ait articulé le nom de _Zoroastre_, n’est pas Platon, comme on l’a dit
quelquefois, mais _Xanthus_ de _Lydie_, qui, sous le règne de _Darius_,
publia, en quatre livres, une histoire de son pays, très-estimée et
souvent citée par les anciens. Hérodote, qui ne publia la sienne
qu’environ 40 ans plus tard, s’en est beaucoup servi, selon Plutarque;
et nous devons l’en louer, puisqu’en matière de faits, la meilleure
méthode de les narrer est d’emprunter le langage du premier témoin ou
narrateur, quand on le sait fidèle. Or l’historien Xanthus, selon
Diogène Laërce[28], estimait que, depuis _Zoroastre, chef des mages,
jusqu’à l’arrivée de Xercès en Grèce_, il s’était écoulé 600 ans;
c’est-à-dire que Zoroastre aurait fleuri 1080 ans avant notre ère, ce
qui déja est une antiquité hors de la portée des chronologies grecques.
Mais ce passage de Xanthus n’est pas le seul de cet auteur qui nous soit
parvenu; _Nicolas de Damas_, qui vivait au temps d’_Auguste_, nous a
conservé dix pages in-4° de détails curieux sur les rois de Lydie, et il
n’a dû les tirer que de Xanthus[29]. Parmi ces détails se trouve
l’anecdote du bûcher de Krésus, qui nous offre encore le nom de
_Zoroastre_. L’historien dit en substance:
«Kyrus fut touché du traitement qui se préparait pour Krésus; mais les
(soldats) Perses insistèrent pour que ce prince fût livré au feu, et ils
s’empressèrent de lui dresser un vaste bûcher, où ils firent monter avec
lui quatorze des principaux seigneurs de sa cour. Kyrus, pour les
dissuader, leur fit lire un oracle de la sibylle; ils prétendirent qu’il
était controuvé, et ils allumèrent le bûcher.... Alors éclatèrent de
toutes parts, les gémissements des Lydiens.... Cependant un orage qui
s’était approché (durant les apprêts assez longs) commence de gronder;
les nuages s’amoncellent et obscurcissent le ciel. Krésus, voyant ce
secours d’Apollon, implore la faveur du dieu auquel il a offert tant de
dons; les éclairs redoublent, le tonnerre éclate, la pluie tombe à
torrents.... Le désordre se met dans les rangs des soldats; les chevaux,
effrayés par la foudre et par les éclairs, augmentent le tumulte.....
Alors une terreur (religieuse) s’empare des _Perses_. Ils se rappellent
l’oracle de la sibylle et ceux de _Zoroastre_: ils crient de toutes
parts que l’on sauve Krésus; et c’est à cette occasion que les Perses
ont établi en loi, _conformément aux oracles de Zoroastre_, que les
cadavres ne seraient plus brûlés, ni le feu souillé par eux, ce qui
ayant déja eu lieu par d’_anciennes institutions_, fut alors rétabli et
confirmé.»
Dans ce récit nous voyons, 1° qu’à cette époque les Perses n’avaient
point encore la religion de Zoroastre, et c’est ce qu’indique Hérodote;
2° qu’en appelant _ancienne institution_ le culte du feu qui caractérise
cette religion, l’antiquité de Zoroastre est également énoncée. Quant à
ce que _ces institutions_ auraient eu lieu jadis chez eux, il est
probable que, sous l’empire des Assyriens et des Mèdes, quelques tribus,
quelques familles auront imité la religion de leurs voisins et maîtres,
comme il arriva aux Juifs, chez lesquels, au temps d’Achab,
s’introduisirent les rites assyriens. Mais la masse de la nation ne fut
point zoroastrienne; l’obstination des soldats perses à brûler Krésus,
c’est-à-dire, à en faire un sacrifice à la manière des Phéniciens, des
Indiens et des Keltes, en est une démonstration complète: l’on doit donc
regarder comme un fait positif cette remarque de Xanthus, _que ce fut
l’incident merveilleux de l’orage éteignant le bûcher de Krésus, qui
opéra la conversion des Perses au zoroastérisme_, comme la victoire de
Tolbiac convertit au christianisme les Francs de Clovis[30].
