XXVI.

«Cette extase, disais-je, est comparable à celle que nous avons

éprouvée quelquefois nous-même, en tombant par hasard sur une de ces

pages mutilées des livres sacrés de l'Inde, où la pensée de l'homme

s'élève si haut, parle si divinement, que cette pensée semble se

confondre dans une sorte d'éther intellectuel avec le rayonnement et

avec la parole même de Dieu, de ce Dieu qu'elle cherche, qu'elle

atteint, qu'elle entrevoit enfin au fond de la nature et du ciel, en

jetant un cri de voluptueuse joie et de délicieuse possession du

souverain Être.

«Ces demi-pages sont si belles que, s'il y en avait beaucoup de cette

nature, elles dégoûteraient l'homme qui les lit de vivre de la vie des

sens; elles suspendraient le battement du pouls dans ses artères,

elles lui donneraient l'impatience de l'infini, la passion de mourir

pour se trouver plus tôt dans ces régions indescriptibles où l'on

entend de tels accents dans de telles ivresses, où l'intelligence

bornée se précipite et se conjoint à l'intelligence infinie dans ce

murmure extatique des lèvres, puis dans ce silence de l'amour qui est

l'anéantissement de tout désir dans la possession de l'Être infini,

infiniment adoré et infiniment possédé.

«Les deux plus fortes impressions littéraires de ce genre furent

produites en moi par la lecture de ces pages mystérieuses de l'Inde,

vraisemblablement déchirées de quelques livres surhumains, et

emportées par le vent des siècles du sommet de l'Himalaya jusqu'à

nous.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 118 / 339 题