XXX.

«Ô femme adorable et dévouée!» dit Nala; ce misérable, cet insensé

plongé dans la boue de l'infortune, c'est ton époux! Écoute-moi donc,

écoute les ordres qu'il te donne, et qui peuvent seuls te sauver de

son sort! Abandonne-moi aux dieux qui me poursuivent, et enfuis-toi

seule vers le royaume de ton père!

«En vérité, en vérité,» répond l'épouse. «Ô mon roi, mon coeur

tremble, mes genoux fléchissent sous moi, ô prince! lorsque je pense

et repense aux conseils que tu me donnes. Dépouillé de ton empire,

dépouillé de ta fortune, sans vêtements, sans nourriture, dévoré par

la faim, par la soif, tu veux que je t'abandonne dans ce dénûment, au

milieu de ce désert, et que je songe à mon propre salut? Non, non, je

resterai ici, ô mon roi, dans ces sombres forêts pour calmer les

peines qui te rongent, lorsque, accablé sous le poids de ces angoisses

de la faim, de la soif, du froid, tu reportes un triste et lointain

regard sur ta félicité passée! Aucun de ces remèdes que la médecine

inventa ne vaut, dans les tortures de l'âme et du corps, les tendres

soins d'une épouse.»

«Tu dis vrai, réplique Nala; tu dis vrai, ô fille à la taille de

palmier! ô Damayanti! Abattu par la tristesse, l'homme ne trouve nulle

part un berceau aussi doux que dans les bras d'une tendre épouse; non,

je ne te quitterai pas, femme timide. Mais pourquoi redouter ma fuite?

Plutôt m'abandonner moi-même, que de t'abandonner!»

Damayanti, rassurée, conjure son époux de se rendre avec elle dans le

royaume de son propre père, qui leur donnera asile. «Oui,» répond

Nala, «ce royaume est à ton père; il le partagera avec moi. Je n'en

puis douter; mais, dans l'indigence qui me flétrit, je n'irai pas

mendier sa pitié, moi qui ai paru autrefois riche et magnifique dans

ce royaume. Moi dont la félicité ajoutait à ta félicité, faut-il que

j'y paraisse aujourd'hui, manquant de tout, et ajoutant par mes

misères à tes misères?»

Damayanti comprend cette pudeur de l'infortune, et n'insiste plus.

Les deux époux, après cet entretien, s'étendent pour dormir sous le

seul manteau qu'ils ont retrouvé, et s'endorment sur la terre nue,

sans herbe et sans mousse, pour reposer leurs membres épuisés.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 164 / 339 题