X.

Le héros, ravi d'admiration et de respect, s'avance vers l'ermitage de

_Canoua_ et l'appelle. L'ermite était absent; sa fille adoptive, la

belle _Sacountala_, sort à la voix de l'étranger; elle reconnaît le

roi.

_Sacountala_ était dans le costume d'une jeune religieuse indienne

consacrée au culte de la divinité, sous la direction du saint

vieillard. La beauté presque divine de la jeune vierge éblouit et

enlève le coeur du roi.--«Qui donc es-tu, fille céleste? s'écrie-t-il.

Comment vis-tu cachée dans ce désert? Où es-tu née, toi qui resplendis

de toute la divinité d'une fille des dieux? En t'apercevant seulement,

j'ai senti que mon coeur était enlevé de ma poitrine par un attrait

surnaturel.--Je suis la fille de Canoua, répond Sacountala toute

tremblante.--Mais, reprend le héros, Canoua est un saint qui a fait

voeu de dompter toutes les passions humaines, et qui serait mort

plutôt que de violer son voeu de continence. Je soupçonne un mystère

sous cette réponse.»

Sacountala lui confesse alors la vérité: elle a entendu un jour Canoua

en faire le récit à un brahmane errant qui recevait l'hospitalité dans

son ermitage. Elle n'est pas la fille de _Canoua_, elle est la fille

du célèbre anachorète _Visoumitra_, dont la sainteté a excité la

jalousie d'un dieu secondaire qui aspirait à surpasser en austérité et

en perfection toutes les créatures. Ce dieu, tremblant d'être surpassé

lui-même par l'anachorète _Visoumitra_, lui envoie la plus belle des

_Apsaras_, sorte de Vénus du ciel indien, pour le séduire.--«Qui,

moi?» répond-elle au demi-dieu, «j'oserais m'approcher de cet

anachorète pur, sévère et terrible, au front resplendissant comme le

feu du sacrifice, redoutable comme le temps qui détruit tout?

Cependant j'obéirai, puisque tu l'ordonnes. Mais seconde-moi dans ma

périlleuse épreuve, ordonne toi-même au dieu des airs de se jouer avec

grâce dans les plis de mes vêtements, et de les enfler légèrement

quand je danserai devant le brahmane; que l'amour s'attache avec le

regard à mes pas, et que le zéphyr répande autour de moi les parfums

de l'ivresse.»

Rassurée par la promesse du dieu qui lui promet son secours, «la

divine bayadère,» dit le poëte, «descend sur la terre, s'arrête non

loin de l'antre du solitaire, et, feignant de se croire seule, danse

sur une pelouse élevée d'où elle pouvait être aperçue de lui. Le vent

à l'haleine embaumée se joue dans les plis ondoyants de sa robe, qui

surpasse en blancheur et en transparence les rayons de l'astre pâle de

la nuit.

«Le solitaire succombe, il aime la divinité cachée sous les traits de

la danseuse céleste; une fille est née de cette union; l'_Apsara_, en

remontant au ciel, la laisse endormie à la porte de l'antre, sur un

lit de mousse et de fleurs.»

_Canoua_, en allant se baigner dans le fleuve, aperçoit l'enfant

endormi sur la rive; mille oiseaux de la forêt volaient et

tourbillonnaient sur sa tête, agitant leurs ailes pour rafraîchir et

ombrager le front de la divine enfant. Il la prit dans ses bras, la

fit allaiter, et l'éleva avec la sollicitude d'un père. Il lui donna

pour nom le nom des oiseaux qui planaient sur sa tête au moment où il

l'avait recueillie au bord de l'eau.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 183 / 339 题