Mais si la nature donne, par tous ses phénomènes constants, un démenti
évident à la théorie de la perfectibilité indéfinie de l'humanité sur
la terre, l'histoire ne dément pas moins, à toutes ses pages, cette
hallucination de notre orgueil.
Quel témoignage vivant l'histoire nous donne-t-elle donc de cette
permanence et de cet accroissement indéfini de lumière, de vertu, de
civilisation, de félicité sur la terre, dans les races qui nous ont
précédés ici-bas? Où est la perfectibilité visible dans ces races qui
ont pullulé en tribus, en nations, en dominations sur ce globe, depuis
les temps historiques? Quelle est donc la race qui n'ait pas suivi le
cours régulier de naissance, de croissance, de décadence et de mort,
conditions de ces collections d'hommes comme de l'homme lui-même,
soumis à ces quatre phénomènes de la vie, naître, croître, vieillir et
mourir? Ce globe n'est partout qu'un ossuaire de civilisations
ensevelies. L'histoire, qui est le registre de naissance et de mort de
ces civilisations, nous les montre partout naissant, croissant,
dépérissant, mourant avec les dieux, les cultes, les lois, les moeurs,
les langues, les empires qu'elles ont fondés pour un moment ici ou là
dans leur passage sur ce globe. Pas une, pas une seule n'a échappé
jusqu'ici à cette vicissitude organique de l'humanité. Le temps ne
s'est arrêté pour personne. On a dit: le cours du temps, parce qu'il
apporte et emporte incessamment les choses mortelles.