Paris, le 20 mars 1856.
IVe ENTRETIEN.
Nous vous avons esquissé une première idée de la philosophie sacrée de
l'Inde. Entrons dans la poésie; c'est encore sa philosophie.
Mais, avant de vous donner quelques fragments de ces immenses poëmes
épiques de l'Inde primitive récemment découverts, un mot sur ce qu'on
entend par la poésie.
J'ai souvent entendu demander: Qu'est-ce que la poésie? Autant
vaudrait dire, selon moi: Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce que
l'homme?
On ne définit rien, et cette impuissance à rien définir est
précisément la suprême beauté de toute chose indéfinissable.
Laissons donc le grammairien ou le théoricien définir, s'il le peut,
la poésie; quant à nous, disons simplement le vrai mot: _mystère_ du
langage.
La poésie, comme nous la concevons, n'est en effet rien de ce qu'ils
disent; elle n'est ni le rhythme, ni la rime, ni le chant, ni l'image,
ni la couleur, ni la figure ou la métaphore dans le style; elle n'est
même pas le vers; elle est tout cela dans la forme, bien qu'elle soit
aussi tout entière sans forme; mais elle est autre chose encore que
tout cela: elle est la poésie.