dynastie, c’est-à-dire de famille à famille. Il

y a donc grave erreur à prétendre évaluer le temps par génération, quand

il n’y a eu que succession de règnes, ce qui est très-différent: les

1,340 ans allégués par Hérodote n’ont donc aucune autorité raisonnable,

et sont une pure hypothèse imaginée, peut-être, pour mesurer un espace

de temps dont le point de départ aurait été quelque observation

astronomique marquante!

Ici la candeur et le bon sens d’Hérodote se trouvent en faute. «M’étant

rendu à Thèbes», dit-il, «(pour vérifier ces récits), les prêtres de

Jupiter me conduisirent dans l’intérieur d’un grand édifice, où ils me

montrèrent autant de colosses de bois qu’il y avait eu de

_grands-prêtres_, et les comptant devant moi (au nombre de 345), ils me

_prouvèrent_ que chacun était fils de son prédécesseur.»

C’est une preuve par trop bizarre d’un fait étrange en lui-même, que des

mannequins de bois, fabriqués probablement depuis Kambyses, puisque ce

tyran se plut à brûler et faire brûler tout ce qu’il put de monuments!

Qui croira d’ailleurs que dans un pays qui fut, autant et plus que tout

autre, agité de guerres civiles, politiques et religieuses, qui croira

que 345 grands-prêtres se soient succédés régulièrement de père en fils?

Ce sont-là des contes sacerdotaux inventés après coup pour soutenir un

système.

Mais d’où vient ici l’évaluation d’une _génération_ à 33 ans,

c’est-à-dire de 3 au siècle? Ce ne peut être un système grec; il eût

fallu, pour l’établir sur des faits, posséder de longues séries

généalogiques, en tirer un terme moyen, le comparer à des époques

fixes; et les Grecs, qui, dès le temps de Solon, ne pouvaient calculer

l’époque d’Homère, qui jamais n’ont pu tirer au net la série des rois

lacédémoniens, n’ont pu inventer ou établir un système de ce genre. Ils

l’ont pu d’autant moins, que déjà l’on en voit l’indice au temps où ils

étaient moins civilisés, du moins en Europe, au temps d’Homère, qui,

parlant du grand âge de Nestor, dit qu’_il avait déjà vécu trois

générations d’homme_. (Odyssée, lib. III, v. 345; et Iliade, lib. I). Le

savant Eustathius, en commentant ce vers (tome I, page 192), observe

que, «selon les anciens, le mot _génération_ (gênea), celui-là même

qu’emploie Hérodote, signifie 30 ans, au bout desquels seulement l’homme

est censé avoir atteint l’intégrité et la perfection de son

organisation.» Voilà une idée scientifique qui n’est pas d’Homère.... Et

comme tout ce qui est scientifique en ce poète a un caractère égyptien,

nous pouvons dire que c’est une idée égyptienne, d’une date d’autant

plus reculée, qu’elle tient à l’astrologie. Les docteurs de cette école,

toujours pleins d’idées symétriques, ayant examiné la vie de l’homme,

s’aperçurent que le _maximum_ de sa durée était entre 90 et 100 ans.

