Rama est arraché à cette courte félicité par la voix d'un courtisan
qui vient lui annoncer que le peuple, irrité de son amour pour _Sita_,
s'insurge contre lui, et demande à grands cris l'éloignement de
l'épouse accusée de crimes imaginaires. Après un long combat, Rama
cède au cri populaire; il confie Sita à un sage vieillard pour la
conduire en exil. Leurs adieux sont déchirants. «Devoir cruel! Je suis
donc un barbare!» s'écrie-t-il. «L'épouse qui m'a donné chaque jour
des preuves de tendresse et de fidélité jusqu'à la mort, je la
sacrifie, comme le maître qui livre à la mort l'oiseau domestique!
Chère Sita! ne me retiens pas ainsi! laisse-moi... Ne serre pas dans
tes bras un homme dégradé par sa cruauté. Tu crois embrasser l'arbre
odorant du sandal, et tu embrasses l'arbre sinistre du poison qui
donne la mort?
(Il s'arrache des bras de Sita.)
«Qu'est-ce que la vie maintenant? Un poids inutile.....--Le monde? Un
désert affreux, aride, abandonné... Où puis-je trouver quelque
consolation? Le sentiment ne m'a été donné que pour la douleur;
vainement je résiste, elle s'attache à moi avec acharnement. Mânes de
mes ancêtres, prophètes et sages, vous tous que j'ai aimés et honorés,
vous tous qui avez eu pour Rama des égards et de l'amitié, flamme
céleste, terre protectrice et mère des hommes, vers qui, parmi vous,
puis-je élever la voix? quel nom puis-je invoquer, sans en blesser la
sainteté? Ne frémiriez-vous pas à ma voix, comme on frémit à
l'attouchement d'un homme banni de sa caste? Ne repousseriez-vous pas
la prière de celui qui chasse son épouse, l'honneur de sa maison; qui
condamne au désespoir celle dont le sein porte le fruit de sa
tendresse, qui la sacrifie comme la victime offerte pour les apaiser
aux mauvais génies. (Il s'incline aux pieds de Sita.) Fille adorable
du roi de Vidéha, pour la dernière, oui, pour la dernière fois, que
tes pieds charmants servent d'oreiller à la tête de Rama!»
L'acte deuxième transporte le spectateur, après un long intervalle de
temps, au sein d'une forêt habitée par des anachorètes et par des
nymphes consacrées au culte des dieux. L'une d'elles apporte son
tribut de fleurs au saint supérieur du monastère.
«Simplicité de coeur, sobriété de paroles, modestie de maintien,
innocence même de pensées, pureté d'imagination, affections pieuses,
voilà la vertu,» dit l'anachorète en recevant le tribut de la nymphe.
Elle demande au vieillard quelle est la cause de l'agitation qu'elle
voit dans la contrée habitée par les sages.