«Le ministre des colonies s'est adressé aux sentimens de cette chambre,

pour exciter notre sympathie, non en faveur des pétitionnaires, mais en

faveur des Anglais du Canada, et dans plusieurs parties de son discours

il a fait allusion à eux. Mais je demande qu'on me montre une seule loi

passée par l'assemblée du Bas-Canada contre les colons anglais? Une loi

qui s'applique à eux séparément? Et le remède qu'on propose, c'est de

changer la représentation? et l'objet de ce changement, ce sont les

intérêts de ces 80,000 Anglais? Mais quelle influence, quel pouvoir

peuvent-ils avoir contre plus de 400,000 Canadiens, qui ont entre leurs

mains toutes les terres, toutes les propriétés du pays? Les Anglais, à

peu d'exception près, sont renfermés dans les villes, et se composent en

grande partie de marchands ou d'agens de marchands. Ce sont tous des

gens respectables je n'en doute pas; mais ne serait-ce pas la plus

grande injustice que de leur donner l'influence que les Canadiens

doivent posséder par leurs propriétés. Lorsque j'entends parler

d'enquête pour protéger les colons anglais, je ne puis m'empêcher

d'éprouver un sentiment pénible. Je suis fâché qu'on tienne un pareil

langage; et je regarderais comme un mauvais symptôme si cette chambre

était disposée à traiter une classe d'hommes comme une race privilégiée,

comme une caste dominante, placée dans nos colonies pour surveiller le

reste des habitans. Aurons-nous en Canada une colonie anglaise séparée

du reste de la population? Les Anglais formeront-ils un corps favorisé

par excellence? Auront-ils des privilèges exclusifs? Seront-ils unis

d'intérêt et de sympathie pour assurer la domination protestante? Et

donnerons-nous à ces colonies 600 ans de calamités comme nous avons

donné à l'Irlande, parcequ'il se rencontre dans ce pays une population

anglaise avec des intérêts et des sympathies anglaises? Au nom de Dieu!

n'introduisons pas un pareil fléau dans une autre région. Que notre

politique soit de donner à toutes les classes des lois équitables et une

égale justice; et qu'on ne fasse pas croire que les Canadiens nous sont

moins chers, qu'ils ont moins de droit à notre considération comme

sujets du roi, qu'ils sont moins dignes de la protection des lois que

les Anglais. La chambre doit faire attention; elle ne doit établir

aucune distinction entre ces deux classes d'hommes. S'il est de la

nature d'un gouvernement équitable de donner la plus grande portion du

pouvoir politique à ceux qui ont la plus grande portion de la propriété

et qui forment la majorité, quel droit a la minorité de se plaindre? Ce

n'est pas ce qui découle du plan de Pitt: et si la liberté civile et le

pouvoir politique ne suivent pas le grand nombre et la propriété, le

peuple ne peut plus les tenir que du bon plaisir de ses gouvernans. Je

regarde comme un symptôme dangereux la distinction des races et la

formation d'un peuple en deux classes distinctes.»

M. Hume parla aussi avec force à l'appui des plaintes des Canadiens, et

surtout de ceux du Haut-Canada qui l'avaient chargé de leurs pétitions.

Il blâma sévèrement la politique du bureau colonial. Si la seule colonie

du Canada, dit-il, portait des plaintes, on pourrait supposer qu'elle

est plus disposée que les autres à se quereller avec le gouvernement.

Mais à l'exception de la Nouvelle-Ecosse, il n'y en a pas une seule qui

ne se plaigne depuis de longues années sans obtenir de satisfaction.

Les discours des amis des Canadiens qui paraissaient fondés sur la

raison et sur la justice, firent une grande sensation.

M. Wilmot répliqua à M. Labouchère. Il prétendit que la métropole devait

se conserver le droit de taxer les colonies, surtout leur commerce, en

leur laissant le produit de la taxe. M. Stanley vint après; il maintint

que le conseil législatif devait être changé, que le gouverneur s'en

servait comme d'un écran pour se mettre à couvert, qu'il était toujours

opposé au peuple et tenait la place d'une aristocratie sans en avoir les

qualifications. On ne devait point, suivant lui, accorder de privilèges

à l'église, et il était important que les Canadiens n'eussent aucune

raison de jeter les yeux au-delà de l'étroite frontière qui les séparait

des Etats-Unis et qu'ils n'y vissent rien à envier. M. Warburton et M.

