1830-1831
SOMMAIRE.--Mes efforts pour faire entreprendre l'expédition
d'Alger.--Mes relations avec le général Bourmont et avec les autres
membres du ministère.--Déloyauté de Bourmont.--Plaisanterie de mauvais
goût du Dauphin.--Déceptions diverses.--Caractère du
Dauphin.--Ordonnances du 25 juillet 1830.--Ordre de me rendre à
Paris.--Occupation militaire de Paris.--27, 28, 29 juillet.--Je remets
le commandement à M. le Dauphin.--Situation d'esprit du roi.--Discussion
sur les opérations de Paris.--Discussion avec M. le Dauphin sur le
retrait des ordonnances.--Je fais un ordre du jour pour retenir les
troupes sous les drapeaux.--Scène violente du Dauphin.--Retraite du
roi.--Il arrive à Rambouillet.--Événement de Trappes--Je conseille au
roi l'abdication en faveur du duc de Bordeaux.--Arrivée des commissaire
auprès du roi.--Ils retournent à Paris.--Arrivée des colonnes
parisiennes.--Les commissaires sont introduits près du roi.--Départ de
Rambouillet.--Changement de résolution du roi.--Retraite sur
Cherbourg.--Voyage du roi.--Son embarquement à Cherbourg.--Appréciation
du ministère Villèle.--Des fautes qui ont amené la révolution de
1830.--Londres.--Je passe en Hollande, puis à Vienne.--Le prince de
Metternich.--Anecdote sur le duc d'Orléans.--Anecdote sur Eugène
Beauharnais.--L'empereur d'Autriche et sa famille.--La Société de
Vienne.--Le gouvernement autrichien.--Nos travaux.--Je rencontre le duc
de Reichstadt.--Conversation.--Mes rapports intimes avec ce prince.--Son
intelligence.--Son opinion sur sa position.--Mes récits des campagnes de
son père.--Ses adieux.--Sa maladie.--Sa mort.--Portrait du duc de
Reichstadt.--Voyage en Hongrie.--Lintz.--Ichll.--Salzbourg. Travaux de
la route entre la vallée du Rhin et celle du Pô.--La Suisse en
1833.--Îles Borromées.--Côme.--Milan.--Arc de triomphe.--Champ de
bataille de 1796.--Monument élevé par
Eugène.--Vérone.--Venise.--Question d'Orient.--Solution possible, où la
France aurait sa légitime part.
Huit mois d'un doux loisir s'étaient écoulés à la campagne. J'avais
retrouvé dans la délicieuse habitation du général de Damrémont une vie
d'intérieur, une vie de famille qui m'était inconnue depuis longtemps,
un bien-être et un calme tout nouveaux pour moi. Livré à la rédaction de
ces _Mémoires_, nourrissant mon esprit des plus beaux souvenirs, le
passé se présentait à moi sous des couleurs brillantes. Le moment de
quitter cette douce existence était venu, et, vers le 15 janvier, à mon
grand regret, je rentrai à Paris.
On se rappelle que, depuis le commencement des hostilités avec Alger, le
rêve de ma vie avait été de commander l'expédition qui, tôt ou tard,
serait dirigée contre cette ville. Les diverses administrations avaient
semblé consacrer en principe que moi seul je pouvais être chargé de
cette opération. Aussi je m'étais regardé constamment comme ayant des
droits acquis et comme le général désigné de cette expédition future.
Effectivement, je paraissais remplir mieux qu'un autre les conditions
exigées. Le grade de maréchal était jugé nécessaire pour un commandement
de cette nature, se composant de trente mille hommes de troupes de
terre, se compliquant de marine et devant s'exercer au loin. Les grades
n'ont pas été imaginés pour le plaisir de ceux qui en sont revêtus, mais
faits pour établir les commandements et assurer l'obéissance. En temps
de paix, dans les circonstances ordinaires, rien n'est plus facile à un
général que de se faire obéir; mais, au milieu des obstacles et des
complications de la guerre, rien n'est si difficile. Quand les dangers,
les passions, les souffrances, agissent sur les hommes, tout les arrête,
tout devient cause ou prétexte de résistance. Le chef doit être le plus
grand possible pour avoir plus de chances de tout surmonter. Il lui faut
l'autorité du grade, qui lui donne d'une manière constante une
supériorité sociale; il doit y ajouter l'autorité du caractère, celle de
l'opinion de sa capacité, fondée sur ses actions antérieures, et celle
de son crédit. Alors, s'il ne rencontre pas des obstacles réellement
supérieurs aux forces humaines, il réussira là où eût échoué un autre
général auquel aurait manqué quelques-uns de ces moyens d'action. C'est
ce qui fait que, à égalité de talents, de bravoure et de caractère, une
naissance illustre est encore un avantage, et qu'un général d'un sang
royal doit être préféré à tout autre.