D’autre part, remarquant que toutes ses facultés n’étaient réellement

bien complètes que vers 30 ans, qu’elles prenaient une déclinaison

sensible vers 60, ils aimèrent à voir en ce sujet la division

tripartite qu’ils trouvaient dans toute la nature, cette division qui

mesure toutes les existences en période d’_accroissement_, période

d’_équilibre_ ou stase, et période de _décadence_. Or, parce que, dans

l’homme, la première période fut caractérisée surtout par

l’_engendrement_, elle reçut le nom de gênea, _génération_, qui dans

l’usage populaire devint l’expression d’une durée de 30 à 33 ans; et

parce que le peuple ne classe point les événements avec précision, qu’il

se rappelle seulement qu’ils sont arrivés au temps de _telle personne_,

dans l’_âge_ et _génération_ où elle florissait, les esprits

systématiques trouvèrent commode d’employer cette mesure équivalente à

30 ans: puis, pour la commodité d’un calcul plus étendu, et afin

d’éviter une fraction par siècle, ils voulurent que trois générations

valussent 100 ans, ce qui porta chacune à 33. Il est remarquable que

l’idiome latin, cet ancien grec de l’Italie, a conservé la trace de ces

équivoques; car le mot _œtas_ signifiant l’_âge_, le _temps_, la

_génération_ où vivait un _tel_, paraît n’être que la contraction

d’_œvitas_, dérivé d’_œvum_, qui d’abord dut exprimer la durée totale de

la vie; puis fut appliqué à la période par _excellence_, à celle de

l’existence morale et physique en son _maximum_. Voilà pourquoi

d’anciens interprètes d’Homère ont voulu que Nestor eût vécu trois

siècles; Eustathe, en les redressant, et en nous reportant à la doctrine

des anciens, eut peut-être en vue Aristote et Platon, dont le premier

(livre VII, chapitre 6, _des animaux_) dit que l’homme n’est accompli

que vers 30 ans, et qu’il perd ordinairement vers 60 ans la faculté

d’engendrer; et le second conseille de ne pas se marier avant l’âge de

30 ou 35 ans. Mais ces deux autorités nous deviennent un nouveau garant

de l’origine égyptienne, que nous réclamons pour ces idées, puisqu’il

est constant qu’Aristote et Platon ont puisé la plupart de leurs idées

spéculatives et systématiques dans des livres égyptiens.

Au reste, et dans tout état de cause, nous sommes fondés à dire qu’il

n’y a point eu chez les rois d’Égypte de série généalogique, de

_génération_ dans le sens vrai du mot; et que l’évaluation de la

génération à 33 ans, et même au terme moyen de 30 ans, comme

l’employèrent tous les successeurs d’Hérodote, est une mesure arbitraire

dont l’application serait moins une règle générale qu’un cas

d’exception[246].

En résumant ce chapitre, nous trouvons que l’exposé d’Hérodote n’a

réellement d’exactitude historique qu’en remontant de Kambyses jusqu’au

règne de Psammétik.....; que dans ce qui précède ce prince, jusqu’à

l’époque de Mœris, il n’y a point une précision suffisante à dresser une

échelle suivie; que, depuis Mœris, ce sont des récits absolument vagues;

et que le seul article déterminé avec une sorte de certitude est

l’existence du conquérant Sésostris entre les années 1300 et 1350. Ce

fut là un point de doctrine constant chez les savants d’Égypte au temps

d’Hérodote; et si nous le trouvons altéré 150 ans après lui, notre tâche

épineuse sera de découvrir la cause de ce changement. (_Revoyez_ le

tableau sommaire d’Hérodote.) Examinons maintenant le système du prêtre

Manéthon.

CHAPITRE III.

Système de Manéthon.

Manéthon, comme nous l’avons dit, fut postérieur, de près de deux

siècles, à Hérodote; le roi Ptolomée-Philadelphe ayant mis à sa

disposition toutes les archives des temples, ce prêtre indigène eut de

grands moyens d’instruction: quel parti sut-il en tirer? voilà pour nous

la question. Il prétendit qu’Hérodote avait menti[247] ou erré en

beaucoup de choses; mais lui-même a été inculpé d’erreurs et de peu de

jugement: son ouvrage étant perdu, il nous reste peu de moyens de

prononcer sur son caractère; seulement nous pouvons dire que, si les

anciens en général ont eu assez peu de ce que nous appelons _esprit de

critique_, il est bien probable qu’un prêtre égyptien n’en aura pas été

doué plus particulièrement.

Il faut néanmoins regretter la perte des trois volumes qu’il dédia au

roi Ptolomée. Que de faits curieux n’y eussions-nous pas trouvés, ainsi

que dans les livres de Bérose et de Ktésias? Ces trois auteurs nous

eussent dévoilé l’ancien Orient; par cette raison même, l’ignorance

fanatique s’est efforcée de les détruire, et elle y a réussi.

Un premier pas à cette destruction fut l’_abrégé_ que _Julius Africanus_

fit de l’ouvrage de Manéthon, vers l’an 230 après J.-C. Ce prêtre

chrétien, d’origine juive, scandalisé de ce que la chronologie

égyptienne faisait le monde plus vieux de quelques milliers d’années que

les livres juifs, entreprit une refonte générale de toutes les

chronologies profanes, et posant pour régulateur de tout calcul celui de

la traduction grecque, il tailla et trancha tous les autres, jusqu’à ce

qu’il les y eût adaptés. Dans cette opération mécanique on sent combien

le système de Manéthon fut défiguré. Ce n’est pas tout: le livre

d’_Africanus_ s’est perdu à son tour; nous ne le connaissons que par

les extraits qu’en fit, au 9e siècle, le moine Georges, dit le

_Syncelle_; et ce copiste avoue s’être permis de tailler encore et de

changer.[248] Qu’on juge en quel état est l’original! Le lecteur

équitable n’exigera donc pas de nous les démonstrations; il se

contentera de probabilités, et notre espoir est de lui en offrir d’assez

grandes.