De tout ce que nous venons de voir, il résulte que, même au temps de
Xanthus et d’Hérodote, c’est-à-dire, près de 500 ans avant notre ère,
l’époque de Zoroastre était déja enveloppée des nuages de l’antiquité.
Nous n’insistons pas sur les 600 ans donnés par Xanthus, parce que cette
date n’est suivie d’aucune preuve, et que le savant Athénée en conteste
la citation; mais nous avons le droit d’en conclure que si dès lors les
idées n’étaient pas plus claires sur ce fait que sur la guerre de Troie
et sur l’époque d’Homère, il ne faut pas s’étonner qu’elles soient
devenues plus obscures dans les siècles suivants, et surtout dans les
premiers de notre ère, où les écrivains en général furent moins érudits
et néanmoins plus tranchants.
Voyons si, en continuant nos recherches, nous ne parviendrons pas à
découvrir quelque témoignage positif sur l’époque de Zoroastre.
Nous devions l’attendre de Ktésias; mais ses extraits en Photius et
Diodore ne font pas mention de ce nom, et l’on ne sait s’il faut lui
attribuer ce qu’en un autre endroit Diodore dit de _Zathraustes_,
inventeur du _dogme du bon génie_ chez les Arimaspes; toujours est-il
vrai que le dogme convient, et que ce nom de _Zathraustes_ correspond
assez à _Zérétastré_, qui, selon Anquetil, doit avoir été le nom zend de
Zoroastre.
Après Ktésias, le chaldéen Bérose a eu plus de moyens que personne
d’éclaircir la question; mais, soit inimitié de secte, soit défaut
d’occasions, ses fragments ne nous apprennent rien. Il faut descendre
jusqu’au temps de Pompée pour trouver une phrase riche d’instruction,
malgré sa brièveté: nous la devons à Justin[31], abréviateur de
_Trogus_, qui accompagna en Asie le général romain.
«Ninus (dit-il), ayant subjugué tout l’Orient, eut une dernière guerre
avec Zoroastre, _roi des Bactriens_, que l’on dit avoir le premier
_inventé_ les pratiques des mages, et avoir profondément étudié les
mouvements des astres et les principes moteurs de l’univers. Ninus,
l’ayant mis à mort, mourut lui-même, et laissa son trône à sa femme
Sémiramis, et à son fils Ninias, encore jeune[32].»
Ce passage est d’autant plus précieux, que son auteur, _Trogus_, avait
voyagé en Médie et en Assyrie à la suite de Pompée, et qu’il put y
consulter les monuments et les traditions du pays. _Zoroastre, roi de
Bactriane_, est une circonstance désavouée des Parsis, et contredite par
Ktésias, qui dit que le roi de Bactriane attaqué par Ninus se nommait
_Oxuartès_; à la vérité, ce nom paraît être générique, puisque, en le
décomposant, on l’explique _roi de l’Oxus_. Mais, outre l’accord que
cette circonstance forme avec le récit des Parsis, en laissant croire
que le nom propre de ce roi put être _Kestasp_, cette guerre elle-même
d’un prince étranger contre la Bactriane, le rôle important et presque
royal que Zoroastre y joue, sa mort qui y arriva selon la plupart des
Orientaux modernes, sont autant d’accessoires qui, par leur
ressemblance, constatent le fait fondamental, savoir, que _Zoroastre
vécut au temps de Ninus_: et si l’on remarque qu’aucune chronique
grecque n’a pu remonter d’un fil continu jusqu’au temps d’Homère et de
Lycurgue; que dès le siècle d’Alexandre, les idées étaient obscures sur
Pythagore, sur Thalès, sur Solon, l’on concevra qu’Hérodote et Xanthus
ont pu être embarrassés sur le temps infiniment plus reculé de
Zoroastre.
