Cependant M. Neilson voyant l'entraînement de la majorité et ne voulant

pas suivre M. Papineau jusqu'à l'extrémité, s'était séparé de lui depuis

quelque temps. Plusieurs Canadiens, membres marquans de la chambre, en

avaient fait autant, comme MM. Quesnel, Cuvillier, Duval, et quelques

autres. Ces hommes éclairés dont l'expérience et le jugement avaient un

grand poids, reconnaissaient bien la justice des prétentions de la

majorité, mais ils craignaient de risquer ce qu'on avait déjà obtenu.

Lord Goderich avait fait des concessions et des réformes dont l'on

devait lui tenir compte si l'on faisait attention aux préjugés enracinés

du peuple anglais contre tout ce qui était français et catholique. Plus

tard à mesure que l'on parviendrait à détruire ces préjugés, l'on

demanderait la continuation de ces réformes, et la puissance croissante

des Etats-Unis dont il fallait que l'Angleterre pesât les conséquences

tout anglo-saxons qu'ils étaient, aiderait fortement à la rendre juste à

notre égard. M. Bedard, père, M. Neilson et M. Papineau étaient les

trois hommes d'état les plus éminens qu'eussent encore eus le Canada. La

séparation de MM. Neilson et de M. Papineau, était un vrai malheur pour

le pays. L'éloquence, l'enthousiasme de l'un étaient tempérés par le

sang froid et les calculs de l'autre, dont l'origine ne permettait point

le même emportement contre l'infériorité dans laquelle on voulait tenir

les Canadiens français. Tous deux avaient l'âme grande et élevée. Tous

deux étaient presque des amis d'enfance, et avaient toujours combattu

ensemble pour la même cause. M. Cuvillier, M. Quesnel étaient de leur

côté des hommes libéraux, mais modérés, aimant leur pays et jouissant

d'un caractère qui faisait honneur à leurs compatriotes.

M. Papineau en se séparant de tant d'hommes sages pour se lancer dans

une lutte contre l'Angleterre, prenait une grande responsabilité sur

lui. Sans doute que ce qu'il demandait était juste, sans doute que si

ses compatriotes eussent été d'origine anglaise au lieu d'être d'origine

française, le bureau colonial eût accordé toutes leurs demandes sans

objection. Mais l'équité ne triomphe pas toujours; les préjugés

nationaux font commettre bien des injustices. C'est au patriote, c'est à

l'homme d'état de considérer tous les obstacles, de peser toutes les

chances et de régler sa conduite de manière à obtenir le plus grand bien

possible pour le moment en attendant le reste de l'avenir, sans livrer

ce qu'on a déjà au risque d'une lutte désespérée. Il n'y avait pas de

honte pour les Canadiens à prendre ce parti. Un petit peuple d'un

demi-million d'habitans pouvait souffrir une injustice d'une puissance

comme l'Angleterre sans flétrissure. Le déshonneur est pour le fort qui

foule et tyrannise injustement le faible.

Lorsque M. Papineau fut de retour chez lui encore tout excité par ses

luttes parlementaires, il commença à déposer sur le papier les griefs de

ses compatriotes contre l'Angleterre. Malheureusement la liste en était

longue et leur réminiscence ne fit qu'aigrir davantage son âme ardente.

Il arriva à la session suivante avec ce travail en ébauche.

Le gouverneur informa les chambres, ouvertes le 7 janvier 1834, que le

roi avait nommé un sur-arbitre pour faire le partage des droits de

douane entre les deux Canadas, et que le rapport accordait une plus

grande part que de coutume au Haut; qu'il serait nécessaire de

renouveler la loi d'éducation et les lois de milice qui expiraient, et

de reprendre la question des finances sans délai, afin que la métropole

vit ce qu'elle aurait à faire.

Plusieurs membres voulaient cesser tout rapport avec l'exécutif et

passer de suite à la considération de l'état de la province. M.