Ce raisonnement, pris dans la nature même des choses, dans la
connaissance du coeur humain et dans l'expérience des conditions et des
nécessités de la guerre, suffisait pour démontrer que, pour le
commandement de l'expédition d'Alger, un maréchal devait être préféré à
un simple lieutenant général, qui n'apporterait ni l'autorité du grade
ni celle de la réputation, et dont le devoir, au milieu des difficultés
d'une guerre d'une nature nouvelle, serait de prononcer souverainement,
et au delà des mers, sur ses égaux.
Plusieurs circonstances militaient encore en ma faveur et me désignaient
particulièrement parmi les maréchaux: j'étais le seul qui eût fait la
guerre d'Égypte. Or la guerre qu'on méditait était de même nature.
J'avais été en outre longtemps en rapport avec les musulmans, et je
connaissais leurs moeurs. Il était question d'un siége, et j'avais
parcouru la première partie de ma carrière dans le service de
l'artillerie. Enfin ma position politique devait inspirer toute
confiance. Tout semblait donc me promettre qu'aucun changement ne serait
apporté aux résolutions antérieurement prises, et tout semblait me
garantir la réalisation de mes espérances.
À l'époque funeste où M. de Bourmont fut nommé ministre de la guerre,
j'abordai cette question avec lui. Je lui fis part des promesses faites
par le roi, de mes désirs et de ce que je croyais pouvoir appeler mes
droits. Je réclamai son concours et son appui. Il me promit l'un et
l'autre. Je lui parlai franchement de ce qui lui était personnel. Il me
déclara formellement, m'en déduisant les raisons, qu'il ne pensait pas
et ne pouvait penser pour lui à ce commandement. Il ne voyait que moi,
disait-il, qui pût en être chargé.
Je le remerciai, mais je lui répondis que je prenais cette déclaration
pour une politesse, et j'ajoutai qu'il me paraissait tout simple qu'un
ministre lieutenant général profitât de son crédit pour arriver à un
commandement dont le bâton de maréchal de France paraissait devoir être
la conséquence. Il persista dans ses dénégations, il renouvela ses
assurances, et avec des expressions telles, que je ne pouvais pas
raisonnablement douter de sa sincérité. Cette persuasion redoubla mon
zèle pour faire entreprendre l'expédition.
De temps à autre M. de Bourmont m'entretenait de ses projets relatifs à
l'expédition. Il demanda à me communiquer le mémoire qu'il avait fait
pour démontrer la nécessité de son exécution et en développer les
moyens. Je me rendis chez lui suivant ses désirs. Nous consacrâmes trois
heures à discuter son travail. En général, il me parut bon et mériter
d'être adopté, sauf quelques légères modifications. Mais les choses
n'avançaient pas, et cela par une première raison: c'est que M. de
Bourmont est par sa nature d'une lenteur inouïe; le temps s'écoule avec
lui sans emploi utile; il semble n'en pas connaître le prix. Aussi les
jours se succédaient sans qu'il fît aucune proposition sérieuse, et
cependant on avait toujours reconnu deux choses sur lesquelles tout le
monde était d'accord: que quatre mois au moins étaient nécessaires pour
les préparatifs, et que l'époque la plus favorable pour entreprendre
l'expédition était le commencement du mois de mai.
La fin de l'année approchait, mais je pressais fréquemment le ministre
de la guerre pour le décider à entrer en matière avec ses collègues, et
toujours inutilement. Il hésitait à élever sérieusement cette question
d'Alger, à laquelle il savait M. le Dauphin contraire.
Un jour, vers la fin de décembre, ayant été chez lui, il me prit à part
et me dit: «Notre affaire va mal; la marine ne veut pas de l'expédition
et présente obstacles sur obstacles. Elle prétend qu'il est trop tard
pour y penser cette année.--Mais l'amiral Mackau y est favorable,
faites-le venir, endoctrinez-le et mettez-le en avant.--Lui-même,
répondit-il, adopte l'opinion manifestée par son ministre.--Je le
verrai, répliquai-je, je ne conçois rien à ce changement de langage,
car, il n'y a pas longtemps, il m'a parlé tout autrement.»
Là-dessus je quittai le ministre. J'écrivis un petit mot à M. de Mackau,
et il vint chez moi. Il me dit ces propres paroles: «Jamais M. de
Bourmont ne nous a parlé de l'expédition d'une manière ni sérieuse ni
officielle. Étant à dîner avec lui chez le ministre de Suède, au moment
du café, il nous réunit, le ministre de la marine et moi, dans un coin
du salon et nous parla vaguement de l'expédition. Nous lui répondîmes
qu'il semblait rester peu de temps d'ici au printemps pour les
préparatifs; qu'aucune disposition première n'ayant été prise, avant que
tout ne fût en train, si on s'y résolvait, il s'écoulerait un temps bien
précieux.--Après dix minutes de conversation sur ce ton, ajouta-t-il,
nous nous séparâmes sans que rien n'annonçât l'intention de traiter cet
objet de nouveau.»
