II.

Il y a dans toutes les choses humaines, matérielles ou

intellectuelles, une partie usuelle, vulgaire, triviale, quoique

nécessaire, qui correspond plus spécialement à la nature terrestre,

quotidienne, et en quelque sorte domestique, de notre existence

ici-bas. Il y a aussi dans toutes les choses humaines, matérielles ou

intellectuelles, une partie éthérée, insaisissable, transcendante, et

pour ainsi dire atmosphérique, qui semble correspondre plus

spécialement à la nature divine de notre être.

L'homme, par un instinct occulte, mais universel, semble avoir senti,

dès le commencement des temps, le besoin d'exprimer dans un langage

différent ces choses différentes. Placé lui-même, pour les sentir et

les exprimer, sur les limites de ces deux natures humaines et divines

qui se touchent et se confondent en lui, l'homme n'a pas eu longtemps

le même langage pour exprimer l'humain et le divin des choses. La

prose et la poésie se sont partagé sa langue, comme elles se partagent

la création. L'homme a parlé des choses humaines; il a chanté les

choses divines. La prose a eu la terre et tout ce qui s'y rapporte; la

poésie a eu le ciel et tout ce qui dépasse, dans l'impression des

choses terrestres, l'humanité. En un mot, la prose a été le langage de

la raison, la poésie a été le langage de l'enthousiasme ou de l'homme

élevé par la sensation, la passion, la pensée, à sa plus haute

puissance de sentir et d'exprimer. La poésie est la divinité du

langage.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 134 / 339 题