Bourdages toujours à la tête des hommes les plus avancés, fit une

proposition dans ce sens qui fut repoussée. En réponse aux remarques du

gouverneur, touchant la porte du bill de subsides de la dernière

session, la chambre observa qu'élue par le peuple, elle devait en

partager le sort, et que son plus grand désir devait être de travailler

pour son bonheur. Elle organisa ses comités ordinaires, mais elle refusa

d'en nommer un, suivant l'usage, de bonne correspondance avec le conseil

législatif. «C'est une insulte, disait M. Bourdages, de correspondre

avec un corps qui a ouvertement déclaré que nous voulions établir une

république française.» L'assemblée reprit l'enquête du 21 mai.

Elle reçut presqu'aussitôt plusieurs messages du château. Le 13, elle en

reçut un sur le bill de subsides, et un autre sur le siège de M.

Mondelet dans son sein, qu'elle avait déclaré vacant deux ans auparavant

par suite de sa nomination au conseil exécutif. Le ministre approuvait

le gouverneur de n'avoir pas fait procéder à une nouvelle élection dans

un cas où la chambre avait outrepassé son pouvoir. Le lendemain on lui

en remettait un autre au sujet du conseil législatif en réponse à

l'adresse de la dernière session.

«L'objet que l'on a en vue par cette adresse, disait M. Stanley, est de

prier sa Majesté de vouloir autoriser une convention nationale du peuple

du Bas-Canada à l'effet de mettre de côté les autorités législatives et

de prendre en considération lequel de deux modes sera adopté pour

détruire entièrement la constitution, l'introduction du principe électif

ou l'entière abolition du conseil législatif. Sa Majesté veut bien ne

voir dans le mode projeté que le résultat d'une extrême légèreté; elle

ne pourra jamais être conseillée de donner son assentiment à ce projet,

vu qu'elle doit considérer une semblable mesure comme incompatible avec

l'existence même des institutions monarchiques; mais elle sera disposée

volontiers à sanctionner toute mesure qui pourrait tendre à maintenir

l'indépendance et à élever le caractère du conseil législatif.

«Je ne suis pas prêt à lui conseiller de recommander au parlement une

démarche aussi sérieuse que celle de révoquer l'acte de 91.... mais si

les événemens venaient malheureusement à forcer le parlement à exercer

son autorité suprême, pour appaiser les dissensions intestines dans la

colonie, mon devoir serait de soumettre au parlement des modifications à

la charte des Canadas, tendant non pas à introduire des institutions

incompatibles avec l'existence d'un gouvernement monarchique, mais à

maintenir et à cimenter l'union avec la mère-patrie, en adhérant

strictement à l'esprit de la constitution britannique, et en maintenant

dans leurs véritables attributions, et dans des bornes convenables, les

droits et les privilèges mutuels de toutes les classes de sa Majesté.»

Il est inutile de dire quel fut l'effet de cette décision sur

l'assemblée. Elle renvoya de suite à des comités spéciaux toutes ces

communications du gouverneur, qui refusait alors de lui avancer l'argent

nécessaire pour payer ses dépenses contingentes, sous prétexte que la

perte du dernier bill de subsides le laissait chargé, d'une trop grande

responsabilité. L'assemblée demanda copie des instructions royales

touchant le bill de subsides de 32, et rejeta un bill passé par le

conseil, pour établir un tribunal destiné à juger les fonctionnaires

accusés, tandis que le conseil en rejetait un de son côté passé par

l'assemblée pour assurer la dignité et l'indépendance des deux conseils,

dans lequel contrairement à tous les principes de la constitution

anglaise, les conseillers exécutifs devaient être hors du contrôle des

deux chambres. Ce bill auquel on avait fait peu d'attention, avait été

introduit par M. A. Stuart et semblait plutôt une ironie qu'une mesure

sérieuse.

Cependant Le jour pour la prise en considération de l'état du pays

arrivait. C'était pour cette occasion que M. Papineau avait préparé; le

tableau des griefs dont nous ayons parlé tout à l'heure. En arrivant à

Québec il l'avait communiqué aux membres, de son parti. On s'était réuni

à diverses reprises chez les membres du comté de Montmorency, M. Bedard,

pour l'examiner et y faire les changemens jugés nécessaires. Après

quelques modifications un autre membre, M. Morin avait été chargé de les

mettre en forme de résolutions. Il fut décidé que ce serait M. Bedard

qui les présenterait. Ce membre avec quelques uns de ses amis avait paru

dans la dernière session vouloir se détacher de M. Papineau, qui pour

ramener le parti de Québec, à ses vues, consentit à faire quelques

modifications dans, les résolutions, et, pour flatter l'amour propre de

M. Bedard, à les laisser proposer par lui. Les débats durèrent plusieurs

jours.