Baring s'exprimèrent dans le même sens. Les communes renvoyèrent les

affaires du Canada à un comité spécial.

En présence de l'appui que les Canadiens trouvaient dans cette chambre

et auquel on ne s'était peut-être pas attendu, leurs ennemis à Londres

commencèrent à se remuer de nouveau. Une quarantaine de marchands de

cette ville adressèrent une pétition au parlement en faveur de l'union

des deux Canadas. Quoiqu'une grande partie des signataires n'eût jamais

vu ce pays, elle fut renvoyée au comité comme les autres ainsi que celle

que l'on reçût à peu près dans le même temps contre les destitutions des

officiers de milice. Le comité interrogea sir Francis Burton, M. Grant,

les agens de la chambre d'assemblée, celui du Haut-Canada, M. Ryerson,

M. Gale, M. Ellice, M. Wilmot et quelques marchands. Une partie des

témoignages eut rapport à la question des subsides. Il envisagea cette

question d'un point de vue élevé, et laissa percer aussi que l'horizon

qu'on apercevait pourrait s'élargir encore et qu'il fallait tout

préparer pour aller plus loin lorsque le temps viendrait d'augmenter de

nouveau les libertés canadiennes; du moins c'est ce que l'on doit

conclure de quelques passages.

Il rapporta que dans l'état des esprits il n'était pas prêt à

recommander l'union des deux Canadas, mais que les dispositions

déclaratoires de l'acte des tenures touchant les concessions en franc et

commun soccage, devaient être maintenues en introduisant les hypothèques

spéciales et les lois d'aliénation du Haut-Canada; que l'on devait

donner aussi la faculté de changer la tenure seigneuriale, et d'établir

des cours de circuit dans les townships pour les causes concernant les

terres soccagères. Il était fermement d'opinion que les Canadiens

devaient demeurer dans la paisible jouissance de leur religion, de leurs

lois et de leurs privilèges tels que toutes ces choses leur avaient été

garanties par le parlement, et que lorsqu'ils désireraient avoir de

nouvelles seigneuries on leur en accordât; qu'il pourrait être

avantageux d'augmenter la représentation sur la base adoptée pour le

Haut-Canada; que le pouvoir de confiscation pourrait être exercé pour

remédier aux abus et faire remettre dans le domaine de la couronne les

terres restées incultes pour les vendre à d'autres; que l'on pourrait

aussi lever une légère taxe sur les terres non défrichées ni occupées;

qu'il serait avantageux de mettre à la disposition de l'assemblée tous

les revenus de la province, sauf le revenu héréditaire et territorial,

et de conserver à la couronne le pouvoir de destituer les juges.

Il regrettait qu'on n'eût pas informé le parlement impérial de

l'appropriation des revenus du Canada sans le consentement de ses

représentans. Quant à la défalcation de M. Caldwell, il fallait prendre

à l'avenir les mesures nécessaires pour se mettre en garde contre les

détournemens du receveur-général et des shériffs. Les biens des jésuites

devaient être appropriés à l'éducation. Le conseil législatif devait

être rendu plus indépendant, de manière à le lier plus intimement

d'intérêts avec le peuple. Les juges ne devaient point prendre part aux

discussions politiques dans le conseil législatif ni avoir de siège dans

le conseil exécutif. Enfin on devait borner les changemens à faire à la

constitution de 91 à l'abandon à la législature locale de toutes les

affaires intérieures et ne faire intervenir le parlement impérial que

lorsque son autorité suprême serait nécessaire.

