Une série d'épreuves naïvement ingénieuses, tentées sur le coeur de
son époux par Damayanti, pour forcer Nala de confesser son vrai nom,
rappelle celle que Pénélope fait subir à Ulysse, dans l'_Odyssée_,
avant de le reconnaître pour son mari. La plus touchante de ces
épreuves est celle de ses deux petits enfants qu'elle lui envoie en
apparence, sans intention, par l'esclave confidente. À leur aspect, le
coeur de Nala se brise et s'ouvre; il jette le cri du père et laisse
échapper à demi le cri de l'amant. «Ô esclave,» dit-il à la nourrice,
«ne t'étonne pas de ces larmes qui montent à mes yeux: ces enfants
ressemblent à mes deux petits enfants! J'ai pleuré, dans la surprise
que m'a causée cette ressemblance née du hasard.»
Enfin, les deux époux sont mis en présence l'un de l'autre sous les
yeux du père et de la mère de Damayanti. Leur dialogue et leur
reconnaissance, toujours ambigus et suspendus par la transformation du
héros en conducteur de chars, n'ont ni modèle ni imitation dans le
pathétique d'aucune littérature. Nala reproche à son épouse d'avoir
songé à se choisir un autre époux. Elle lui avoue que cette faute
apparente n'était que la ruse de son amour pour le forcer par la
jalousie à se découvrir. Les dieux, par une pluie de fleurs qui tombe
miraculeusement du ciel sur l'épouse, attestent la pureté de
Damayanti. Nala reparaît sous sa vraie forme et sous sa beauté
primitive. «La femme aux joues vermeilles attire sur son sein la tête
de son bien-aimé; elle soupire et sourit à la fois; ils passent la
nuit à se redire comment ils avaient erré sans guide, sans vêtement
et sans nourriture, dans la forêt.»