M. Papineau fit un discours dans lequel encore tout irrité du ton de la

dépêche de M. Stanley, il s'abandonna à un enthousiasme républicain qui

devait mettre l'Angleterre sur ses gardes, et qui était contraire à la

partie des résolutions qui citait le fait, que dans les anciennes

colonies anglaises, celles qui jouissaient des institutions les plus

libérales avaient été les dernières à se révolter. «Des plaintes

existent, dit-il, depuis longtemps; tous conviennent de nos maux; tous

sont unanimes pour accuser; la difficulté est quant aux remèdes. Il

s'agit d'examiner où nous les prendrons. Il y a des personnes, qui,

occupées des systèmes électifs et des autres constitutions européennes,

veulent nous entretenir de ces idées. Ce n'est pas à nous à décider des

institutions de l'Europe; on ne peut les connaître ni en bien juger,

nous devons examiner quel doit être notre sort, le rendre aussi bon et

aussi durable que possible. Il est certain qu'avant un temps bien

éloigné, toute l'Amérique doit être républicaine. Dans l'intervalle, un

changement dans notre constitution, s'il en faut un, doit-il être en vue

de cette considération? et est-il criminel de le demander? Les membres

de cette chambre en sont redevables à leurs constituans comme d'un

devoir sacré, et, quand bien même le soldat devrait les égorger, ils ne

doivent pas hésiter à le faire, s'ils y voient le bien de leur pays. Il

ne s'agit que de savoir que nous vivons en Amérique, et de savoir

comment on y a vécu. L'Angleterre elle même y a fondé de puissantes

républiques où fleurissent la liberté, la morale, le commerce et les

arts. Les colonies espagnoles et françaises, avec des institutions moins

libérales, ont été plus malheureuses, et ont dû lutter beaucoup contre

le vice de leurs institutions. Mais le régime anglais, qu'a-t-il été

dans les colonies? A-t-il été plus aristocratique que démocratique? Et

même eh Angleterre est-il purement aristocratique? C'est donc une grande

erreur de M. Stanley, de nous parler du gouvernement monarchique

d'Angleterre en 1834. Du temps de la maison des Stuart, ceux qui ont

maintenu le pouvoir monarchique, ont perdu la tête sur les échafauds.

Depuis ce temps la constitution de l'Angleterre a été appelée mixte, et

telle ne devait pas être appelée autrement. Lui, M. Stanley, ministre

par un vote de là chambre et malgré le roi, à qui l'on a dit de

l'accepter ou de perdre sa couronné, M. Stanley méprisé aujourd'hui par

le peuple, vient nous parler du gouvernement monarchique de

l'Angleterre, quand des changemens sont permis à ses habitans, si grands

par leur commerce, leurs institutions, et les progrès qu'ils ont fait

faire à la civilisation, aux arts et à la liberté sur tout le globe; et

quand cette nation veut introduire de nouveaux élémens de bonheur, en

demandant la réforme de l'aristocratie, et en augmentant la force du

principe démocratique dans son gouvernement. Le système vicieux qui a

régné dans les colonies, n'a fait que donner plus d'énergie au peuple,

pour se rendre républicain: c'est ce qui a été le cas dans les états du

nord de l'union. Dans les colonies du milieu, quoique les institutions y

fussent plus républicaines et plus libérales, le peuple y a été le

dernier à se révolter.»

M. Neilson proposa un amendement tendant à faire déclarer «que comme la

dépêche du ministre des colonies du 9 juillet 1831, en réponse aux

adresses de la chambre du 16 mars précédent, contenait une promesse

solennelle de coopérer avec elle au redressement des principaux abus,

c'était le devoir de la chambre de travailler dans l'esprit de cette

dépêche, à la paix, au bien-être et au bon gouvernement du pays suivant

la constitution; que la dépêche du bureau colonial communiquée le 14

janvier dernier, confirmait les mêmes dispositions; que l'on devait

s'occuper de l'amélioration du pays, de l'occupation des terres, des

lois de propriété, de l'indépendance des juges, de l'administration de

la justice, de la responsabilité des fonctionnaires, des comptes publics

et de la réduction de toutes les charges inutiles.»

