XVIII.

Rama lui-même paraît sur son char céleste pour séparer les

combattants. Le guerrier, dit le poëte par la voix du choeur, apparaît

au milieu d'une lueur livide; son char est d'un blanc cendré par la

poussière des nuées, tout est flamme autour de lui; le feu pétille,

flamboie, dévore, il roule sous ses rames comme les vagues. Rama

descend du char, il félicite l'enfant qu'il ne connaît pas encore.

«C'est bien,» dit-il; «il s'est conduit en véritable guerrier qui ne

souffre pas impunément l'outrage et l'insolence. Il sait que, quand le

soleil lance ses rayons de feu, la pierre solaire les renvoie encore

plus brûlants.»

Son second fils, _Cousa_, paraît à son tour, revenant des lieux

consacrés. Rama se trouble à son aspect: «Il est étonnant,» dit-il,

«qu'en touchant ces deux jeunes guerriers inconnus, un doux

frémissement se répande sur tout mon corps; une sueur, tiède rosée que

fait naître l'excès de tendresse, s'épanche de tous mes pores. Dans

leurs yeux, dans leurs gestes, ces jeunes gens déploient quelque chose

de royal. Sur leurs corps la nature a mis des signes de grandeur,

pareils à ces rayons de lumière qui sont dans la pierre précieuse, ou

bien à ces gouttes de nectar qui se trouvent dans le calice de

l'aimable lotus. Ces signes indiquent une destinée glorieuse, telle

qu'elle est réservée aux seuls enfants de Raghou. La couleur de leur

teint foncé ressemble à la nuance du col azuré de la colombe; leurs

épaules ont la largeur de celles du monarque des forêts. Leur regard

intrépide est celui du lion courroucé, et leur voix est forte comme le

son cadencé du tambour qui appelle au saint sacrifice. Je vois en eux

ma propre image, et non pas seulement ma ressemblance; mais, en

beaucoup de traits, ils ont de l'air de ma chère Sita. Ce visage de la

fille de Djanaka, beau comme le lotus, est toujours devant mes yeux:

telles étaient ses dents, aussi blanches que des perles; telle était

sa lèvre délicate, son oreille arrondie, son oeil expressif, quoique

leur regard ait quelque chose de la fierté de l'homme... Leur demeure

est dans ces bois; ce sont ceux où Sita fut abandonnée, et ces

enfants lui ressemblent. Et ces armes célestes, qui d'elles-mêmes se

sont présentées à eux, et qui, d'après l'oracle des sages, ne doivent

jamais, sans motif, abandonner notre famille... L'état de mon épouse,

dont le sein renfermait le doux espoir de ma race... Ces pensées

diverses occupent mon âme et remplissent mon coeur d'espérance et de

crainte. Comment puis-je apprendre la vérité? Comment demander à ces

jeunes gens l'histoire de leur naissance?...»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 334 / 339 题