XXXVII.

Une série d'épreuves naïvement ingénieuses, tentées sur le coeur de

son époux par Damayanti, pour forcer Nala de confesser son vrai nom,

rappelle celle que Pénélope fait subir à Ulysse, dans l'_Odyssée_,

avant de le reconnaître pour son mari. La plus touchante de ces

épreuves est celle de ses deux petits enfants qu'elle lui envoie en

apparence, sans intention, par l'esclave confidente. À leur aspect, le

coeur de Nala se brise et s'ouvre; il jette le cri du père et laisse

échapper à demi le cri de l'amant. «Ô esclave,» dit-il à la nourrice,

«ne t'étonne pas de ces larmes qui montent à mes yeux: ces enfants

ressemblent à mes deux petits enfants! J'ai pleuré, dans la surprise

que m'a causée cette ressemblance née du hasard.»

Enfin, les deux époux sont mis en présence l'un de l'autre sous les

yeux du père et de la mère de Damayanti. Leur dialogue et leur

reconnaissance, toujours ambigus et suspendus par la transformation du

héros en conducteur de chars, n'ont ni modèle ni imitation dans le

pathétique d'aucune littérature. Nala reproche à son épouse d'avoir

songé à se choisir un autre époux. Elle lui avoue que cette faute

apparente n'était que la ruse de son amour pour le forcer par la

jalousie à se découvrir. Les dieux, par une pluie de fleurs qui tombe

miraculeusement du ciel sur l'épouse, attestent la pureté de

Damayanti. Nala reparaît sous sa vraie forme et sous sa beauté

primitive. «La femme aux joues vermeilles attire sur son sein la tête

de son bien-aimé; elle soupire et sourit à la fois; ils passent la

nuit à se redire comment ils avaient erré sans guide, sans vêtement

et sans nourriture, dans la forêt.»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 171 / 339 题