L’étendue de la liste d’Africanus nous a obligé d’en renvoyer la portion

supérieure à la fin de ce volume: nous y avons joint en regard la liste

d’Eusèbe, telle que la donne le Syncelle; et le lecteur remarquera, à la

honte des copistes, que cette dernière diffère non-seulement de celle

d’Africanus, quoique devant venir l’une et l’autre de Manéthon, mais

qu’elle diffère encore de celle du _Chronicon_ publiée par Scaliger

comme ouvrage direct du même Eusèbe; il remarquera encore que dans la

période la mieux connue, celle des rois compris entre Psammitichus et

Kambyses, les listes ne sont point d’accord sur les durées de règne, et

qu’en différant d’Hérodote, elles pèchent aussi contre les calculs des

Juifs.

_Liste de Manéthon selon_ _Selon Eusèbe en_

_Africanus_. _Syncelle_.

24e _Dynastie ou famille_ | Années | | Années

_originaire de Saïs_. | av. not.| | av. not.

| ère. | | ère.

Bocchoris régna 6 ans. | 721 | 44 ans.| 781

| | |

25e _Dynastie. Rois Éthiopiens_. | | _Éthiopiens_. |

| | |

Sabako régna 8 | 715 | 12 | 737

(Il prit Bocchoris et le | | |

brûla vif.) | | |

Sevechus (son fils) 14 | 707 | 12 | 725

Tarkus 18 | 693 | 20 | 713

26e _Dynastie. Princes_ | | Amméris éthiopien |

_Saïtes_. | | 12 ans. | 693

| | |

Stephinates 7 | 675 | 7 | 681

Nekepsos 6 | 668 | 6 | 674

Nekao I 8 | 662 | 8 | 668

Psammitichus 54 | 654 | 45 | 660

Nekao II, il prit | | |

Jérusalem 6 | 600 | 6 | 615

Psammutis 6 | 594 | 17 | 609

Uaphris 19 | 588 | 25 | 592

Amosis 44 | 569 | 42 | 567

Psammacherites 6 m. | | |

| | |

27e _Dynastie. Rois Perses_. | | |

| | |

Kambyses envahit et | | |

règne | 525 | | 525

En effet, selon Africanus, Nekao, fils de Psammitichus, ne règne qu’en

l’an 600 avant J.-C.; et selon les Juifs, il avait pris Jérusalem 9 ans

auparavant (609)--Selon l’Eusèbe du Syncelle,

VIEILLE CHRONIQUE EN SYNCELLE

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Numéros | Noms | Nombre | Durée | Avant | SELON EUSÈBE DE SCALIGER. | SELON AFRICANUS.

des | des | des | du | J.-C. | ---------------------------------------------------------------------------------

Dynasties.| Dynasties. | Rois. | temps. | | Noms des Dynasties. | Durée des Règnes. | Avant J.-C. | Rois. | Somme des Années.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

| | | | | 26 Rois Thébains régnant | | | |

XVI. |Rois Tanites| 8 | 190 ans.| 2041 | sur toute l’Égypte | 190 ans. | 2003 | 32 | 518

| | | | | depuis Ninus | | | |

XVII. |--Memphites | 4 | 103 | 1851 | 5 Rois pasteurs | 103 | 1813 | 86 | 153

XVIII. |--Memphites | 14 | 348 | 1748 |16 Rois Thébains | 348 | 1710 | 16 | 284

| | | | |5 Rois: Iers indigènes | | | |

XIX. |--Thébains | 5 | 194 | 1400 | sur toute l’Égypte | 178 | 1360 | 6 | 204

XX. |--Thébains | 8 | 228 | 1206 | Rois Thébains | 178 | 1184 | 12 | 135

XXI. |--Tanites | 6 géné.| 121 | 978 | 8 Rois Tanites | 129 | 1006 | 7 | 130

XXII. |--Tanites | 3 | 48 | 857 | 3 Rois Bubastites | 49 | 877 | 9 | 116

|Diospolites | | | | | | | |

XXIII. |ou Thébains | 2 | 19 | 809 | 3 Rois Tanites | 44 | 828 | 4 | 89

XXIV. |--Saïtes | 3 géné.| 44 | 790 | 1 Roi Saïte, Bocchoris. | 46 | 784 | 1 | 6

| | | | | 3 Roi Éthiopiens, dont | | | |

XXV. |--Éthiopiens| 3 géné.| 44 | 746 | le premier est Sabako. | 44 | 738 | 3 | 40

XXVI. |--Memphites | 7 géné.| 177 | 702 | 9 Rois Saïtes | 169 | 694 | 9 | 150. 6m.

| |--------|---------| | |-------------------| |-------|---------

| | 63 | 1516 | | TOTAL | 1488 ans. | | 185 | 1707. 6m.

