CANOUA.

Les déesses, par cette faveur, ne déclarent-elles pas que la fortune

du roi est désormais attachée à ta personne, et que tu vas pour

toujours la fixer dans son palais?»

(Sacountala baisse modestement les yeux.)

Le vénérable anachorète, supérieur de l'ermitage, chante en ses vers

ces adieux et ses voeux à Sacountala, sa favorite:

«Divinités de cette forêt sacrée, que dérobe à nos regards l'écorce de

ces arbres majestueux que vous avez choisis pour asile;

«Celle qui jamais n'a approché la coupe de ses lèvres brûlantes avant

d'avoir arrosé d'eau pure et vivifiante les racines altérées de vos

arbres favoris; celle qui, par pure affection pour eux, aurait craint

de leur dérober la moindre fleur, malgré la passion bien naturelle

d'une jeune fille pour cette innocente séduction; celle qui n'était

complètement heureuse qu'aux premiers jours du printemps, où elle se

plaisait à les voir briller de tout leur éclat; Sacountala vous quitte

aujourd'hui pour se rendre au palais de son époux; elle vous adresse

ses adieux.

«Que son voyage soit heureux; que l'ombre épaisse des grands arbres

lui offre dans tout son trajet un abri impénétrable aux rayons du

soleil; qu'un doux zéphyr, rasant la surface limpide des lacs tout

couverts des larges feuilles du lotus azuré, leur dérobe pour elle une

rosée rafraîchissante, et qu'il endorme ses fatigues à son souffle

caressant; puissent ses pieds délicats ne fouler dans sa marche

paisible que la poussière veloutée des fleurs!»

Sacountala revient sur ses pas, rappelée par sa tendresse pour les

animaux favoris qu'elle abandonne.

«Ô père,» dit-elle à l'ermite, «lorsque cette charmante gazelle, qui

n'ose se hasarder loin de l'ermitage, et dont la marche est ralentie

par le poids du petit qu'elle porte dans ses flancs, sera devenue

mère, ah! n'oubliez pas de m'en instruire!

«Mais qui donc,» continue la jeune fille, «marche ainsi sur mes pas et

s'attache aux pans de ma robe?»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 238 / 339 题