Aussi, avant d'entrer dans l'appréciation des oeuvres purement
poétiques de l'Inde, laissez-moi vous donner brièvement un avant-goût
de sa philosophie et de ses notions morales sur Dieu, sur l'âme, sur
l'homme, sur les rapports de l'homme avec Dieu et de l'homme avec
l'homme; vous verrez si de telles notions, chantées en vers ou
rédigées en dogmes et en codes, sont un indice de cette prétendue
barbarie primitive que les philosophes de la perfectibilité indéfinie
et continue attribuent à cette enfance du monde.
Je puise cet exemple dans le _Bagavagita_, épisode du poëme sacré du
_Mahabarata_, selon MM. _Hastings_ et _Wilkins_, ses premiers
traducteurs.
«La scène est un champ de bataille. Un des combattants, le héros
_Arjoùn_, à l'aspect de ses parents, de ses amis, de ses compatriotes,
qu'il faut frapper dans cette guerre civile, sent défaillir en lui son
coeur, et préfère recevoir la mort au malheur de la donner. Le
demi-dieu _Krisna_, qui combat à côté d'_Arjoùn_, mais qui combat avec
l'impassibilité divine, gourmande le héros de sa faiblesse. Un
dialogue sublime, semblable à ceux de Platon, s'établit entre eux
pendant que les deux armées opposées se reposent un instant du
meurtre.