Cependant les chasseurs, aiguillonnés par le pressant besoin de la
faim, dépècent un certain nombre de cerfs et autres bêtes fauves qui,
échappés à la dent meurtrière des animaux féroces, étaient aussi
tombés sous leurs coups. Ils font rôtir les chairs amincies sur un
brasier ardent, s'en repaissent, et goûtent quelques heures de repos.
Mais bientôt Douchmanta donne les ordres du départ, poursuit sa
marche, et, après avoir traversé une plaine stérile, il entre avec son
cortége dans une seconde forêt d'un aspect bien différent de la
première. Ce n'est plus cette sauvage horreur que la nature,
abandonnée à elle-même, imprime aux vastes solitudes; ici tout se
ressent de la présence et des travaux de l'homme. Ce ne sont plus les
rugissements du lion, les cris du tigre qui viennent effrayer les
voyageurs; mais le bramement lointain du cerf, le chant des oiseaux,
le bourdonnement de l'abeille, retentissant doucement à son oreille,
portent dans les esprits un sentiment inexprimable de calme et de
bonheur. Les arbres les plus élégants, mariant avec grâce leurs
flexibles rameaux courbés sous le poids des fruits et des fleurs, se
balancent au souffle du zéphyr qui leur dérobe en passant les plus
suaves odeurs, et les répand au loin dans les airs; sur la pelouse
émaillée, des troupes de _Gandharvas_ et d'_Apsaras_ (sorte de nymphes
dans la mythologie indienne), brillantes de jeunesse, se poursuivent
dans leurs jeux folâtres, et glissent d'un lieu à l'autre comme des
ombres légères.