Je fus étonné, comme on le suppose, de cette explication, et la
conclusion entre M. de Mackau et moi fut que M. de Bourmont, ni
personne, hors moi, ne voulait de l'expédition. C'était un leurre, un
aliment pour l'opinion publique, mais il n'y avait aucun projet réel.
M. de Polignac avait eu l'étrange pensée de faire vider notre querelle
avec le dey d'Alger par le pacha d'Égypte, et de charger celui-ci de le
mettre à la raison au moyen d'un subside. L'idée était folle. Jamais le
pacha d'Égypte, placé à une si grande distance d'Alger, dépourvu alors
de moyens en matériel régulièrement construits, et d'un personnel
instruit, en rapport avec les besoins d'un siége, n'aurait pu réussir
dans une pareille entreprise. C'était M. Drovetti, consul de France,
lié d'intérêt avec le pacha, auquel il aurait fait gagner de l'argent
qu'il aurait partagé sans doute avec lui, qui avait suggéré cette idée
bizarre. M. de Polignac l'adopta. Un aide de camp du général
Guilleminot, nommé Huder, fut chargé de la négociation et envoyé à cet
effet à Alexandrie.
Bourmont m'en avait prévenu dans le temps, et, comme moi, il trouvait la
chose extravagante. Huder était venu prendre ses ordres. Il lui avait
parlé longuement et l'avait convaincu, me dit-il, des inconvénients de
ce projet. Il lui avait recommandé spécialement de faire sentir au pacha
les immenses difficultés de son exécution. Pour encourager cet envoyé
dans cette marche, opposée au but apparent de sa mission, il lui avait
donné d'avance la décoration de la Légion d'honneur.
Mais Méhémet-Ali, qui avait vu de bons millions à prendre et à garder,
car il en aurait été quitte pour une petite démonstration, endoctriné
d'ailleurs par Drovetti, avait accepté toutes les propositions, et
renvoyé M. Huder avec une réponse favorable.
Celui-ci étant arrivé au lazaret, Drovetti partit pour Toulon, afin de
conférer avec lui et de hâter l'accomplissement de ses désirs. On était
au 15 janvier, époque où, de retour de la campagne, j'étais établi pour
le reste de l'hiver à Paris. À mon arrivée, étant allé, suivant
l'usage, voir les divers ministres au jour de leur réception, celui de
la marine me parla vaguement d'Alger, ensuite me prit à part, et me dit:
«Monsieur le maréchal, vous avez beaucoup réfléchi sur cette opération,
je voudrais avoir l'occasion d'en causer avec vous d'une manière un peu
suivie et connaître votre opinion sur les moyens de son exécution.» Je
lui dis que j'étais à ses ordres, et lui offris de venir dès le
lendemain chez lui. Le rendez-vous pris, nous décidâmes d'y appeler M.
de Mackau.
Dans cette conférence, où tous les projets faits par diverses
commissions mixtes de terre et de mer furent lus, je démontrai à M.
d'Haussez qu'il y avait beaucoup d'exagération dans les demandes, en
prenant pour point de comparaison l'expédition d'Égypte, et en profitant
des diverses circonstances aujourd'hui en notre faveur. Je prouvai qu'il
ne fallait ni le nombre de bâtiments demandé, ni le nombre de chevaux,
ni, par conséquent, le temps indiqué comme nécessaire pour les
préparatifs. Cette conférence fit impression sur M. d'Haussez; mais,
tout à fait nouveau dans l'administration de la marine, et forcé pour
ainsi dire de s'en rapporter à ses bureaux et aux amiraux qui, en
général, étaient contraires à l'expédition, il hésitait encore dans
l'opinion qu'il devait adopter.
Je prévins M. de Bourmont de cette conférence, en l'engageant à chercher
à en tirer parti. Il me le promit, quoiqu'il me parût sans aucun espoir.
Les choses restèrent quelques jours dans cet état. Nous étions arrivés à
la fin de janvier. Encore quinze jours, et il n'y avait aucune
possibilité de rien entreprendre cette année. La conclusion de ce traité
ridicule avec le pacha d'Égypte paraissait devoir être immédiate, et
j'en gémissais à tous les titres.
J'avais souvent entretenu M. de Chabrol de mes désirs et de mes
espérances personnelles, lorsque, faisant partie du ministère Villèle
comme ministre de la marine, il avait participé à la résolution prise à
cette époque de me confier le commandement quand l'expédition aurait
lieu. Continuant à m'être favorable, je lui en reparlai de nouveau aux
Tuileries, le dimanche 31 janvier, et l'informai de la conférence que
j'avais eue avec M. d'Haussez. Il me dit:
«En avez-vous parlé à M. de Polignac?
--Non, lui dis-je.
