Rama lui-même paraît sur son char céleste pour séparer les
combattants. Le guerrier, dit le poëte par la voix du choeur, apparaît
au milieu d'une lueur livide; son char est d'un blanc cendré par la
poussière des nuées, tout est flamme autour de lui; le feu pétille,
flamboie, dévore, il roule sous ses rames comme les vagues. Rama
descend du char, il félicite l'enfant qu'il ne connaît pas encore.
«C'est bien,» dit-il; «il s'est conduit en véritable guerrier qui ne
souffre pas impunément l'outrage et l'insolence. Il sait que, quand le
soleil lance ses rayons de feu, la pierre solaire les renvoie encore
plus brûlants.»
Son second fils, _Cousa_, paraît à son tour, revenant des lieux
consacrés. Rama se trouble à son aspect: «Il est étonnant,» dit-il,
«qu'en touchant ces deux jeunes guerriers inconnus, un doux
frémissement se répande sur tout mon corps; une sueur, tiède rosée que
fait naître l'excès de tendresse, s'épanche de tous mes pores. Dans
leurs yeux, dans leurs gestes, ces jeunes gens déploient quelque chose
de royal. Sur leurs corps la nature a mis des signes de grandeur,
pareils à ces rayons de lumière qui sont dans la pierre précieuse, ou
bien à ces gouttes de nectar qui se trouvent dans le calice de
l'aimable lotus. Ces signes indiquent une destinée glorieuse, telle
qu'elle est réservée aux seuls enfants de Raghou. La couleur de leur
teint foncé ressemble à la nuance du col azuré de la colombe; leurs
épaules ont la largeur de celles du monarque des forêts. Leur regard
intrépide est celui du lion courroucé, et leur voix est forte comme le
son cadencé du tambour qui appelle au saint sacrifice. Je vois en eux
ma propre image, et non pas seulement ma ressemblance; mais, en
beaucoup de traits, ils ont de l'air de ma chère Sita. Ce visage de la
fille de Djanaka, beau comme le lotus, est toujours devant mes yeux:
telles étaient ses dents, aussi blanches que des perles; telle était
sa lèvre délicate, son oreille arrondie, son oeil expressif, quoique
leur regard ait quelque chose de la fierté de l'homme... Leur demeure
est dans ces bois; ce sont ceux où Sita fut abandonnée, et ces
enfants lui ressemblent. Et ces armes célestes, qui d'elles-mêmes se
sont présentées à eux, et qui, d'après l'oracle des sages, ne doivent
jamais, sans motif, abandonner notre famille... L'état de mon épouse,
dont le sein renfermait le doux espoir de ma race... Ces pensées
diverses occupent mon âme et remplissent mon coeur d'espérance et de
crainte. Comment puis-je apprendre la vérité? Comment demander à ces
jeunes gens l'histoire de leur naissance?...»