XXI.

Le troisième acte s'ouvre par une scène courte, où l'on voit les amies

de Sacountala cueillir des simples et composer des breuvages pour

calmer la fièvre de Sacountala, malade, on ne sait de quel mal secret,

dans sa cellule.

La seconde scène est une longue et poétique complainte amoureuse du

héros, qui déplore la maladie de celle qu'il aime et la force

indomptable de son penchant pour elle. La poésie, dans cette scène, a

la majesté du paysage et les images de la passion.

En exprimant dans toute sa physionomie la tristesse, Douchmanta

soupire: «Sans doute je connais toute la rigueur que lui impose la vie

religieuse; je sais qu'elle est entièrement soumise à la volonté de

Canoua; et cependant, semblable à un fleuve qui ne peut remonter vers

sa source, rien ne peut détourner mon coeur du penchant où il est

entraîné. Ah! je le vois, le feu de Siva en courroux couve encore dans

mon sein, semblable à ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur

des mers: pourrais-tu sans cela, réduit comme tu le fus en un monceau

de cendres, allumer de tels feux dans nos coeurs? Elle vient de passer

dans ces lieux! Je le vois à ces fleurs jetées çà et là, et dont les

frais calices, quoique détachés de la tige maternelle, conservent

encore tout leur éclat; par ces jeunes branches dont la séve laiteuse

qui en découle trahit une blessure récente. Quel air vivifiant on

respire en ce lieu! Avec quelle volupté tout mon corps, consumé par la

fièvre ardente, est caressé par ce doux zéphyr chargé des émanations

parfumées du lotus, et des gouttes légères d'une rosée rafraîchissante

qu'il vient de dérober en se jouant sur les vagues à peine sensibles

du Malini!»

(Regardant autour de lui.) «Ô bonheur! c'est là, sous ce berceau formé

des rameaux entrelacés de vitasas en fleurs, que repose Sacountala!

«Oui, je distingue à merveille, sur le sable fin dont est couvert le

petit sentier qui y aboutit, la trace récente de ses pas, de ce pied

charmant qui s'y est moulé dans toute sa perfection.

«Regardons à travers les branches.» (Il écarte le feuillage, et

s'écrie, transporté:)

«Je l'aperçois, ce charme de mes yeux! La voilà négligemment assise

avec ses compagnes sur une couche de fleurs! De mon heureuse retraite

je vais jouir de leur conversation, pleine du plus charmant abandon!»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 235 / 339 题