--Je vous engage, répliqua-t-il, à le faire; cela est indispensable pour
le succès.»
À l'instant même je m'adressai à M. de Polignac, qui, étant souffrant ce
jour-là, venait seulement d'entrer dans le cabinet du conseil, et je lui
fis la demande d'un rendez-vous. C'était la première fois de ma vie que
j'allais l'entretenir d'une affaire importante et me rendre chez lui
pour autre chose que pour lui faire une simple politesse. Il fixa notre
entretien au lendemain lundi, 1er février, à midi.
J'entrai immédiatement en matière, en lui demandant pardon d'aborder de
moi-même des questions de politique et d'État que je n'étais pas appelé
à traiter; mais j'ajoutai: «Les circonstances de ma vie, les
connaissances qui en résultent, seront mon excuse.» Je lui dis ensuite:
«Le bruit public, prince, est généralement répandu que le gouvernement
est dans l'intention de charger, au moyen d'un traité et de subsides, le
pacha d'Égypte de venger notre querelle avec Alger, et d'obtenir pour
nous satisfaction. Je suis autorisé à penser, si ces bruits sont fondés,
que votre but ne sera pas atteint. Le pacha d'Égypte peut vous faire
telles promesses qu'il voudra, mais il est hors de sa puissance de les
tenir. Où est l'artillerie de siége qui lui est nécessaire? où sont ses
canonniers, ses sapeurs, ses officiers du génie, etc.? Une opération de
cette nature, aussi compliquée, est au-dessus des facultés des Turcs,
par les difficultés naturelles qu'elle présente et l'ensemble qu'elle
exige.
--Mais, répondit-il, son armée viendra par terre et son matériel par
mer.
--Mais, prince, il y a cinq cents lieues de distance d'Alexandrie à
Alger; il y a des déserts à traverser, il y a des régences à vaincre,
des tribus d'Arabes à subjuguer ou à séduire. La conquête de l'Asie par
Alexandre était plus facile à exécuter que celle de la côte d'Afrique
par Méhémet-Ali. Je suppose même non la conquête, mais une révolution en
sa faveur, ce que tant d'intérêts opposés rendent impossible, aurait-il
des myriades d'Arabes à ses ordres, les sept ou huit mille Turcs qui
sont dans Alger s'y défendraient avec succès.
--Mais la place d'Alger n'est pas forte par terre.
--Elle est imprenable pour des gens qui n'ont pas de canons ou qui n'ont
qu'une mauvaise artillerie mal servie. À la guerre, comme presque
partout ailleurs, rien n'est absolu, tout est relatif. Là où les moyens
d'attaque sont nuls, les moyens de défense sont faciles. Contre une
armée munie d'une mauvaise artillerie, de simples murailles sont
imprenables, tandis que Metz et Lille doivent succomber au bout d'un
temps donné devant les moyens que l'art de la guerre et le développement
des connaissances actuelles permettent de consacrer aujourd'hui au siége
des places.
--Mais la France pourrait fournir sa marine, les canonniers, les
officiers du génie, etc., etc.
--Oubliez-vous, prince, que l'armée protectrice qui tient la campagne
est toujours le principal, que l'artillerie, malgré sa haute importance
dans cette circonstance, n'est qu'accessoire? Ses opérations, quoique
spéciales, sont cependant subordonnées. Eh bien, la mettrez-vous sous
les ordres du pacha, et les troupes du roi de France seront-elles
réduites à être les auxiliaires d'un barbare ignorant? Leur sûreté
dépendra-t-elle de ses dispositions? Cela présenterait un scandale
capable de révolter l'armée entière. Il n'y a qu'une manière raisonnable
d'envisager la question: c'est de faire faire l'expédition par une armée
française, munie de tous ses moyens; et, si l'on veut y faire participer
le pacha d'Égypte, employer un corps de ses troupes comme auxiliaires.
Il faut retourner la question: agir avec une armée française sous le
commandement d'un Français, et y réunir un détachement d'Égyptiens.
Comme cela je comprends l'opération; comme cela je vois dans le concours
des Turcs une certaine utilité. Les opérations véritables sont faites
par l'armée. Les obstacles réels, c'est elle qui les surmonte, tandis
que le corps turc prouve, par sa présence, aux habitants de l'intérieur,
que nous ne faisons pas une guerre de religion. Des turbans aux
avant-postes doivent désarmer tous les Maures, laisser la milice turque
isolée et ainsi abandonnée à la haine dont partout elle est l'objet.
Tout autre système, croyez-moi, est pure illusion et n'aurait pas
d'autre résultat que d'enrichir le pacha et de nous rendre la fable de
l'Europe.»
