Suit une scène de délicieuse entrevue entre le héros et Sacountala,
que ses compagnes ont laissée seule un moment au bord du _Malini_. Les
deux amants s'avouent leur amour. Le héros jure à Sacountala que si
elle veut consentir à être son épouse, il la fera monter plus tard sur
le trône avec lui, et que son fils sera roi.
«Tu m'oublieras,» lui dit la jeune fiancée. «Moi, t'oublier!» répond
le héros. «Va, céleste enfant, en quelque lieu que tu portes tes pas
loin de moi, toujours tu resteras attachée à mon coeur. Telle, au
déclin du jour, l'ombre d'un grand arbre fuit au loin dans la plaine,
quoique constamment fixé à sa racine.»
Le bracelet de Sacountala tombe; le héros le ramasse et le rattache.
«Ne dirait-on pas que c'est la nouvelle lune qui, éprise de la grâce
et de la blancheur de ce bras charmant, a abandonné le ciel et a
recourbé les deux extrémités minces de son croissant d'argent, pour
embrasser avec amour ce bras arrondi?»
Un peu de poussière des fleurs du lotus, chassée par le vent, entre
dans les yeux de Sacountala. Le héros lui souffle doucement dans
l'oeil pour lui rendre la vue: scène de _Daphnis et Chloé_, où la
simplicité et la candeur luttent de grâce. Je regrette de ne pas la
reproduire ici. Douchmanta et Sacountala se séparent au chant de
l'oiseau du soir, qui annonce la nuit à la forêt.