Le troisième chant est rempli tout entier par cette lutte de
dévouement entre le père, la mère et la fille, qui revendiquent tous
le droit et le devoir de mourir pour sauver la famille.
«Seule je vous sauverai tous, dit la jeune fille. Pourquoi désire-t-on
des enfants? Parce qu'ils doivent se dévouer pour leurs parents.
Ici-bas, ou là-haut dans l'autre vie, le fils expie les fautes de son
père: n'est-il pas appelé, dans les livres sacrés, Celui qui est le
sauveur de l'âme de son père? Mais, voyez mon frère, c'est un tout
petit enfant! Si tu pars pour le séjour céleste, ô ma mère! cette
fleur innocente se fanera sur sa tige; s'il monte dans le ciel avant
le temps, nos ancêtres seront privés du sacrifice qu'il leur doit, et
ils en seront affligés. En te préservant toi-même, ô père! tu sauves à
la fois toi, ma mère et mon frère, et les sacrifices se
renouvelleront à jamais dans la famille..... Ton fils, c'est toi-même!
ton épouse, c'est l'âme de ton âme! ta fille, seule, est l'occasion de
tes peines. Ah! permets-moi de mourir pour toi et pour eux. Songes-y:
quelle horrible situation pour nous si, après ta mort, il nous faut
mendier le pain de l'étranger et dévorer l'aumône avec des chiens
affamés!»