VIII.

Cependant les chasseurs, aiguillonnés par le pressant besoin de la

faim, dépècent un certain nombre de cerfs et autres bêtes fauves qui,

échappés à la dent meurtrière des animaux féroces, étaient aussi

tombés sous leurs coups. Ils font rôtir les chairs amincies sur un

brasier ardent, s'en repaissent, et goûtent quelques heures de repos.

Mais bientôt Douchmanta donne les ordres du départ, poursuit sa

marche, et, après avoir traversé une plaine stérile, il entre avec son

cortége dans une seconde forêt d'un aspect bien différent de la

première. Ce n'est plus cette sauvage horreur que la nature,

abandonnée à elle-même, imprime aux vastes solitudes; ici tout se

ressent de la présence et des travaux de l'homme. Ce ne sont plus les

rugissements du lion, les cris du tigre qui viennent effrayer les

voyageurs; mais le bramement lointain du cerf, le chant des oiseaux,

le bourdonnement de l'abeille, retentissant doucement à son oreille,

portent dans les esprits un sentiment inexprimable de calme et de

bonheur. Les arbres les plus élégants, mariant avec grâce leurs

flexibles rameaux courbés sous le poids des fruits et des fleurs, se

balancent au souffle du zéphyr qui leur dérobe en passant les plus

suaves odeurs, et les répand au loin dans les airs; sur la pelouse

émaillée, des troupes de _Gandharvas_ et d'_Apsaras_ (sorte de nymphes

dans la mythologie indienne), brillantes de jeunesse, se poursuivent

dans leurs jeux folâtres, et glissent d'un lieu à l'autre comme des

ombres légères.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 181 / 339 题