Au témoignage de Trogus, vient se joindre celui de _Képhalion_ (vers
l’an 115 de notre ère), dont les recherches profondes et variées en
chronologie sont fréquemment citées par Eusèbe et par le Syncelle. Ce
dernier nous a conservé un trait qui s’encadre très-bien ici:
«Jadis, selon Képhalion, régnèrent les Assyriens, à qui commanda
Ninus... Puis cet auteur illustre joint la naissance de Sémiramis et du
mage Zoroastre; il parcourt les 52 années du règne de Ninus...
etc.[33].»
Voilà donc encore Zoroastre contemporain de Ninus, puisqu’il l’est de
son épouse Sémiramis: et Képhalion ne se bornait pas là; car l’Arménien
_Moïse de Chorène_, qui eut en main son ouvrage, le censure, _pour avoir
placé immédiatement après l’avènement de Sémiramis, la guerre que cette
reine ne fit à Zoroastre qu’après son retour des Indes, et pour avoir
dit que Zoroastre y succomba, tandis que ce fut elle qui y périt_.
Le livre de Moïse de Chorène n’ayant été publié qu’en 1736, les
chronologistes antérieurs à cette date ont été privés de cette citation
importante; et comme tout le fragment contient des détails précieux et
décisifs sur la question qui nous occupe, le lecteur les verra avec
d’autant plus de plaisir, que ce livre n’est pas très-commun.
Après avoir rapporté, conformément au livre chaldéen d’Alexandre, les
guerres mythologiques de Haïk et de Bélus, Moïse de Chorène arrive à des
guerres réellement historiques, et sa transition se marque par quelques
observations dont la substance mérite d’être citée.
«A l’égard des conquêtes nombreuses, dit-il, qui signalèrent le règne
d’Aram, principal fondateur de notre état, si elles ne se trouvent pas
dans les archives publiques des temples ou des rois, ce n’est pas une
raison d’en douter; car outre qu’elles ont précédé l’époque de Ninus, et
qu’elles sont arrivées dans des temps où l’on ne croyait pas nécessaire
d’écrire ce qui se passait hors du pays et chez les étrangers, Mar-Ibas
nous apprend encore que ces récits ont été faits par des particuliers
anonymes, dont les Mémoires furent joints aux archives royales, et il
ajoute que si l’on a perdu le souvenir de beaucoup de choses, _c’est
parce que Ninus, enflé d’orgueil[34] et avide de célébrité, fit brûler
beaucoup de livres et d’histoires des temps qui l’avaient précédé, afin
qu’on ne parlât que de lui et de son règne_[35].
«Or Aram laissa un fils appelé _Araï_[36], qui, lui ayant succédé peu de
temps avant la mort de Ninus, obtint de ce monarque la même faveur
qu’avait obtenue son père [c’est-à-dire celle d’être confirmé dans sa
principauté à titre de vassal, de porter un bandeau orné de perles, et
d’être le second personnage de l’empire[37]]».
Moïse de Chorène raconte ensuite comment, après la mort de Ninus,
Sémiramis, éprise de la beauté d’Araï, voulut en faire son amant et même
son époux. Le prince arménien s’y étant refusé, l’Assyrienne lui fit la
guerre, et battit son armée dans la plaine qui _reçut alors le nom
d’Ararat_. Le corps d’Araï, tué dans le combat, tomba aux mains de
Sémiramis, qui d’abord, pour calmer les Arméniens, fit courir le bruit
que ses dieux et ses _magiciens_ (ou prophètes) l’avaient ressuscité
pour satisfaire ses désirs; puis elle attaqua tout le pays, et le
subjugua. L’historien ajoute que, charmée de la beauté du climat, bien
plus tempéré que celui de Ninive, cette reine bâtit une ville, un palais
et des jardins délicieux près du lac de _Vanck_ (et en effet les
anciens géographes placent dans ce local _Semiramo Kerta_, la ville de
Sémiramis). Mosès décrit l’aspect général du pays, le site particulier
du lieu, sa disposition variée en collines, vallons et prairies, etc.;
ses ruisseaux d’eaux vives et douces, et la chaussée dispendieuse qui
fut construite pour former un lac charmant; il spécifie et le nombre des
ouvriers employés à ces travaux, lequel fut de 42,000, et les
constructions et les distributions, et les genres d’ornements; tout cela
avec des détails qui prouvent que le livre chaldéen d’Alexandre fut
composé sur des documents officiels[38].
