XI.

Ces représentations étaient rares, car les deux plus grands poëtes

dramatiques de l'Inde, _Kalidasa_ et _Bavahbouti_, n'ont composé

chacun que trois drames.

«Si Kalidasa est l'Euripide de l'Inde, il est un Euripide sobre,

chaste, naïf, exempt des défauts d'affectation dont l'Euripide grec

abonde. Bavahbouti, au contraire, est le plus énergique et le plus

majestueux des poëtes dramatiques de sa race; on peut le nommer

l'Eschyle du même théâtre. Kalidasa, se rapprochant de la noble et

douce pureté de Sophocle, n'a rien de cette dégénérescence, de cette

vulgarité d'intrigues qu'Euripide semble emprunter d'avance au roman

moderne plutôt qu'à l'antique épopée. Quant à Bavahbouti, majestueux,

grand, élevé comme ces forêts du Gondwana, dont l'ombre terrible se

balança sur son berceau, vous le diriez sorti des mains de la nature,

comme le Moïse de Michel-Ange s'élança de la pensée du sculpteur. En

vain la conscience agitée se replie sur elle-même; Bavahbouti va y

chercher le crime et le remords, qu'il traîne au grand jour. Tel un

guerrier redoutable arracherait aux profondeurs du sanctuaire le

criminel qui voudrait y chercher un asile. Dans la poésie de

Bavahbouti, mugissent et se calment tour à tour les orages de toutes

les passions, que sa main puissante sait éveiller et assoupir. Il

vivait, comme on le voit dans l'histoire du Kachmir, dont Wilson a

publié des extraits, vers l'année 720, à la cour du souverain d'Agra.

Jamais accents plus passionnés n'émanèrent de l'âme humaine; aussi le

nomma-t-on _Srikantha_, l'homme dont la bouche est le temple de

l'éloquence. Le père de Bhavhabouti était un brahmane appartenant à

cette illustre race, dont l'origine se perdait dans les temps

héroïques. Sa famille habitait la province de l'Inde que nous appelons

aujourd'hui le Décan, à l'occident des hautes montagnes et des vastes

forêts qui versèrent leur ombre et leurs terreurs sacrées sur l'âme du

jeune poëte.»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 319 / 339 题