Quant au partage des droits de douane entre le Haut et le Bas-Canada, il

était désirable, suivant lui, de régler cette affaire d'une manière

amicale et permanente. Les terres de la couronne et du clergé devaient

être vendues à la condition expresse du défrichement, et leur prix

approprié au maintien des églises de toutes les sectes protestantes, eu

égard à leur nombre si le gouvernement le jugeait convenable. La

constitution de l'université du Haut-Canada devait être changée et le

serment religieux aboli. La loi du jury devait être perfectionnée. On

devait permettre aux deux Canadas d'avoir chacun un agent à Londres

comme les autres colonies. S'il y avait des défauts sérieux dans les

lois ou dans la constitution de ces deux provinces, les difficultés

actuelles provenaient principalement d'une mauvaise administration.

Malgré les perfectionnemens et les suggestions qu'il proposait, sans un

système constitutionnel impartial et conciliation on ne devait pas

attendre de repos. Enfin quant à la conduite de lord Dalhousie lui-même

depuis le départ des agens touchant la destitution des officiers de

milice et les poursuites pour libelle à l'instance du procureur-général,

le comité ne pouvait s'empêcher d'appeler l'attention du gouvernement

sur la pétition qui les concernait et de l'engager à faire faire une

enquête sévère en donnant les instructions que demandaient la justice et

la saine politique.

Ce document dressé avec beaucoup de précaution permettait ou plutôt

laissait entrevoir beaucoup plus de concessions qu'il n'en accordait

réellement. On y voyait évidemment un désir de satisfaire tout le monde;

mais la chose était fort difficile sinon impossible. On voulait

conserver la prépondérance au parti anglais quoiqu'il fut dans une

immense minorité et satisfaire en même temps les plaintes les plus

justes des Canadiens. Le comité se montrait fort libéral en parole; mais

toutes faibles qu'étaient ses concessions, elles ne furent pas même

sanctionnées par les communes. Le rapport ne fut ni adopté ni rejeté. Le

nouveau ministre, sir George Murray, qui venait de remplacer M.

Huskisson, promit d'en suivre les recommandations quand la chose serait

possible. Ainsi tout en reconnaissant la réalité des griefs du peuple

par des paroles qui ne liaient point le ministère, la métropole ne

prenait aucun engagement solennel de les redresser, abandonnant ce soin

à la discrétion du bureau colonial, dont les sympathies allaient être,

sous des paroles plus douces et plus réservées, plus hostiles que

jamais.

Dans une entrevue des agens canadiens avec sir George Murray quelques

jours après, ce ministre leur dit qu'il regrettait de voir que lord

Dalhousie eût perdu la confiance du Canada, colonie si importante pour

l'Angleterre; mais qu'il pouvait les assurer que l'on allait prendre des

mesures pour faire cesser les difficultés qui troublaient le pays depuis

si longtemps. Pour rendre le rétablissement de la paix plus facile, lord

Dalhousie fut rappelé et nommé au commandement des Indes en remplacement

de lord Combermere. Sa retraite était d'autant plus nécessaire que sa

popularité était complètement perdue. Il n'aurait pu la reconquérir sans

suivre une politique diamétralement opposée à celle qu'il avait tenue

jusque-là, ce qui aurait rendu son administration méprisable. Ses rares

partisans lui présentèrent une adresse louangeuse, et il partit chargé

de l'imprécation des masses, imprécation due moins à son caractère qu'au

vice du système qu'il avait trouvé établi et qu'il avait suivi avec plus

de zèle que de sagesse et de justice.

Sir James Kempt, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, vint le

remplacer. C'était un homme plus réservé et plus adroit, qui dès son

début voulut marcher sans faire alliance avec aucun parti et qui, comme

tous les nouveaux gouverneurs, prit le timon de l'état entouré de

l'espérance que donne toute nouvelle administration. Ainsi se termina la

nouvelle phase, la nouvelle secousse qui venait d'exposer pour la

seconde fois le vaisseau mal conduit de l'état. Tandis que l'agitation

et la discorde divisaient encore les chefs, qui débattaient sur les

moyens de le gouverner pour l'avantage du plus grand nombre, il suivait

toujours sa route sur les flots du temps et s'élevait dans l'échelle des

peuples.

