Le troisième acte s'ouvre par une scène courte, où l'on voit les amies
de Sacountala cueillir des simples et composer des breuvages pour
calmer la fièvre de Sacountala, malade, on ne sait de quel mal secret,
dans sa cellule.
La seconde scène est une longue et poétique complainte amoureuse du
héros, qui déplore la maladie de celle qu'il aime et la force
indomptable de son penchant pour elle. La poésie, dans cette scène, a
la majesté du paysage et les images de la passion.
En exprimant dans toute sa physionomie la tristesse, Douchmanta
soupire: «Sans doute je connais toute la rigueur que lui impose la vie
religieuse; je sais qu'elle est entièrement soumise à la volonté de
Canoua; et cependant, semblable à un fleuve qui ne peut remonter vers
sa source, rien ne peut détourner mon coeur du penchant où il est
entraîné. Ah! je le vois, le feu de Siva en courroux couve encore dans
mon sein, semblable à ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur
des mers: pourrais-tu sans cela, réduit comme tu le fus en un monceau
de cendres, allumer de tels feux dans nos coeurs? Elle vient de passer
dans ces lieux! Je le vois à ces fleurs jetées çà et là, et dont les
frais calices, quoique détachés de la tige maternelle, conservent
encore tout leur éclat; par ces jeunes branches dont la séve laiteuse
qui en découle trahit une blessure récente. Quel air vivifiant on
respire en ce lieu! Avec quelle volupté tout mon corps, consumé par la
fièvre ardente, est caressé par ce doux zéphyr chargé des émanations
parfumées du lotus, et des gouttes légères d'une rosée rafraîchissante
qu'il vient de dérober en se jouant sur les vagues à peine sensibles
du Malini!»
(Regardant autour de lui.) «Ô bonheur! c'est là, sous ce berceau formé
des rameaux entrelacés de vitasas en fleurs, que repose Sacountala!
«Oui, je distingue à merveille, sur le sable fin dont est couvert le
petit sentier qui y aboutit, la trace récente de ses pas, de ce pied
charmant qui s'y est moulé dans toute sa perfection.
«Regardons à travers les branches.» (Il écarte le feuillage, et
s'écrie, transporté:)
«Je l'aperçois, ce charme de mes yeux! La voilà négligemment assise
avec ses compagnes sur une couche de fleurs! De mon heureuse retraite
je vais jouir de leur conversation, pleine du plus charmant abandon!»