XXVII.

«La première fois, j'étais seul dans une petite chambre haute et nue

d'une maison de campagne inhabitée, où les maîtres en s'en allant

avaient laissé quelques feuilles volantes de brochures et de journaux

littéraires éparses et livrées aux rats sur le plancher. L'aurore se

levait au loin sur une longue lisière de forêts monotones et sombres

que j'apercevais en m'éveillant par ma fenêtre ouverte, à cause de la

chaleur d'été. Les rayons presque horizontaux du soleil glissaient sur

mon lit; les hirondelles entraient avec eux, et battaient joyeusement

les vitres de leurs ailes. Le vent frais du matin, en tourbillonnant

doucement dans la tout, faisait bruire les feuilles de livres et de

journaux sur les carreaux de brique comme des gazouillements d'idées

qui se réveillent dans l'esprit.

«Ce bruit attira mon attention. Je n'ai jamais pu voir une page écrite

sans éprouver la passion de la lire. Je ramassai quelques feuilles à

demi rongées des traductions des hymnes indiens. Ces fragments étaient

l'oeuvre d'un de ces hommes qui consacrent toute leur existence et

tout leur génie dans ce monde à regarder et à sonder d'autres mondes.

Il se nomme le baron d'Eckstein, philosophe, poëte, publiciste,

orientaliste; c'est un brahme d'Occident, méconnu des siens, vivant

dans un siècle, pensant dans un autre.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 119 / 339 题