Son ministre, pour le distraire de sa mélancolie, lui annonce qu'une
race ennemie et perverse a envahi ses États et égorge son peuple.
Il monte sur son char de guerre pour aller combattre. Le dieu _Indra_
le protége, et fait voler son char sur les nuées, à la hauteur des
cimes les plus inaccessibles de l'Himalaya, d'où le héros contemple
d'un coup d'oeil tous ses vastes États.
«Nous touchons,» dit-il à son compagnon, «à cette sphère étincelante
de clarté qui, dans ses révolutions rapides, entraîne les astres
innombrables et les flots sacrés du Gange, à cette sphère à jamais
sanctifiée par l'empreinte divine des pas de _Vichnou_... J'en juge
par la seule impression du mouvement de ce char, par cette légère
rosée que font jaillir au loin les roues humides, par ces coursiers à
la crinière rebroussée et toute brillante de la lueur des éclairs
qu'ils traversent, par ces aigles qui abandonnent de tous côtés leurs
nids placés dans les fentes des rochers, et qui volent effarés tout
autour de nous.»
Puis, abaissant ses regards sur la terre:
«Quel spectacle admirable et varié me présente, d'instant en instant,
grâce à la descente précipitée du char, le séjour habité par l'homme!
«Le sommet affaissé des plus hautes montagnes se confond à mes yeux
avec la surface unie de la plaine, et l'on dirait que les arbres,
dépourvus de troncs, la tapissent seulement de la plus humble verdure.
Les fleuves les plus vastes n'offrent plus que de légers filets d'eau,
coulant, à peine visibles, dans leurs lits rétrécis; et, comme si elle
était poussée par une force puissante, la terre semble monter
rapidement vers moi.»
On voit, à cette description du char prêté au héros par _Indra_, ce
qu'on voit plus formellement encore dans les traditions de la Chine
primitive, que cette antiquité avait ses navires aériens et ses
aéronautes.
«Nous touchons la terre,» lui dit son guide, «et nous allons
apercevoir bientôt sur la montagne la demeure habitée par le divin
fils de Maritchi.»