XII.

Un autre drame de l'Eschyle indien, Bavahbouti est une tragédie

historique et mythologique sur le héros demi-dieu Rama. Nous allons

l'analyser rapidement, en citant seulement les fragments

caractéristiques du style de ce grand poëte. Un orteil des bas-reliefs

du Parthénon donne une plus juste idée du génie de Phidias que le

plus long commentaire sur le statuaire.

La scène s'ouvre par un dialogue conjugal, comparable au Cantique des

cantiques de Salomon, entre le demi-dieu _Rama_ et sa jeune épouse

_Sita_.

Un sage intervient; il promène Rama et la charmante Sita dans une

galerie de tableaux qui représentent leur heureuse enfance, et les

chastes amours qui ont précédé leur union. Sita et Rama s'extasient

ensemble sur les scènes reproduites par le pinceau:

«Jours heureux pour moi,» s'écrie Rama à l'aspect de ces peintures,

«quand un père vénéré vivait encore, quand la tendresse d'une mère

veillait attentivement sur mon existence, quand tout était plaisir

pour mon jeune âge... Voyez... Voilà que ma jeune épouse, la belle

Sita, attire l'admiration de ma mère... Le sourire est sur ses lèvres,

sa bouche entr'ouverte laisse éclater des dents aussi blanches que les

calices allongés du jasmin; de longues nattes de cheveux souples, et

doux au toucher comme la soie, répandent un crépuscule sur ses joues;

tous ses membres, élégants de formes, gracieux de mouvements, ont la

blancheur et la flexibilité des rayons de la lune glissant dans le

vague des airs!

--«Voyez cet autre tableau,» lui dit Sita; «il représente l'instant où

vous vous revêtez de l'habit de pénitence parmi les saints cénobites.»

--«Oui,» réplique le héros, «cet état de vie austère que les anciens

rois de notre race adoptaient pour se sanctifier quand ils avaient

abdiqué l'empire en faveur de leurs enfants, nous l'avons adopté à la

fleur de notre âge, nous avons été heureux de languir dans ces

ermitages au fond des forêts, pour nous former à la sagesse sous des

maîtres inspirés des dieux.

«Nous arrivons ensemble,» continue-t-il en s'adressant à sa chère

Sita, «à ce site au milieu des montagnes du midi de l'Inde, sur le

bord des ruisseaux tombant des rochers où habitent les saints

anachorètes; ils préparent pour leurs hôtes le plat de riz sauvage. Te

souvient-il, ô mon amour, de notre humble et fortunée cabane sur le

bord du torrent qui brille là aux rayons du soleil à travers les

branches? là nous ne sentions plus, tant nous étions heureux, que le

temps nous échappait...»

Des tableaux tragiques représentant les dangers dont Rama a sauvé son

amante Sita s'offrent ici à leurs yeux, réveillent leurs souvenirs,

font couler leurs larmes rendues délicieuses par le contraste avec le

bonheur présent.

Rama et son épouse se retirent dans un pavillon au milieu du jardin;

là, une scène de chaste amour conjugal: les expressions brûlent comme

le feu consacré qui dévore l'encens sans laisser de cendre. La

Sulamite de la Bible n'a pas d'enlacements d'ailes ou de roucoulements

de colombe plus saintement langoureux. Le poëte indien surpasse

Tibulle dans ses plus beaux vers, mais c'est un Tibulle sacré. Le

scrupule des langues modernes jette un voile sur ces épanchements des

deux époux.

Pendant que Sita dort, et qu'elle balbutie en rêvant avec terreur sur

le bras du roi le nom de son cher Rama, celui-ci la regarde dormir:

«Elle rêve que je l'ai quittée,» dit-il, «ou bien la vue de ces

peintures qui retracent nos malheurs a troublé ses esprits... Ah!

qu'il est heureux celui qui, dans la peine comme dans le bonheur, peut

compter sur une tendresse éprouvée, dont le coeur repose avec

confiance sur le coeur d'un autre dans toutes les fortunes, et qui, au

déclin même de son âge, comme à la fleur de sa vie, jouit des douceurs

d'une consolante union!»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 320 / 339 题