IV.

Ces paroles redoublent les larmes et les sanglots du père, de la mère

et de la jeune fille. À ce spectacle le petit enfant, ému des larmes

dont il ne comprenait qu'à demi la cause, et anticipant par son

émotion sur l'âge où il pourrait défendre son père, sa mère et sa

soeur, bégaya, dit le poëte, ces mots à peine articulés en courant de

l'un à l'autre:

«Ne pleure pas, ô mon père! ne pleure pas, ô ma mère! ô ma soeur, ne

pleure pas!» Et, brandissant dans sa main, au lieu d'arme, un brin

d'herbe qu'il venait de cueillir: «C'est avec cela que je veux le

tuer, s'écriait-il, le géant qui dévore les hommes!»

Astyanax, dans Homère, jouant avec le panache du casque de son père

qui va mourir, ne présente ni un spectacle plus naïf, ni un contraste

plus touchant. Mais le cri de l'enfant du brahmane, voulant combattre

avec le brin d'herbe le géant meurtrier de sa famille, vibre plus

avant et plus puissamment dans le coeur. Astyanax joue avec la mort

qu'il ne voit pas; l'enfant du brahmane la brave et la défie pour

sauver son père; l'instinct n'est plus seulement de l'instinct dans le

poëme indien, il est déjà de la tendresse, de l'héroïsme et de la

sainteté. Homère n'est que pittoresque; le poëte indien est

spiritualiste.

On s'émeut d'admiration avec le Grec, on se sanctifie avec l'Indien.

Ce poëme, qui n'a été traduit que partiellement de la langue sacrée

des Indes, se termine par le dévouement des hôtes du brahmane, par la

délivrance de la famille et par la punition du tyran.

Mais nous allons lire et commenter avec vous un chef-d'oeuvre de

poésie à la fois épique et dramatique, qui réunit dans une seule

action ce qu'il y a de plus pastoral dans la Bible, de plus

pathétique dans Eschyle, de plus tendre dans Racine. Ce chef-d'oeuvre

est _Sacountala_.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 177 / 339 题