XXVII. |Le roi perse| | | 525 | Kambyses. | | 525 | | 525

| Kambyses | | | | | | | |---------

| | | | | | | | | 2232. 6m.

ce Nekao serait mort en 610, et cependant des Juifs attestent qu’il

faisait la guerre en Syrie en 604. D’autre part, l’Eusèbe du _Chronicon_

a des variantes notables sur plusieurs règnes, et l’erreur choquante de

faire arriver et régner Kambyses à Memphis, l’an 530 (an 3 de

l’olympiade 626), au lieu de l’an 525, qui est la date avouée de tous

les auteurs. Si l’on ajoute que dans ce même _Chronicon_, des événements

marquants, tels que la fondation de Carthage, la législation de

Lycurgue, la naissance de Pythagore, etc., etc., sont portés chacun à

deux ou trois dates différentes, de 20, 40 ou 50 ans, on conviendra que

les anciens auteurs ecclésiastiques, malgré tout leur zèle, ont été plus

audacieux qu’aucun des modernes, et que ce qu’ils méritent de notre part

est bien moins le respect que la sévérité.

L’_ancienne Chronique_ égyptienne, produite par le Syncelle (_voyez_ le

tableau ci-contre), ne fournit point les détails des règnes, mais

seulement les sommes de chaque dynastie: il est digne de remarque

qu’elle ouvre la 25e et la 26e à des dates tout-à-fait

concordantes avec les calculs des Juifs et des prêtres d’Hérodote: ce

premier trait d’exactitude appelle notre confiance, ou du moins notre

attention pour d’autres cas.

Au-dessus de Psammitichus les listes d’Africanus et d’Eusèbe diffèrent

totalement du récit d’Hérodote: elles ne parlent point des 12 _rois_

dont ce prince fut l’un; elles font régner son père et amènent Tarakus

trop tard pour cadrer avec les livres juifs. Tout accuse leurs dévots

auteurs d’une inexactitude involontaire ou préméditée. Comment expliquer

leur discordance sur le règne de Bocchoris, porté par l’une à 44 ans,

par l’autre, seulement à 6? Ce Bocchoris, détrôné et _brûlé vif par

Sabako_, devrait être le roi aveugle de la ville d’_Anysis_, dont parle

Hérodote. Continuons l’examen de ces listes.

_Au-dessus_ de la 24e dynastie nous avons le tableau suivant:

19e _Dynastie_. | Avant | _Selon Eusèbe_. | Avant

7 _Rois Thébains_. | J.-C. | 5 _Rois Thébains_. | J.-C.

| | |

1 Séthos 51 ans. | 1394 | _Idem._ 55 ans. | 1376

2 Raphakes 61 | 1346 | Rapses 66 | 1321

3 Ammenophthes 20 | 1285 | _Idem._ 40 | 1255

4 Ramesses 60 | 1265 | (Omis) |

5 Ammenemès 5 | 1205 | _Idem._ 26 | 1215

6 Thnoris, contemporain | | |

de Troie 7 | 1198 | _Idem._ 7 | 1189

7 (Omis) | | |

| | |

20e _Dynastie_, 3e | | |

_volume de Manéthon_, | | |

12 _Rois Thébains_. | | 12 _Rois Thébains_. |

| | |

_Anonymes_, régnèrent | | |

135 ans depuis | 1191 | régnèrent 178 depuis | 1182

| | |

21e _Dynastie_. | | _Selon Eusèbe_. |

7 _Rois Tanites_ | | 7 _Tanites_ |

| | |

Smèdes 26 | 1056 | Smendis 26 ans. | 1004

Phusennes 46 | 1030 | 41 | 978

Nephetcheres 4 | 984 | 4 | 937

Amenophtis 9 | 980 | 9 | 935

Osochor 6 | 971 | 6 | 924

Pinaches 9 | 965 | 9 | 918

Susennes 30 | 956 | 25 | 909

22e _Famille_. 9 _Rois_ | Avant | _Selon Eusèbe_ | Avant

_Bubastites_. | J.-C. | 3 _Rois Bubastites_. | J.-C.

