On répond: Mais la perfectibilité indéfinie donnera à l'homme une
durée de vie plus longue. À supposer que cela fût possible, l'homme,
au moment de rentrer dans le sein de la terre par la mort, trouverait
encore avec raison sa vie courte; car tout ce qui finit est court pour
une pensée qui comporte et qui rêve l'immortalité.
Mais les philosophes qui affirment le progrès de la vie humaine en
durée oublient encore que tout est coordonné dans le plan divin; que
ce plan divin assigne à l'homme une durée de vie en rapport exact avec
le nombre des autres hommes qui vécurent ou qui doivent vivre à côté
de lui, avant lui ou après lui sur cette terre; que l'espace de ce
petit globe ne s'élargit pas au gré des rêves orgueilleux des
utopistes de la perfectibilité indéfinie; que la fécondité même de
l'écorce de ce petit globe, que nous rongeons, n'est pas indéfinie
dans sa production des aliments nécessaires à l'existence de l'homme;
que si une génération prolongeait indéfiniment sa vie et multipliait à
proportion sa race sur la terre, d'une part cette génération sans fin
et sans limite trouverait bientôt ce globe trop étroit pour sa
multitude et pour ses besoins; d'autre part, que cette génération
prendrait dans l'espace et dans le temps la place des générations à
naître; privilégiés de la vie qui condamneraient au néant ceux qui
sont prédestinés à vivre!
On se perd dans un abîme de conséquences absurdes, toutes les fois
qu'on sort du réel et qu'on veut substituer au plan incompréhensible,
mais visible, de Dieu les vanités et les imaginations de l'homme.