Ici le dialogue suspendu est repris par le disciple; il fait une
magnifique profession de foi au Dieu unique et suprême, dont tous les
autres dieux secondaires, êtres purement symboliques, ne sont que les
satellites obéissants. C'est le _Te Deum_ de l'universalité divine; la
parole y luit comme le feu.
Le dieu lui répond par l'énumération des millions de formes sous
lesquelles il se manifeste à la nature dans ses créations et dans sa
providence. Enfin le maître se transfigure entièrement en esprit, et
foudroie le disciple anéanti dans sa divinité; puis il reprend sa
forme humaine douce et souriante, et l'instruit des devoirs du culte
et de la morale.
«Celui-là est chéri de moi, dit-il, dont le coeur, libre de toute
haine, répand sa charité sur toute la nature animée ou inanimée; qui
ne craint point les hommes, et que les hommes ne craignent point; qui
ne désire rien pour lui, tout pour ses frères; qui est le même dans la
gloire ou dans l'humiliation, dans le chaud et dans le froid, dans la
peine et dans le plaisir; qui s'élève par le détachement au-dessus des
vicissitudes de la courte vie d'ici-bas, pour chercher le seul Brahma
(Dieu), le souverain principe de toutes choses.
«Or, sais-tu ce que c'est que ce divin secret dont la connaissance te
conduira à l'immortalité? C'est Celui qui n'a ni commencement ni fin,
et qui ne peut être appelé ni la vie ni la mort, car il est au-dessus
et en dehors de la mort et de la vie! Il est tout mains et tout pieds,
il est tout visage, toute tête, tout oeil, tout oreille. Milieu de
tous les mondes, il les remplit de son étendue; n'ayant lui-même aucun
organe, il est le résumé de toutes les facultés des organes; sans être
incorporé dans rien, il contient tout, et sans aucune qualité des
choses il participe souverainement à toutes les qualités. Il est le
dedans et le dehors, le mobile et l'immobile de la nature; par
l'imperceptibilité de ses parties dans ce que nous appelons
l'infiniment petit, il échappe à la vue; il est loin, et cependant il
est présent; il est indivisible, et cependant il est divisé en toutes
choses; il est ce qui détruit et ce qui produit; il est la lumière,
mais il n'est pas les ténèbres» (nette protestation contre le
panthéisme dont ces doctrines sont accusées);» il est la sagesse,
l'objet et la fin de toute sagesse!
«Celui qui me connaît ainsi par ce que je suis entre dans ma nature
et s'y divinise.
«Toutes choses animées ou inanimées sont produites par l'union des
deux principes, la matière et l'esprit.
«Quand tu vois toutes les différentes espèces d'êtres qui sont dans la
nature comprises dans un seul être, de qui elles émanent et se
répandent au dehors, alors tu conçois Dieu!
«Ceux qui, par les yeux de la sagesse, aperçoivent que le corps et
l'esprit sont distincts, et qu'il y a pour l'homme une séparation
finale qui l'émancipe de la nature animale, ceux-là entrent par
l'intelligence dans l'état des êtres.»
Vous voyez que cette sublime philosophie, comme la philosophie du
christianisme, ne place pas la perfectibilité indéfinie dans ce monde
des sens et de la mort, mais dans le monde supérieur de l'âme et de
l'immortalité!