Moïse de Chorène continue:
«Alors que Sémiramis se fut fait cette habitation délicieuse, elle prit
l’habitude d’y venir passer l’été. Elle confia le gouvernement de Ninive
et de l’Assyrie _au mage Zerdust_[39], _prince des Mèdes_; elle finit
même par lui laisser l’administration de tout l’empire...... La vie
dissolue qu’elle menait lui ayant attiré des reproches de la part des
enfants de Ninus, elle les fit tous périr, excepté Ninyas; mais par la
suite Zerdust manqua à sa confiance, et comme il voulut se rendre
indépendant, Sémiramis lui fit une guerre dont les suites, devenues
très-graves, la contraignirent à fuir devant lui en Arménie, où son fils
Ninyas la fit mettre à mort. Ceci, ajoute Moïse de Chorène, me rappelle
le récit de Képhalion, _qui, comme bien d’autres_, place après
l’avénement de Sémiramis au trône, d’abord sa guerre contre Zoroastre,
guerre dans laquelle il prétend qu’elle fut victorieuse, puis son
expédition aux Indes. Mais je regarde comme bien plus certain ce que
Mar-Ibas rapporte, d’après _les livres chaldéens_; car il explique avec
ordre et clarté les événements et les causes de cette guerre; et ce
savant Syrien a en sa faveur nos traditions populaires, qui, en récitant
la mort de Sémiramis, disent, dans leurs chansons, que cette reine fut
obligée de fuir à pied; que, dévorée de soif, elle demanda un peu d’eau
dont elle but, et que, se voyant approchée par les soldats, elle jeta
son collier dans _la mer_[40], d’où est venu le proverbe: _Jeter les
joyaux de Sémiramis à l’eau_.»
Après des détails aussi précis, provenus d’une source aussi authentique,
il ne peut rester de doute sur l’époque de Zoroastre; et si nous
comparons les faits divers qui nous sont fournis, tant par les Parsis
que par les historiens grecs, et par le livre chaldéen d’Alexandre, nous
pouvons tracer de la vie de ce législateur, un tableau plus probable que
tout ce que l’on en a écrit jusqu’ici.
§ III.
Vie de Zoroastre.
Selon Hérodote et selon les Parsis, Zoroastre naquit _Mède_. Ceux qui
l’ont cru _Bactrien_ furent induits en erreur par le théâtre de sa
mission; comme ceux qui l’ont dit _Perse_ l’ont été par la prédominance
du peuple qui fit le plus connaître sa religion. A l’époque de sa
mission, entre les années 1220 et 1200, le vaste pays qui depuis a
composé l’empire des Perses était partagé entre plusieurs nations
indépendantes et ennemies.
1° La nation _mède_, composée de six peuples ou tribus[41], occupait les
pays actuellement nommés _Aderbibjan_, _Djebâl_, _et Irâq-Adjami_, ayant
pour limites, au nord, le fleuve _Araxes_; au midi, la chaîne des monts
_Élyméens_, aujourd’hui _Louristan_; et à l’est, celle de l’ancien
_Zagros_, bornant les plaines assyriennes du Tigre.
2° La nation Perse, composée d’un grand nombre de tribus, dont Hérodote
nomme jusqu’à onze, les unes sédentaires, livrées à la culture; les
autres vagabondes, nourrissant des troupeaux; toutes sauvages et
guerrières: cette nation s’étendait depuis les monts Élyméens, au nord,
jusqu’au golfe Persique, à l’ouest et au midi.