1 Sesogchis 21 ans| 926 | Sesogchosis 21 ans. | 874

2 Osoroth 15 | 905 | Osorthon 15 | 853

4e 25 | 890 | |

6e Takellotis 13 | 865 | _Idem_. 13 | 838

9e 42 | 852 | |

23e _Famille 4 Rois Tanites_| | 3 _Rois Tanites_. |

Petubates 40 | 810 | _Idem._ 25 | 825

Osorcho 8 | 770 | 9 | 800

Psammus 10 | 762 | 10 | 791

Zet 31 | 752 | |

Si nous jetons un regard attentif sur ces dynasties, en remontant de la

23e, nous trouvons encore des différences notables entre Africanus et

Eusèbe, quoique tous deux se disent copistes de Manéthon; rien de leur

part ne ressemble à Hérodote. Nous ne voyons point les deux tyrans

_Cheops_ et _Chephren_, avec leurs 106 ans; mais le 1er roi de la

dynastie 22e nous frappe, en ce que son nom de _Sesogchis_ ressemble

beaucoup à _Sesoch_ ou _Sesach_, roi d’Égypte, qui, selon les Juifs,

vint l’an 5 de Roboam, fils de Salomon (974 avant J.-C.), attaquer et

rançonner Jérusalem. _Sesoch_ est trop tardif dans les listes: celle

d’Africanus seulement le place au siècle qui convient (926), et comme

nous sommes sûrs de la date des Juifs, nous pouvons accuser d’erreur

toutes ces listes.

Un autre prince remarquable est le 1er de la dynastie 19e, nommé

_Séthos_, et _Sethos-is. Eusèbe_ lui donne 55 ans de règne, avec cette

variante, que sa liste en Syncelle le place à 1376, et celle en

Scaliger, à l’an 1356. C’est vers cette hauteur qu’Hérodote place

_Sésostris_, et nous savons par Manéthon, en Josèphe, que _Sethos-is_,

dit aussi _Ramessès_ et _Égyptus_, est le même que Sésostris. Il est

fâcheux de voir Africanus et la _vieille Chronique_ s’écarter beaucoup

de ces données, en reportant Séthos jusqu’aux années 1394 et 1400, sans

nous donner aucun éclaircissement sur lequel nous puissions raisonner.

Au-dessus de _Séthos_ la dynastie 18e est digne d’attention, en ce

qu’elle nous offre trois princes qui jouent un rôle marquant dans un

passage de Manéthon, conservé par Josèphe: ces princes sont le

cinquième, le sixième et le dernier. (Misphragmutos, Tethmos et Amehoph.

(_Voyez_ la liste ci-contre.)

Au-dessus de cette dynastie Eusèbe place immédiatement celle des _rois

pasteurs_, dont l’invasion et la tyrannie furent un des grands

événements de l’histoire d’Égypte. Africanus au contraire, les rejette 2

dynasties plus haut (à la 15e): cette différence a suscité de vifs

débats entre les commentateurs. Le Syncelle a prétendu qu’Eusèbe avait

commis un faux matériel pour satisfaire à des convenances systématiques,

et Scaliger a admis cette inculpation. Mais que répondront le Syncelle

et Scaliger, si nous prouvons que la disposition d’Africanus est absurde

en elle-même; qu’elle

DIX-HUITIÉME DYNASTIE.

SELON MANÉTHON DANS AFRICANUS | Avant | SELON EUSÈBE EN SYNCELLE | Avant | SELON EUSÈBE EN SCALIGER | Avant

| J.-C. | | J.-C.| | J.-C.

