Ces philosophes de la perfectibilité indéfinie et continue, à force de
vouloir grandir et diviniser l'humanité dans ce qu'ils appellent
l'avenir, la dégradent et l'avilissent jusqu'à la condition de la
brute dans son origine et dans son passé. Si on considère l'idée
qu'ils se font et qu'ils veulent nous faire de l'homme au berceau, le
véritable nom de leur philosophie ne serait ni le spiritualisme, ni le
déisme, ni le panthéisme, ni même le matérialisme; ce serait le
_végétalisme_. Avant de nous engager dans la contemplation de la
théologie primitive de l'Inde, qu'on nous permette de confesser
nous-même et du même droit que ces philosophes, du droit de nos
conjectures et du droit de l'histoire, une philosophie tout opposée.
Séduits par quelques analogies scientifiques encore très-douteuses qui
leur montrent dans le travail souterrain des éléments qui composent ce
petit globe, et dans quelques cadavres d'animaux antédiluviens, des
traces d'élaboration progressive et de ce perfectionnement prétendu ou
vrai dans les espèces, ces philosophes ont conclu de la matière à
l'âme, et de la pierre à l'homme. Ils ont rêvé qu'à l'origine des
choses et des êtres l'homme ne fut lui-même qu'une _boursouflure_ de
fange échauffée par le soleil, puis douée d'un instinct qui le force
au mouvement sans impulsion, puis de quelques membres rudimentaires
qu'une intelligence sourde et obtuse dégageait successivement de la
boue pour se créer à elle-même des organes; puis enfin de la forme
humaine, se débattant encore pendant des milliers de siècles contre le
limon qui résistait au mouvement, puis douée successivement de
l'instinct, ce crépuscule de l'âme; de la raison, ce résumé réfléchi
de l'instinct; du balbutiement, ce prélude de la parole; et enfin de
toutes ces facultés merveilleuses qui font aujourd'hui de l'homme la
miniature abrégée et périssable d'un Dieu.