M. de Polignac se rabattit sur l'impossibilité de rien entreprendre
cette année, eu égard à l'époque à laquelle on était arrivé et les
moyens immenses nécessaires à rassembler. Alors je lui fis voir qu'en ne
perdant pas un moment il était encore temps. On pourrait réduire sans
inconvénient les demandes qu'on avait faites, et qui étaient
véritablement exagérées; je choisis pour exemple les dispositions prises
lors de l'expédition d'Égypte. Je traitai à fond la question des moyens
d'exécution. Après quelques moments de réflexion, le prince me dit:
«Monsieur le maréchal, vous venez de changer toutes mes idées, et la
manière dont vous avez envisagé les choses est toute nouvelle pour moi.
Je vous demande d'y réfléchir et de vous en reparler.»
Le premier résultat de cet entretien fut l'abandon immédiat du projet de
Drovetti. On y substitua quelque chose d'analogue à ce que j'avais
indiqué à M. de Polignac. M. de Langsdorf, attaché d'ambassade, qui se
trouvait alors à Paris, fut envoyé sur-le-champ à Alexandrie pour rompre
à tout prix la négociation entamée avec Méhémet-Ali. Il devait proposer
au pacha un autre projet, dont la base était une expédition simultanée
par terre contre les régences de Tripoli et de Tunis. M. de Langsdorf,
malgré ses efforts auprès d'Ibrahim et de Méhémet-Ali, ne put réussir à
leur faire accepter ces nouvelles propositions. Le vice-roi craignait de
compromettre par cette alliance sa popularité parmi les populations
musulmanes. Cette négociation, qui avait vivement inquiété les agents
anglais, se perdit au milieu du fracas de l'expédition et de la prise
d'Alger.
Le mercredi suivant, 3 février, je reçus un billet de M. de Polignac qui
m'engageait à passer sur-le-champ chez lui. Il sortait du conseil et me
dit: «Vos raisonnements m'ont complétement convaincu. Cette conviction
est partagée par le roi et par mes collègues, et l'expédition est
résolue. Une commission de généraux de terre et de mer va se réunir pour
discuter, la plume à la main, quels sont les moyens d'exécution
indispensablement nécessaires. Si tous les calculs confirment votre
opinion, comme je n'en doute pas, on se mettra à l'oeuvre à l'instant
même. Je vous engage à voir le ministre de la guerre sans retard, pour
vous concerter avec lui, afin de fournir à cette commission, qui, dès
demain, commencera son travail, tous les renseignements dont elle a
besoin.»
Je lui parlai de mes intérêts propres et du commandement. Il me
répondit: «Je ne pense pas qu'il puisse être remis en de meilleures
mains, et c'est toute ma pensée; c'est aussi celle de mes collègues;
et, n'en doutez pas, vous ne trouverez aucune opposition du côté du roi;
il m'en a déjà parlé. Le seul conseil que j'aie à vous donner, c'est de
voir M. le Dauphin, et de lui faire parler.»
Je me rendis chez le ministre de la guerre, qui me confirma cette bonne
disposition, et me fit hommage d'un succès sur lequel il n'avait pas
compté. Je lui parlai de la réunion du lendemain. Il en désigna devant
moi tous les membres; mais il me dit qu'il croyait convenable à mes
intérêts de ne pas m'y mettre, pour ne pas irriter M. le Dauphin,
mécontent de la résolution prise, et qu'il m'attribuait. «En effet,
ajouta-t-il, M. de Polignac a dit au roi et au conseil que vous l'aviez
convaincu, et, comme il y est opposé, il vaut mieux ne pas mettre votre
nom constamment en avant.»
Cette précaution me parut de la bienveillance, et je l'en remerciai.
C'était, au contraire, un commencement de trahison envers moi.
Je sus, quelques jours après, que M. le Dauphin, dans son emportement,
avait dit: «Et de quoi se mêle le duc de Raguse? il n'est pas membre du
gouvernement; il n'est pas appelé à délibérer sur ces projets.
D'ailleurs, si cette expédition se fait, il ne la commandera pas.»
On travailla avec une grande activité à la discussion des projets.
J'entraînai plusieurs membres de la commission, et elle reconnut la
possibilité de l'expédition pour cette année. Le 7 février, les ordres
définitifs furent donnés aux ministres de la guerre et de la marine.
Il était assez naturel de faire d'abord le choix du commandant. Il
devait influer sur celui des principaux agents; mais le roi, me dit le
ministre de la guerre, avait ajourné cette nomination pour le moment. Il
ajouta: «Cela nous donnera le temps de tout arranger pour faire tomber
le choix sur vous. Ne faites aucune démarche. Laissez-moi les commencer,
en entretenir le roi et surtout M. le Dauphin.»
Je croyais encore à sa loyauté, et je gardai le silence. Cependant mes
réflexions et quelques avis firent naître des inquiétudes dans mon
esprit. J'eus une nouvelle explication avec Bourmont, qui n'hésita pas à
me renouveler les mêmes assurances.
M. de Polignac était ou paraissait être toujours dans la même conviction
pour ce qui me concernait.