ans. | | | | |

Amosis (omis le temps) | | Amosis 25 | 1740 | _Idem._ | 1704

Chebros règne 13 | 1653 | Chebron 13 | 1715 | _Idem._ | 1679

Amenophtis 21 | 1640 | Ammenophis 21 | 1702 | _Idem._ | 1666

Amersis 22 | 1619 | | | |

Misaphris 13 | 1597 | Miphris 12 | 1681 | Nephrès _Id._ | 1645

Misphragmutos-is 26 | 1584 | Misphragmutos-is 26 | 1669 | _Idem._ | 1633

Tuthmos-is 9 | 1558 | Tuthmosis 9 | 1643 | _Idem._ | 1607

Amenophis 31 | 1549 | Amenophis 31 | 1634 | _Idem._ | 1598

Horus 37 | 1518 | Orus 38 ou 36 | 1603 | Orus 38 | 1567

Acherrès 32 | 1481 | Achencherses 12 | 1577 | Acencherrès | 1529

Rathos 6 | 1449 | Athoris 39 | 1565 | Achoris 7 | 1517

Chebres 12 | 1443 | Chencheres 16 | 1526 | Cencherrès 18 | 1510

Acherrès 12 | 1431 | Acherrès 8 | 1512 | _Idem._ | 1492

Armeses 5 | 1419 | Cherrès 15 | 1504 | _Idem._ | 1484

Ramessès 1 | 1414 | Armès 5 | 1489 | Armais _Id._ | 1469

Amenoph 19 | 1413 | Ammeses 68 | 1484 | Rameses _Id._ | 1464

Total 259 | | Memophis 40 | 1416 | Menophis _Id._ | 1396

Seize rois qui selon l’auteur | | Total 376 | | Total 348 |

donnent 263 années, et le | |Seize rois selon l’auteur,| | |

total apparent est 259 | | donnant 348 | | |

19e Dynastie. Sethos 51 | 1394 |19e Dynastie. Sethos 55 | 1376 |19e Dynastie. Sethos 55| 1356

| |Les Égyptiens commencent |

| |d’avoir un roi de leur nation

est démentie par un texte positif de Manéthon que cite Josèphe; et

qu’ici Eusèbe est autorisé par l’_ancienne Chronique_, dont il paraît

suivre de préférence le système depuis la 16e dynastie? Commençons

par examiner le fragment de Manéthon, que Josèphe prétend avoir

transcrit littéralement.

§ I.

Texte de Manéthon en son second volume.

«Nous eûmes jadis un roi nommé _Timaos_, au temps duquel Dieu étant

irrité contre nous, je ne sais par quelle cause, il vint du côté

d’orient une race d’hommes de condition ignoble, mais remplie d’audace,

laquelle fit une irruption soudaine en ce pays (d’Égypte), qu’elle

soumit sans combat et avec la plus grande facilité. D’abord, ayant saisi

les chefs ou princes, ces étrangers traitèrent de la manière la plus

cruelle les villes et les habitants, et ils renversèrent les temples des

dieux. Leur conduite envers les Égyptiens fut la plus barbare, tuant les

uns, et réduisant à une dure servitude les enfants et les femmes des

autres. Ils se donnèrent ensuite un roi nommé _Salatis_, qui résida dans

Memphis, et qui, plaçant des garnisons dans les lieux les plus

convenables, soumit au tribut la _province supérieure_ et la _province

inférieure_; il fortifia surtout la frontière orientale, se défiant de

quelque invasion de la part des Assyriens, alors tout-puissants; et

parce qu’il remarqua dans le nome de Saïs, à l’orient de la _branche_

(du Nil nommée) Bubastite, une ville avantageusement située, qui, dans

notre ancienne théologie, s’appelle _Avar_, il l’entoura de fortes

murailles, et il y plaça une garnison de 240,000 hommes armés: chaque

été il y venait (de Memphis) tant pour faire les moissons et payer les

soldes et salaires, que pour exercer cette multitude et inspirer

l’effroi aux étrangers. Après 19 ans de règne, il mourut; son

successeur, nommé Bêon, régna 44 ans; puis _Apachnas_ 36 ans et 7 mois;

puis, _Apophis_ 61 ans; puis _Yanias_ 50 ans, puis _Assis_ 48 ans et 2

mois.

«Ces six premiers rois firent constamment aux Égyptiens une guerre

d’extermination. Toute cette race portait le nom de _Yksos_,

c’est-à-dire _rois pasteurs_; car, dans la langue sacrée, _yk_ signifie

_roi_, et, dans le dialecte commun, _sos_ signifie _pasteur_.

«Selon quelques auteurs, ce peuple était _arabe_, cependant Manéthon dit

en un autre ouvrage que, selon certains livres qu’il avait consultés, le

mot _hyksos_ signifiait _pasteur captif_; _hyk_, en langue égyptienne,

et _hak_ avec une aspiration, signifiant _captif_: et cela, dit-il, me

paraît plus vraisemblable et plus conforme à l’ancienne histoire.»

(Josèphe continue).

Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II · 第 15 / 25 段