Les philosophes de l'Inde sont spiritualistes par excellence. Ils ne
ressemblent en rien aux philosophes matérialistes du douzième siècle,
ni aux philosophes terrestres de la perfectibilité indéfinie de
l'homme sur ce globe. Leur Éden, comme celui des chrétiens, est dans
le passé.
Il s'est formé depuis quelque temps, dans notre Europe, en Allemagne
et surtout en France, une école de philosophie bien intentionnée,
mais un peu trop superbe. On l'appelle la philosophie de la
perfectibilité indéfinie et continue de l'humanité ici-bas. Nous
sommes bien éloigné de nier la tendance organique et sainte du progrès
en toute chose, cette force centrifuge de l'esprit humain. Cette force
centrifuge lui imprime tout mouvement, comme la force centrifuge des
planètes imprime leur rotation aux astres; mais les astres eux-mêmes
ne progressent pas indéfiniment, ils tournent sur leur axe immobile et
dans des orbites prescrits. Le mouvement et le progrès sont donc deux
choses dans le ciel: n'en serait-il pas de même dans l'esprit humain?
Disons un mot de cette théorie à propos de la philosophie de l'Inde.