Fatigué d'attendre en vain que Bourmont eût parlé, j'allai trouver M. le
Dauphin. Je lui rappelai ses promesses anciennes; je lui présentai et
lui fis valoir mes titres. Il m'accueillit bien, sembla m'écouter
volontiers, et me dit que, comme ma démarche avait été prévue, il avait
demandé au roi ce qu'il devait me répondre. Le roi lui avait dit de ne
prendre aucun engagement, et il se conformait à ses ordres, ne voulant
ni détruire des espérances qui peut-être étaient fondées, ni les
encourager, car peut-être aussi ne se réaliseraient-elles pas. Il ajouta
qu'il m'écoutait avec plaisir. Je terminai cette conversation par un
résumé de mes titres, et je lui dis en riant: «Monseigneur, si le
commandement de cette expédition m'est enlevé, j'en éprouverai, je
crois, un tel chagrin et un tel dégoût, qu'il ne me restera plus qu'à me
faire capucin.»
M. le Dauphin rit beaucoup de cette plaisanterie, et mon audience se
termina.
L'impression que j'avais reçue était assez favorable. Je n'ai jamais été
gâté par M. le Dauphin. Ce prince m'a même toujours montré peu de
bienveillance; mais ses manières brusques et habituellement déplaisantes
avaient disparu en ce moment, et je le crus favorable à mes désirs.
J'allai voir le roi le soir.
Le roi a toujours eu, pour tout le monde et pour moi en particulier, des
manières aimables et gracieuses. Je lui exposai ce qui m'amenait auprès
de lui. Il commença à répondre par des choses vagues sur l'incertitude
de l'expédition et sur son importance, qu'il cherchait à diminuer. Mes
réponses étaient faciles: j'établis mes droits. Quand je vins à ceux
que je fondai sur ma fidélité, il m'interrompit et me dit: «Oh! pour
ceux-là, je les reconnais!
--Et les autres, Sire! Est-ce donc rien d'avoir commandé en chef des
armées pendant dix ans, d'avoir été en Égypte, en Turquie, et d'être, de
plus, officier d'artillerie, quand il est question d'un siége?»
Le roi convint de tout cela et me fit une réponse obligeante, mais
vague. Je sortis de chez lui moins satisfait que de chez M. le Dauphin.
Cependant je ne pouvais pas mettre en comparaison le sentiment de l'un
et de l'autre pour moi. Les jours s'écoulaient, et cette nomination, qui
aurait dû précéder les autres, ne se faisait pas. Tout le travail
s'expédiait, et, la nomination des agents principaux, dont le contact
avec le général en chef est habituel, étant terminée, je crus y voir
l'indication positive d'un choix arrêté en secret et se portant sur le
général Bourmont. Je m'en ouvris à M. de Polignac, qui parut surpris et
ne pas le croire. Rien, me dit-il, ne le lui avait indiqué. J'ignore
s'il me trompait: mais je serais disposé à en douter; car le lendemain
il me dit, après avoir parlé au roi, qu'effectivement il y avait des
chances pour Bourmont, mais aussi pour moi, qu'il fallait attendre en
balançant les craintes par les espérances. Mais je m'aperçus enfin à
quel point j'étais dupe de ma crédulité et de ma bonne foi. Bourmont
n'avait pas voulu se mettre en avant pour faire décider l'expédition, de
peur de déplaire à M. le Dauphin. Il m'avait fait promesses sur
promesses pour m'engager à faire les démarches nécessaires à son
exécution. Ce but rempli, tous ses efforts tendaient à m'écarter afin de
se réserver à lui-même le commandement.
Après six semaines d'angoisses de ma part, il fut nommé.
J'ai rarement éprouvé en ma vie une peine aussi vive; je voyais
renversée l'espérance d'entendre encore prononcer mon nom avec louange,
et de rappeler les services passés par des services nouveaux, d'être le
vengeur de la civilisation sur la barbarie, d'effacer la honte séculaire
de la chrétienté; enfin de faire une guerre qui pouvait peut-être
contrarier la politique de quelque gouvernement, mais dont le succès
aurait les applaudissements du monde civilisé. Je m'étais bercé de
l'idée d'être l'agent d'un pareil bienfait pour l'humanité. Toutes ces
espérances disparurent comme un songe.
M. le Dauphin, dont le naturel l'a toujours porté à se livrer à des
sentiments hostiles aux autres, parut jouir dans cette circonstance de
ma déconvenue. Il eut bien soin de se rappeler la plaisanterie que je
lui avais faite six semaines auparavant. Comme j'étais absent, le soir
même, d'un grand cercle de la cour, madame la duchesse de Berry ayant
demandé où j'étais, M. le Dauphin prit la parole et répondit tout haut:
«Le maréchal! il s'est retiré dans un couvent et se fait moine.»