3° Le _Khorasan_ actuel était habité par les _Bactriens_, autre race,
partie agricole, partie nomade, qui semble être d’origine scythique, et
qui forma un état puissant et très-anciennement civilisé.
4° Le _Mazanderan_ et le _Ghilan_ avaient encore d’autres peuples
indépendants, cités comme féroces, tels que les _Marses_, les _Gelœ_ et
les _Caddusii_, qui occupaient les montagnes jusqu’au lac _Ourmi_.
5° Enfin le _Kurdistan_ propre, d’où le Tigre et le Zâb tirent leurs
sources, avec le pays de _Sennaar_ ou _Sindjar_, était le patrimoine des
Assyriens divisés en tribus, dont l’une, celle des _Chaldéens_, jouait
chez eux le même rôle sacerdotal que les lévites chez les Hébreux, que
les brahmes chez les Indiens, et que les mages chez les Mèdes. Ninus fut
le premier qui soumit tous ces peuples à un même joug, et qui en composa
un corps politique, dont le temps amalgama peu à peu et identifia les
parties. Depuis ce conquérant, le pays compris entre le _Tigre_ et
l’_Indus_ ayant presque toujours formé un même empire, sous l’influence
d’un même pouvoir et d’un même langage, les habitudes de cette réunion,
en faisant perdre de vue l’ancien état de choses, ont induit les
écrivains orientaux en une foule de méprises géographiques; et comme ils
n’ont plus compris le vrai sens des anciennes descriptions, ils ont fait
de vicieuses interprétations des noms, et ont fini par défigurer
totalement l’histoire. Par exemple, le nom d’_Air-an_[42] ne désigna
d’abord que la _Médie_ propre, appelée _Aria_ dans Hérodote, _Ériané_
dans les livres parsis; mais par la suite, et probablement sous les
rois mèdes, ce nom ayant été attribué à tout leur empire, ses habitants
n’ont plus su à qui appartenait le nom de _Tour-an_; et parce qu’ils ont
trouvé le _Tourk-estan_ à l’est de la mer Caspienne, ils ont placé là le
royaume de _Tour_, qui était réellement à l’ouest, et se composait de
tout le pays montueux du _Taur-us_[43], et spécialement de l’_Atouria_
des Grecs, c’est-à-dire que l’ancienne division était la _plaine_
(_Aïr-an_), et la montagne (_Tour-an_): aussi est-il échappé aux
écrivains persans de conserver, comme malgré eux, cette circonstance,
_que des possessions d’Ardjasp se trouvaient au couchant de la
Caspienne_; elles y étaient toutes, par la raison qu’_Ardjasp, roi de
Tour-an_, ne fut autre que _Ninus_, roi de l’_Atouria_ et de tout le
_Taurus_. Lorsque ce prince eut subjugué la Médie et crucifié son roi
_Pharnus_, le mède Zoroastre put avoir des raisons de quitter sa patrie,
traitée avec la dureté qui caractérise les anciens temps. Peut-être
fut-ce à cette époque et à cette occasion qu’il se réfugia dans
l’_antre_ que nous décrit Porphyre, d’après Eubulus. (Il devait, selon
nos calculs, avoir alors 30 à 31 ans.)
«Nous lisons dans Eubulus que Zoroastre fut le premier qui, ayant choisi
dans les montagnes voisines de la Perse, une caverne agréablement
située, la consacra à _Mithra_, créateur et père de toutes choses;
c’est-à-dire qu’il partagea cet antre en divisions géométriques figurant
les climats et les éléments, et qu’il imita en partie l’ordre et la
disposition de l’univers par Mithra. De là est venu l’usage de consacrer
les antres à la célébration des mystères, et de là l’idée de Pythagore
et de Platon, d’appeler le monde _un antre, une caverne_. (Porphyrius,
_de Antro nympharum_.)»