«Les résolutions de M. Bedard portent atteinte, dit-il, à l'existence du

conseil législatif, d'un corps constitué comme nous, par l'acte de 91;

elles mettent en accusation le gouverneur en chef qui forme aussi une

autre branche de la législature; elles refusent formellement de subvenir

aux dépenses de la province, et comportent un procédé injurieux contre

la mère-patrie, c'est-à-dire contre son secrétaire colonial. Il n'est

pas nécessaire de dire que je ne puis voter pour elles. La constitution

en tout pays est la règle de conduite pour toutes les parties et la

sauve-garde de la liberté de chacun. Du moment qu'on l'attaque on

ébranle les passions. Nous nous trouvons dans des circonstances

différentes de celles des pays où il y a eu des changemens. En

Angleterre et aux Etats-Unis, qu'on a cités, des changemens ont été

opérés par le peuple, non par suite d'un goût pour la réforme, mais

parce que les rois eux-mêmes voulaient violer la constitution. La ligne

de démarcation est bien distincte: ils combattaient pour des droits qui

existaient, et nous, nous voulons renverser ceux qui sont établis. Le

résultat doit être différent. L'histoire est un moniteur fidèle; elle

nous apprend que les conséquences suivent les principes.»

«Je crains, ajouta M. Quesnel à son tour, qu'en nous adressant à

l'Angleterre pour demander un changement dans notre constitution, nous

ne l'obtenions point et que notre démarche entraîne avec elle des suites

désastreuses pour le pays. En Angleterre on n'a jamais voulu convenir

des vices de la constitution, et pense-t-on qu'aujourd'hui on y sera

plus facile sur ce sujet? Je ne le crois pas. J'ignore où ces

résolutions peuvent nous conduire. Si elles n'excitent point de trop

grands troubles, il en résultera au moins une grande réaction. Je

souhaite sincèrement que mes prévisions ne s'accomplissent point; je

souhaite me tromper. Quoique je diffère d'opinion avec la majorité de

cette chambre, si elle réussit à procurer l'avantage réel et permanent

du pays par les moyens qu'elle emploie aujourd'hui, je me réjouirai de

ses succès avec les hommes éclairés qui auront formé la majorité. Je

regretterai alors de n'avoir pas eu comme eux assez d'énergie pour

braver le péril et entreprendre une chose que je regardais comme

dangereuse, ou du moins comme très incertaine quant à ses résultats. Si

au contraire mes craintes se réalisent, si la chambre succombe dans son

entreprise, je partagerai avec les autres les maux qui pourront peser

sur ma patrie, je dirai, ce sont sans doute les meilleures intentions

qui ont guidé la majorité de la chambre, et on ne me verra point m'unir

avec ses ennemis pour lui reprocher d'avoir eu des vues perverses. Voilà

ce qui fera ma consolation.»

L'amendement de M. Neilson fut rejeté par 56 contre 24. MM. Cuvillier,

Quesnel, Duval, et plusieurs autres Canadiens faisaient partie de la

minorité; et les résolutions qui ont porté depuis le nom de 92

résolutions, furent finalement adoptées. Les administrations

provinciales, disaient-elles en substance, foulaient aux pieds les

droits et les sentimens les plus chers des Canadiens, qui s'étaient

toujours empressés de recevoir les émigrans des îles britanniques comme

des frères, sans distinction d'origine ni de croyance; la chambre ne

voulait introduire dans le pays que les droits dont jouissaient les

habitans de l'Angleterre; le défaut le plus grave dans la Constitution

était la nomination du conseil législatif par la couronne, au lieu

d'être électif comme elle l'avait demandé l'année précédente, parce que

la constitution et la forme du gouvernement qui convenaient le mieux à

cette colonie, ne devaient pas se chercher uniquement dans les analogies

que présentaient les institutions de la Grande-Bretagne, dans un état de

société tout-à-fait différent du nôtre. Ce n'était pas le plus libre

régime colonial dans les anciennes colonies, qui avait hâté leur

séparation, puisque la Nouvelle-York dont les institutions étaient les

plus monarchiques dans le sens que le comportaient la dépêche de M.

