Le compagnon de Rama lui indique sa route en termes aussi poétiques.
«Notre route est de ce côté... Voici le superbe Crontchavat: sur les
coteaux obscurs de ses flancs couverts de bois, croasse le corbeau et
gémit le hibou; dans ses cavernes sonores siffle le vent aigu. Des
paons innombrables, avec des cris discords, dans les débris des arbres
que le temps abat et détruit, poursuivent les serpents effrayés. Au
loin, vers le midi, se prolonge la magnifique chaîne de montagnes dont
les pics élevés sont couverts d'un diadème de nuages; de leurs flancs
vers le milieu s'élancent les sources du fleuve, avec un bruit
terrible que grossissent les cavernes; à leur pied, la rivière sacrée
réunit en un seul et large courant ces ruisseaux impétueux, qui, en
mugissant, se rencontrent pour se confondre.» (Ils disparaissent tous
les deux sous les arbres.)
Une des femmes qui habitent ces solitudes retrace ainsi à une autre
femme ermite la situation d'esprit de l'infortuné Rama:
«Rama, depuis longtemps, porte dans son coeur le deuil de son épouse,
quoiqu'un calme extérieur déguise son chagrin. La langueur de son
corps annonce la douleur qui déchire son sein. Malheur à celui qui
aime à nourrir une affliction secrète! son âme succombe promptement.»