Le héros s'égare avec délice sous les dômes de feuillages, où les
rayons brisés du soleil ne laissent pénétrer qu'une indécise et pâle
lumière, et la tiédeur de l'air suffisante seulement pour tempérer la
fraîcheur des forêts. Il arrive sur les bords fleuris d'une rivière
qui descend, pure et fraîche, des glaciers de l'Himalaya. Il y
découvre un bocage sacré qui abritait l'ermitage d'un saint vieillard
solitaire nommé _Canoua_, célèbre, dans toutes les Indes, par sa
sagesse, son don de prophétie et son ascétisme. De distance en
distance, sur les rives du fleuve, on voyait la fumée des sacrifices
s'élever entre les cimes des arbres vers le ciel; des groupes de
brahmanes, prêtres et religieux, dissertaient entre eux sur les
mystères, ou chantaient en vers les exploits historiques des anciens
héros; d'autres se livraient, pour atteindre à la perfection
spirituelle, à des contemplations extatiques, à des pénitences qui
domptent et anéantissent les sens.