Stanley, avait été la première à refuser d'obéir à un acte du parlement

impérial, et que le Connecticut et le Rhode-Island avec des institutions

purement démocratiques furent les derniers à entrer dans la

confédération des Etats-Unis. L'acte des tenures devait être révoqué et

le vote de toutes les dépenses publiques laissé à là chambre; là

partialité dans la distribution des charges publiques était portée au

comble loin de diminuer, puisque sur une population de 600,000 habitans,

dont 525,000 d'origine française, 47 fonctionnaires seulement les moins

rétribués appartenaient à cette origine, tandis que 157 appartenaient à

l'origine britannique ou aux 75,000 habitans qui restaient de la

population. La négligence du bureau colonial à répondre aux adresses de

la chambre, la détention du collège de Québec par le militaire, les

obstacles opposée à l'établissement d'autres colléges le refus de

rembourser à la province les £100,000 de la défalcation de M. Caldwell

étaient encore signalés avec la foule d'abus déjà exposés tant de fois

dans les précédentes adresses. La chambre et le peuple,

continuaient-elles, appuyés sur la justice, devaient être assez forts

pour n'être exposés à l'insulte d'aucun homme quelqu'il fût ni tenue de

le souffrir en silence. Dans leur style, les dépêches de Stanley étaient

insultantes et inconsidérées à un degré tel que nul corps constitué par

la loi même pour des fins infiniment subordonnées à celles de

législation, ne pouvait ni ne devait les tolérer... ces dépêches étaient

incompatibles avec les droits et les privilèges de la chambre qui ne

devaient être ni mis en question, ni définis par le secrétaire colonial.

Puisqu'un fait qui n'était pas du choix de la majorité du peuple, son

origine et sa langue, était devenu un prétexte d'injures, d'exclusion,

d'infériorité politique et de séparation de droits et d'intérêts, la

chambre en appelait à la justice du gouvernement de sa Majesté et de son

parlement et à l'honneur du peuple anglais; la majorité des habitans du

pays n'était nullement disposée à répudier aucun des avantages qu'elle

tenait de son origine et de sa descendance de la nation française, qui

sous le rapport des progrès qu'elle avait fait faire à la civilisation,

aux sciences, aux lettres et aux arts, n'avait jamais été en arrière de

la nation britannique et était aujourd'hui dans la cause de la liberté

et la science du gouvernement sa digne émule. Enfin elles finissaient

par mettre lord Aylmer en accusation, en priant les communes

d'Angleterre de soutenir les plaintes devant la chambre des lords, et

les membres indépendans des deux chambres impériales de les appuyer,

entre autres O'Connell et Hume. Elles invitaient en même temps les

libéraux canadiens à se former en comités dans toutes les parties du

pays, pour correspondre avec ces deux hommes d'état, avec M. Viger, et

avec les autres colonies en leur demandant leur appui dans des questions

qui les intéressaient toutes également.

M. Morin fut chargé d'aller remettre à M. Viger, toujours, à Londres,

les pétitions basées sur ces résolutions et destinées aux deux chambres

du parlement impérial.

Le conseil législatif, en présence de l'attitude de l'assemblée, vota

des adresses contraires aux siennes, pour prier le roi de maintenir la

constitution pure et intacte. Les marchands anglais de Québec et autres,

opposés à la politique de l'assemblée, signèrent aussi une pétition à la

couronne dans le sens de celle du conseil, dans laquelle ils observaient

qu'elle voulait donner aux Canadiens-français une supériorité sur les

autres habitans, qu'elle voulait s'emparer des terres publiques et

entraver l'émigration, que la qualification en biens immeubles exigés

des magistrats était faite pour exclure les Anglais de ce corps, que la

loi des jurés avait la même tendance, que l'assemblée avait montré une

hostilité constante au commerce, que le conseil législatif était leur

sauvegarde contre les mesures arbitraires et inconstitutionnelles des

représentans du peuple, et que M. Viger ne devait pas être considéré

comme l'agent de la population anglaise.