Le parlement impérial en laissant en suspend le rapport du comité,

abandonna, comme on l'a dit, la réparation des abus au bureau colonial

lui-même, c'est-à-dire que rien n'était réglé et que les dissensions

allaient bientôt reprendre leur cours. En effet, malgré les censures du

comité, il y a lieu de croire que le ministère serait sorti victorieux

de la lutte si on eût été aux voix et qu'il aurait eu pour lui une

grande majorité. C'est ce résultat presque certain qui empêcha les amis

des Canadiens d'insister davantage. Ils préférèrent sagement de s'en

tenir aux promesses des ministres quelques vagues qu'elles fussent que

de s'exposer à tout perdre Car si la lutte eut été poussée à outrance,

le premier discours de M. Huskisson annonçait déjà assez qu'il en aurait

fait une question nationale, une question de race, et devant les

préjugés anglais les Canadiens français auraient été sacrifiés sans

hésitation.

LIVRE SEIZIÈME.

CHAPITRE I.

LES 92 RÉSOLUTIONS.

1829-1834.

Espoir trompeur que le rapport pu comité de la chambre des communes fait

naître en Canada.--Instructions de sir James Kempt.--la presse

canadienne devient plus modérée.--Ouverture des chambres.--Décision des

ministres sur la question des subsides et autres points mineurs.--Les

espérances de l'assemblée s'évanouissent.--Résolutions qu'elle

adopte.--Nouvelles adresses à l'Angleterre.--Travaux de la

session.--Session de 1830.--Réponse des ministres aux dernières

adresses.--Résolutions sur les ordonnances de milice et les

subsides.--Conseils législatif et exécutif.--Opinion de sir James Kempt

à leur sujet.--Sensation qu'elle produit.--Assemblée de

St.-Charles.--Sir James Kempt, qui a demandé son rappel, est remplacé

par lord Aylmer.--Le procureur-général Stuart suspendu.--Concessions et

réformes proposées par lord Goderich.--Appel nominal de la

chambre.--Elles sont refusées.--Faute de l'assemblée en cette

occasion.--Lord Aylmer très affecté.--Les juges Kerr et Fletcher

accusés.--Le Parlement impérial change l'acte constitutionnel pour

abandonner tous les revenus du Canada au contrôle de sa

législature.--Session de 1831-2.--Nouvelles dépêches de lord

Goderich.--Indépendance des juges.--Terres de la couronne et réserves du

clergé.--Bureau des postes.--Fin de la session.--Regret de lord Aylmer

de voir les concessions de lord Goderich si mal accueillies.--Emeute du

21 mai à Montréal--Le choléra en Canada: ses terribles

ravages.--Assemblée des Canadiens à St.-Charles, des Anglais à

Montréal.--Réponse des ministres touchant le juge Kerr et l'indépendance

des juges.--Retour des ministres à une politique rétrograde.--Adresse au

roi pour le prier de rendre le conseil législatif électif.--Résolutions

contre l'annexion de Montréal au Haut-Canada.--Le procureur-général

Stuart et le juge Kerr destitués.--Adresse du conseil législatif au

roi,--Double vote de son président.--Townships de l'est.--Session de

1834.--Dépêches de lord Stanley sur divers sujets.--Considération de

l'état de la province.--Les 92 résolutions.--Lord Aylmer

accusé.--Adresse du conseil législatif.--Prorogation.

Le rapport fait à la chambre des communes sur le Canada ne décidant

rien, n'ayant pas même été adopté, l'on devait s'attendre que les

divisions allaient continuer plus vives et plus ardentes que jamais.

Beaucoup de personnes espéraient que la politique métropolitaine allait

changer et qu'il y aurait plus de justice et d'impartialité pour la

population française; que les abus et les défectuosités de

l'administration seraient corrigés et qu'enfin tous les moyens seraient

pris pour rétablir l'harmonie et la concorde entre les trois grands

pouvoirs de l'état. Mais c'était une illusion. Les ministres ne

voulaient faire aucune réforme, aucune concession réelle. La minorité

anglaise conserverait toujours tous les départemens de l'exécutif et, au

moyen des deux conseils, un pouvoir législatif égal à la majorité

française représentée par l'assemblée, et entre ces deux corps en

opposition, ils comptaient exercer eux-mêmes le pouvoir comme ils

l'entendaient par l'intermédiaire du gouverneur.