La plaisanterie ne fut pas comprise d'abord; mais, lorsqu'elle fut
expliquée, on la trouva de mauvais goût. Les gens qui n'avaient pas
d'amitié pour moi en portèrent le même jugement.
La peine que je ressentis de la nomination de Bourmont aurait été bien
plus vive encore si j'avais pu en deviner toutes les conséquences. Je ne
voyais et ne pouvais voir alors que la perte de grands avantages; mais
comment deviner la masse de maux dont une absence de Paris m'aurait
garanti!
Je fus un moment tenté de donner ma démission de la place de major
général. Un motif de délicatesse m'en empêcha. J'avais consacré presque
tous mes appointements à payer mes dettes. En les diminuant j'en privais
mes créanciers. Toutefois je m'absentai de la cour et n'y revins qu'au
1er mai, pour prendre mon service. Les ministres, et particulièrement M.
de Polignac, avaient senti combien ma situation était pénible, et à quel
point on avait été injuste envers moi; car mes droits au commandement
étaient incontestables, d'abord à raison de promesses anciennes,
ensuite, et c'était mon premier titre, parce que moi seul j'avais
démontré la possibilité de l'expédition et l'avais fait décider par mes
démarches. Elle était pour ainsi dire mon ouvrage. J'avais empêché la
plus fausse et la plus mauvaise des combinaisons, celle d'avoir recours
au pacha d'Égypte. Par là j'avais préservé le gouvernement d'un ridicule
ineffaçable et le ministère d'une responsabilité d'argent terrible; car,
à coup sur, les millions donnés à Méhémet-Ali n'auraient rien produit,
et leur emploi n'aurait jamais pu être justifié ni approuvé. Le
gouvernement, se sentant mon obligé, avait une dette à acquitter. Il le
reconnut, et l'assurance m'en fut donnée de toutes parts et à plusieurs
reprises. D'abord il fut arrangé qu'aussitôt la ville d'Alger conquise
le ministre de la guerre reviendrait, et qu'alors j'aurais la mission
d'achever la conquête de ce pays. Le gouvernement m'en serait donné, et
je serais chargé de fonder une colonie.
Mon amour-propre pouvait souffrir de cette combinaison; mais je me mis
au-dessus de considérations vulgaires. J'envisageai la beauté,
l'importance et les difficultés de la mission, sans me rappeler ce que
la conquête de la ville aurait ajouté à son éclat. Je fis ce
raisonnement. Dans un temps régulier et loin du moment de la conquête,
un semblable commandement, avec les pouvoirs qu'il comporte, serait
recherché par les individus de la plus haute position. Au moment où il
fallait fonder, établir, créer, il était plus beau, plus important, plus
difficile, par conséquent plus désirable, et, parce que l'éclat de la
première conquête en était séparé, ce n'était pas un motif pour le
dédaigner. Je me croyais éminemment propre à cette mission. La nature de
mon caractère, l'esprit de suite qui m'est propre, ma grande activité,
des connaissances dont je trouverais l'application à chaque instant, mon
aptitude à gouverner des peuples de divers degrés de civilisation,
prouvée par les succès obtenus dans les provinces illyriennes, où mon
nom est encore vivant et prononcé avec respect et bienveillance,
m'avaient décidé à accepter éventuellement cette mission. Je crus
pouvoir la regarder comme assurée après la reddition d'Alger, reddition
opérée après une canonnade de quatre heures contre le fort impérial, et
sans siége régulier.
J'attendais les ouvertures officielles de mon envoi prochain dans ce
pays, mais en vain. Tout avait été changé par l'influence de la
politique extérieure, qui empêchait d'y fonder une colonie.
Je fis exprimer le désir d'avoir l'ambassade de Russie, que la retraite
du duc de Mortemart devait laisser vacante, et à laquelle j'avais
l'espérance que l'empereur Nicolas me verrait arriver avec plaisir. Je
sus qu'elle serait donnée à un autre. Ainsi, cette dette reconnue envers
moi, on ne s'occupait pas de l'acquitter, et cependant on ne la niait
pas. Était-il donc déjà arrêté dans la pensée du gouvernement que ses
dons perfides envers moi se composeraient de la plus cruelle mission,
d'une mission qui aurait pour résultat de me mettre dans la position la
plus difficile, la plus déchirante dans laquelle un homme puisse jamais
être placé: position pire pour moi que pour tout autre, parce que mes
opinions bien connues, mes doctrines politiques, proclamées et
incontestables, étaient en tous points et en toutes choses opposées à la
marche du gouvernement. Le fond qu'on faisait sur moi était uniquement
basé sur mes sentiments d'honneur et ma religion à remplir mes devoirs,
mais non sur mes intérêts et ma conviction; chose honorable sans doute
et qui témoigne de l'idée qu'on s'était faite de ma loyauté, et qu'en
effet j'ai justifiée au prix de tout mon avenir.