L'assemblée après avoir voté les appropriations nécessaires pour

l'éducation, les institutions charitables, les chemins et les

améliorations intérieures, laissant de côté la liste civile, commença à

se disperser. Le gouverneur ne la voyant plus en nombre, la prorogea en

observant que ses procédés ne lui avaient pas permis de lui communiquer

les dépêches du ministre sur les difficultés financières; que

puisqu'elle en avait appelé au parlement impérial, chaque parti devait

se soumettre à son autorité suprême, mais qu'il devait déclarer que le

langage des 92 résolutions était si contraire à l'urbanité et à la

modération bien connues des Canadiens, que ceux qui ne connaissaient pas

le véritable état des choses ne pourraient s'empêcher de croire qu'elles

ne fussent le fruit d'une excitation extraordinaire et générale; que

néanmoins quelque fussent les sentimens qui régnaient dans l'enceinte de

l'assemblée la tranquillité la plus profonde régnait au dehors.

Cette dernière observation était des plus imprudentes. C'était inviter

les membres qui avaient voté pour les 92 résolutions à prouver au

gouverneur qu'ils exprimaient les sentimens de la masse du peuple; et

c'est ce qu'ils firent en organisant partout une agitation générale qui

aboutit à l'insurrection.

CHAPITRE II

LES TROUBLES DE 1837.

1835-1837.

Effet des 92 résolutions en Angleterre.--Une partie des townsbips de

l'est se rallie à la chambre d'assemblée--Comité nommé dans les communes

sur nos affaires.--Débats--Une partie du ministère anglais résigne.--M.

Stanley est remplacé aux colonies par M. Rice et plus tard par lord

Aberdeen.--Comités de district en Canada.--Nouvelles pétitions.--Lettre

de M. Roebuck.--Nouveaux débats dans la chambre des

communes.--Dissolution du parlement canadien.--Associations

constitutionnelles.--Rapprochement entre les libéraux du Haut et du

Bas-Canada.--Le parlement s'assemble à Québec.--Nouvelle adresse à

l'Angleterre--Une nouvelle section de la majorité se détache de M.

Papineau.--Dépêches de lord, Aberdeen.--Ministère de sir Robert

Peel.--Trois commissaires envoyés en Canada.--Lord Gosford remplace lord

Aylmer.--Chambre des lords. Ouverture du parlement canadien.--Discours

de lord Gosford.--La chambre persiste dans la voie qu'elle a prise, en

votant 6 mois de subsides qui sont refusés.--Le parlement est prorogé et

convoqué de nouveau.--Les autres colonies qui devaient faire cause

commune avec le Bas-Canada l'abandonnent et acceptent les propositions

de l'Angleterre.--Rapport des commissaires.--La conduite du ministère

approuvée.--Les assemblées continuent en Canada.--Langage des

journaux.--Agitation dans les campagnes.--Bandes d'hommes armés.--M.

Papineau descend jusqu'à Kamouraska.--Opinion réelle de la masse des

habitans.--Nouvelle session du parlement aussi inutile que les

autres.--Nouvelle adresse au parlement impérial.--Magistrats et

officiers de milice destitués.--Associations secrètes à Québec et à

Montréal, où l'on résout de prendre les armes.--Démonstrations en faveur

du gouvernement.--Assemblée des six comtés.--Mandement de l'évêque de

Montréal.--Le gouvernement fait des armemens.--Troubles à

Montréal.--Mandat d'arrestation lancés.--Les troupes, battues à

St.-Denis; victorieuses à St.-Charles.--La loi martiale

proclamée.--Plusieurs membres invitent inutilement le gouverneur à

réunir immédiatement les chambres.--Affaire de

St.-Eustache.--L'insurrection supprimée.--Troubles dans le

Haut-Canada.--Résignation de lord Gosford.--Débats dans les

communes.--Les ministres promettent de soumettre l'insurrection par les

armes.

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tome IV · 第 22 / 31 段