XXXIX.

Ici le dialogue suspendu est repris par le disciple; il fait une

magnifique profession de foi au Dieu unique et suprême, dont tous les

autres dieux secondaires, êtres purement symboliques, ne sont que les

satellites obéissants. C'est le _Te Deum_ de l'universalité divine; la

parole y luit comme le feu.

Le dieu lui répond par l'énumération des millions de formes sous

lesquelles il se manifeste à la nature dans ses créations et dans sa

providence. Enfin le maître se transfigure entièrement en esprit, et

foudroie le disciple anéanti dans sa divinité; puis il reprend sa

forme humaine douce et souriante, et l'instruit des devoirs du culte

et de la morale.

«Celui-là est chéri de moi, dit-il, dont le coeur, libre de toute

haine, répand sa charité sur toute la nature animée ou inanimée; qui

ne craint point les hommes, et que les hommes ne craignent point; qui

ne désire rien pour lui, tout pour ses frères; qui est le même dans la

gloire ou dans l'humiliation, dans le chaud et dans le froid, dans la

peine et dans le plaisir; qui s'élève par le détachement au-dessus des

vicissitudes de la courte vie d'ici-bas, pour chercher le seul Brahma

(Dieu), le souverain principe de toutes choses.

«Or, sais-tu ce que c'est que ce divin secret dont la connaissance te

conduira à l'immortalité? C'est Celui qui n'a ni commencement ni fin,

et qui ne peut être appelé ni la vie ni la mort, car il est au-dessus

et en dehors de la mort et de la vie! Il est tout mains et tout pieds,

il est tout visage, toute tête, tout oeil, tout oreille. Milieu de

tous les mondes, il les remplit de son étendue; n'ayant lui-même aucun

organe, il est le résumé de toutes les facultés des organes; sans être

incorporé dans rien, il contient tout, et sans aucune qualité des

choses il participe souverainement à toutes les qualités. Il est le

dedans et le dehors, le mobile et l'immobile de la nature; par

l'imperceptibilité de ses parties dans ce que nous appelons

l'infiniment petit, il échappe à la vue; il est loin, et cependant il

est présent; il est indivisible, et cependant il est divisé en toutes

choses; il est ce qui détruit et ce qui produit; il est la lumière,

mais il n'est pas les ténèbres» (nette protestation contre le

panthéisme dont ces doctrines sont accusées);» il est la sagesse,

l'objet et la fin de toute sagesse!

«Celui qui me connaît ainsi par ce que je suis entre dans ma nature

et s'y divinise.

«Toutes choses animées ou inanimées sont produites par l'union des

deux principes, la matière et l'esprit.

«Quand tu vois toutes les différentes espèces d'êtres qui sont dans la

nature comprises dans un seul être, de qui elles émanent et se

répandent au dehors, alors tu conçois Dieu!

«Ceux qui, par les yeux de la sagesse, aperçoivent que le corps et

l'esprit sont distincts, et qu'il y a pour l'homme une séparation

finale qui l'émancipe de la nature animale, ceux-là entrent par

l'intelligence dans l'état des êtres.»

Vous voyez que cette sublime philosophie, comme la philosophie du

christianisme, ne place pas la perfectibilité indéfinie dans ce monde

des sens et de la mort, mais dans le monde supérieur de l'âme et de

l'immortalité!

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 131 / 339 题