La marche du gouvernement augmentait mes inquiétudes. L'extravagant
renvoi de la Chambre pour l'expression des sentiments quelle éprouvait,
droit qu'elle possédait et dont elle fit usage dans des formes
respectueuses; les doctrines, plus extravagantes encore, soutenues par
les journaux défenseurs du ministère, cette assertion insensée que le
renvoi à la Chambre nouvelle de deux cent vingt et un députés qui
avaient signé l'Adresse était une insulte faite au roi, prouvèrent
jusqu'à quel point d'aberration étaient tombés les dépositaires du
pouvoir. Aussi le sentiment de leur inconcevable incapacité était dans
la conscience publique. Un des traits les plus remarquables de cette
incapacité était leur confiance absolue au milieu des immenses
difficultés qui les entouraient. En effet, une grande confiance ne
résulte jamais que de deux choses: ou du sentiment de ses forces, qu'un
génie d'un ordre supérieur a presque toujours en lui-même, et de la
puissance qu'il exerce sur la multitude par les souvenirs qu'il lui
rappelle; ou de la stupidité qui ne voit rien, n'entend rien, ne
comprend rien, et se jette, sans s'en douter, dans l'abîme ouvert sous
ses pas. Dans la circonstance, l'incertitude entre ces deux explications
ne pouvait pas exister un moment.
Le spectacle présenté par la famille royale n'était pas plus rassurant.
On connaît la portée d'esprit de M. le Dauphin. Elle ne va pas jusqu'à
combiner deux idées; mais, en revanche, il y a, dans son absurdité, une
résolution, une volonté inimaginables, et cependant cette décision
absolue, qu'aucun raisonnement ne parvient à changer, c'est presque
toujours le hasard qui l'a fait naître. Aussi est-il impossible de mener
à bien avec lui la moindre affaire. Son concours au pouvoir était donc
funeste. Il empêchait d'apporter aucun remède efficace aux immenses
difficultés du moment. Le roi Charles X a de la douceur, de la
bienveillance; il sait que la nature, en lui donnant des avantages qui
le font aimer, ne l'a pas pourvu de ces qualités éminentes capables de
subjuguer et de tout maîtriser. Il est facile de remuer son coeur. On
agit même momentanément sur son esprit. L'action est fugitive, mais on
peut la renouveler. Il est d'ailleurs resté soumis à l'empire des
opinions de sa jeunesse. Je pourrais raconter mille traits qui
rappellent le prince de Coblentz dans toute sa pureté: mais enfin il y a
chez lui de la bonté et du mouvement. Eh bien, toutes ces qualités-là,
mises en oeuvre à propos, pouvaient le sauver et nous sauver; mais elles
étaient anéanties par la rudesse et par l'orgueil sauvage de son fils.
Mécontent pour ce qui me concernait personnellement, effrayé de
l'avenir, je ne rêvais qu'une chose, c'était mon éloignement. Aussi
attendais-je, avec la plus vive impatience, la fin de mon service. Le
1er septembre, je devais être libre.
J'avais tout disposé pour une longue absence, et j'avais résolu de
partir dès le mois d'octobre pour l'Italie. Je comptais y passer
l'hiver et le printemps. Mon intention était de revoir les immortels
champs de bataille de ma jeunesse. Là je trouverais des souvenirs qui me
dédommageraient des misères présentes, me rajeuniraient en me rappelant
les vives sensations que m'avait causées une gloire éclatante, en me
rappelant le premier âge dans le plus beau pays du monde. Si le
bouleversement de cette pauvre France fût arrivé pendant mon absence,
des devoirs impérieux n'auraient pas uni mon nom à la catastrophe.
C'est dans cette disposition d'esprit et au milieu de ces projets que
m'ont surpris les ordonnances tristement célèbres du 25 juillet.
Le plus profond secret fut gardé le dimanche, 25, et personne ne sut que
le roi venait de signer l'arrêt de mort de la monarchie. Le lundi, 26,
au matin, le _Moniteur_, à son arrivée, apprit la résolution de la
veille. Le roi venait de partir pour Rambouillet, et personne ne le vit
dans la journée.
Je me rendis à Paris. N'ayant pas encore vu le _Moniteur_, je le fis
demander chez le baron de Faguel, ministre des Pays-Bas, logé dans
l'hôtel qui touchait le mien. Ma surprise fut d'autant plus grande en
lisant ces ordonnances, que M. de Polignac avait donné sa parole à
l'ambassadeur de Russie, Pozzo di Borgo, dans la nuit du samedi au
dimanche, qu'il n'y aurait point de coup d'État. Témoin de l'agitation
générale dont tous les esprits étaient saisis, je rentrai à Saint-Cloud,
où le roi n'arriva qu'à dix heures trois quarts. En descendant de
voiture, il me demanda si j'avais été à Paris et ce qu'il y avait de
nouveau.
--Un grand effroi, un grand abattement, Sire, et une chute de fonds
extraordinaire.