C’est-à-dire que Zoroastre se composa une grande sphère armillaire en
relief, pour mieux étudier les mouvements des astres, et connaître le
mécanisme du monde, comme l’a dit Justin.
«Ce fut d’après ce modèle que les Perses, au rapport de Celse[44],
représentaient, dans les cérémonies de Mithra, le double mouvement des
étoiles fixes et des planètes, avec le passage des ames dans les cercles
ou sphères célestes... Pour figurer les propriétés ou attributs des
planètes, ils montraient une échelle le long de laquelle il y avait 7
portes, puis une 8e à l’extrémité supérieure. La 1re, en plomb,
marquait _Saturne_; la 2e, en étain, _Vénus_; la 3e, en cuivre,
_Jupiter_; la 4e, en fer, _Mars_; la 5e, en métaux divers,
_Mercure_; la 6e, en argent, la _Lune_; la 7e, en or, le _Soleil_
(puis le ciel empyrée).»
Sans doute voilà l’échelle du songe de Jacob; mais toutes ces idées et
allégories égyptiennes et chaldéennes ayant existé bien des siècles
avant Abraham et Jacob, l’on n’en peut rien conclure pour et contre
l’antériorité de la Genèse, relativement à Zoroastre.
Ce fragment précieux nous prouve que la théologie de ce chef de secte,
semblable à celle des Égyptiens et des Chaldéens, et généralement de
tous les anciens, ne fut, comme le disent Plutarque et Chérémon, _que
l’étude de la nature et de ses principes moteurs dans les corps célestes
et terrestres_: si, comme le dit Pline, Zoroastre passa _vingt ans_ dans
cette grotte, et s’il y entra à l’âge de 30 ans, comme le disent les
Parsis, il dut arriver en Bactriane vers l’âge de 50 ans, et cette date,
coïnciderait avec la seconde attaque de Ninus; mais, ainsi que nous
l’avons dit, l’on ne peut guère compter sur l’exactitude de ces données.
Le choix qu’il fit de ce pays s’expliquerait bien par l’aversion qu’il
dut porter à Ninus, et par le caractère désireux de nouveautés qu’Ammien
et Lactance donnent au roi de Bactriane. Cette contrée, extrêmement
fertile, formait alors un royaume puissant qui, par son heureuse
position, touchant à l’Inde, à la mer Caspienne, et à tout le nord de
l’Asie, était l’entrepôt naturel de cet ancien commerce, au sujet
duquel Pline nous dit que _jadis les marchandises de l’Inde remontaient
par le fleuve Indus_, se versaient dans l’Oxus, et de là, par la
Caspienne, dans tout le nord de l’Europe et de l’Asie. L’or des mines de
Sibérie venait s’y échanger contre les produits de l’Inde et de l’Asie
occidentale; et de là l’extrême abondance de ce métal, jusqu’au temps
d’Hérodote, chez les _Massagètes_ et les Bactriens. Cet état d’opulence,
qui dut être un motif d’attrait et de cupidité pour Ninus, put n’être
pas indifférent à l’ambitieux Zoroastre.
La vie monacale du père d’_Hystasp_, sa tête rasée, ses abstinences, ses
mortifications, sont l’exacte copie des pratiques des brahmes et de
plusieurs rois dont fait mention le livre _Oupnekhat_ à pareille
époque[45]. Le récit que nous font les livres perses, de la multitude et
de la puissance des _devins_ ou _magiciens_ de ce temps-là, et des
_miracles_ opérés par eux et par Zoroastre, encore qu’il soit un conte
oriental dans ses circonstances, n’est pas une fable absolue au
fond...... Il correspond à ce que nous disent les livres hébreux des
enchanteurs égyptiens, de leurs miracles et de ceux de Moïse devant
Pharaon, deux siècles avant Zoroastre. C’était là le règne de ce qu’on
a depuis appelé _magie_, ou l’art d’opérer des _prodiges_, et ces
prodiges n’étaient pas tous de pures fables ou illusions.