Sir James Kempt reçut des instructions particulières. Il devait

dissimuler son rôle et paraître conserver une parfaite impartialité

entre les deux partis, sans laisser abattre le conseil, qui servait de

barrière contre les prétentions de la branche populaire. Il s'acquitta

de cette tâche avec une grande adresse, et se retira lorsqu'il vit le

moment arriver où de vaines paroles ne seraient plus suffisantes. En

prenant les rênes du pouvoir, il porta les yeux sur la presse, dont les

emportemens n'avaient plus de bornes, la presse officielle surtout. Plus

réservée dans tous les pays que celle de l'opposition, elle l'était

d'autant moins en Canada qu'elle paraissait inspirée et payée par le

pouvoir. Sir James Kempt donna ses ordres et son ton devint bientôt plus

modéré. Il fit abandonner aussi les procès politiques qu'avait ordonnés

son prédécesseur, en en faisant rapport aux ministres, suivant ses

instructions. La presse libérale écoutant les conseils des agens revenus

de Londres et les chefs de l'assemblée se turent aussi. Le parlement

anglais et le ministère, disait le _Spectateur_, ont montré pour les

habitans de ce pays de la bienveillance, de la justice et de la

conciliation, et nous devons les imiter. Il n'y eut que la presse

anglaise de Montréal qui, moins soumise au contrôle immédiat de

l'exécutif, et moins initiée aux secrets du château, voulût persister

dans son intempérance de langage, dont l'excès du reste portait son

contrepoison avec lui aux yeux des hommes calmes et sensés.

Tout le monde attendait avec impatience l'ouverture des chambres pour

voir la décision de la métropole sur les questions qui avaient tant

troublé le pays. Les uns croyaient que pleine justice serait rendue, les

autres que les concessions seraient purement nominales. La législature

s'assembla à la fin de 1828. Le gouverneur approuva le choix de M.

Papineau pour la présidence de l'assemblée, et adressa un discours aux

chambres dans lequel il chercha à les convaincre du vif désir des

ministres de faire cesser les difficultés existantes, et qu'il n'était

lui-même que leur interprète dans l'occasion présente. «Le gouvernement

de sa Majesté m'a déchargé, dit-il, de la responsabilité attachée à

aucune des mesures nécessaires pour l'ajustement des difficultés

fiscales qui se sont malheureusement élevées, et je saisirai une

occasion prochaine pour vous transmettre par message une communication

de la part de sa Majesté, qu'elle m'a spécialement ordonné de vous faire

relativement à l'appropriation du revenu provincial. Il sera en même

temps de mon devoir de vous exposer les vues du gouvernement de cette

province sur lesquelles l'attention des ministres de la couronne a été

appelée: vous y découvrirez les preuves du désir le plus sincère qu'a le

gouvernement de sa Majesté d'appliquer, autant qu'il sera praticable, un

remède efficace à tous les griefs réels.»

Ce discours que l'on dit avoir été envoyé tout fait d'Angleterre, à part

de la recommandation de l'oubli des jalousies et des dissensions

passées, ne renfermait pas grand'chose. Les deux chambres observèrent la

même réserve dans leurs réponses, excepté l'assemblée sur un point. Elle

se crut obligée de protester contre l'acte illégal et arbitraire de

l'exécutif qui s'était passé l'année précédente de la législature et

avait employé les deniers publics sans appropriation. Sept jours après

elle reçut le message annonçant la décision de la métropole sur les

subsides et sur quelques autres points mineurs. Après quelques

observations générales sur la loyauté des Canadiens et le retour de

l'harmonie, le gouverneur l'informait que les discussions qui avaient eu

lieu au sujet de l'appropriation du revenu, avaient attiré l'attention

du roi, qui avait fait étudier la question pour la régler d'une manière

définitive en ayant égard aux prérogatives de sa couronne et aux droits

de son peuple. Tant que le revenu approprié par le parlement impérial

n'aurait pas été mis par le même parlement sous le contrôle de la

province, il devait rester à la disposition de la couronne. Ce revenu

ajouté à ceux provenant d'appropriations provinciales, et aux £3 à 4000

du revenu casuel et territorial, formait un grand total de £38,000 qui

se trouvait à la disposition permanente du gouvernement. Après le

payement du salaire du gouverneur et des juges, on était prêt à garder

le reste entre ses mains jusqu'à ce que l'assemblée eût fait connaître

ses vues sur la manière la plus avantageuse de l'employer. On espérait

que cette proposition serait agréée, mais en tout cas l'Angleterre avait

déjà un projet pour régler la question financière d'une manière

permanente. Quant à l'insuffisance des garanties données par le

receveur-général et les shériffs, le gouvernement impérial se tiendrait

responsable des deniers qu'ils pourraient verser entre les mains de son

commissaire de l'armée. Il approuverait aussi avec plaisir tout plan

équitable adopté par les deux Canadas pour le partage des droits de

douane perçus à Québec. Enfin il pensait que les terres incultes

devaient être taxées et que l'on devait établir des bureaux

d'enregistrement.

Voilà à quoi se bornaient les réformes. Après avoir mis de côté ce qu'il

fallait pour payer le gouverneur et les juges, la chambre pourrait être

entendue sur la manière d'employer le reste de cette portion du revenu

mise à la disposition de l'exécutif par les actes impériaux, pourvu

qu'elle voulût l'appliquer au service public sans blesser les intérêts

ni diminuer l'efficacité du gouvernement. Or pour ne pas diminuer

l'efficacité du pouvoir, c'était une appropriation permanente qu'il

fallait sous une autre forme, et c'était justement pour rendre le

pouvoir moins indépendant d'eux que les représentans faisaient tant

d'efforts pour faire tomber ce revenu sous leur suffrage annuel. Puis la

métropole avait un projet financier sur le métier, qu'était-il?

C'étaient les élus des contribuables qui devaient régler cette question

et non le bureau colonial, qui était indépendant d'eux et inspiré par

des sentimens qu'ils connaissaient pour leur être plus hostiles que

jamais. Toutes ces explications, toutes ces suggestions étaient

parfaitement illusoires. Aussi l'assemblée après avoir renvoyé le

message à un comité spécial, vit-elle toutes ses espérances s'évanouir

successivement comme un beau rêve.

Lorsque le comité présenta son rapport, elle l'adopta presque à

l'unanimité. Il fut résolu qu'elle ne devait en aucun cas abandonner son

contrôle sur la recette et la dépense de la totalité du revenu public;

que l'intervention du parlement impérial où le Canada n'était pas

représenté, n'était admissible que pour révoquer les statuts contraires

aux droits des Canadiens; que cette intervention dans les affaires

intérieures ne pouvait qu'aggraver le mal; que la chambre pour seconder

les intentions bienveillantes du roi, prendrait en considération

l'estimation des dépenses de l'an prochain, et lorsqu'il aurait été

conclu un arrangement final elle rendrait le gouverneur, les juges et

les conseillers exécutifs indépendans de son vote annuel. Elle ajouta

qu'elle passerait un bill d'indemnité pour les dépenses faites après les

avoir examinées; qu'elle n'avait reçu aucune plainte touchant le partage

des droits de douane entre les deux Canadas; qu'elle concourrait avec

plaisir à toute mesure touchant les townships, et que le règlement des

points suivans était essentiel à la paix et au bonheur du pays:

1. Indépendance des juges et leur isolement de la politique.

2. Responsabilité et comptabilité des fonctionnaires.

3. Conseil législatif plus indépendant du revenu et plus lié aux

intérêts du pays.

4. Biens des jésuites appliqués à l'éducation.

5. Obstacles à l'établissement des terres levés.

6. Redressement des abus après investigation.

Ces résolutions prirent la forme d'adresses au parlement impérial, que

le gouverneur transmit à Londres.

Le conseil rescindait en même temps, à la suggestion de sir James Kempt

sans doute, sa résolution de 1821, de ne prendre en considération aucun

bill s'il n'était d'une certaine façon.

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tome IV · 第 19 / 31 段