La première pensée de l'homme lettré, au milieu de la nature ou de la
société, est de chercher l'auteur de son être, pour lui porter
l'hommage d'amour, de terreur, d'adoration ou de vertu qui lui est dû.
Sa seconde pensée est de le concevoir, de l'imaginer et de le définir
dans les termes les plus sublimes que la force de son désir et la
faiblesse de son intelligence, comparées à l'infini, puissent prêter à
l'homme pour se représenter son Créateur.
Sa troisième pensée est de lui construire un acte de foi et un culte;
sa quatrième pensée est de déduire de cette foi, de ce culte et de sa
propre conscience, une morale ou un code du bien et du mal conforme,
le plus possible, à l'idée que l'homme se fait de ce qui plaît ou de
ce qui déplaît à l'Être des êtres.
C'est ce qu'on appelle la théologie, la religion, le sacerdoce, la
morale, la philosophie d'un peuple:
La théologie, science de Dieu et de l'âme, la première et la dernière
de toutes les sciences, celle qui commence tout, celle qui finit tout,
celle qui contient tout.
Si un seul mot sacré pouvait jamais exprimer _Dieu_, et les rapports
de l'homme avec _Dieu_, et les rapports de _Dieu_ avec l'homme, toutes
les langues et toutes les littératures humaines mourraient sur les
lèvres; elles n'auraient plus rien à dire; tout serait dit!
Les livres sacrés des grands peuples sont le dépôt de leur théologie;
c'est la littérature de leur âme. Nous allons dérouler devant vous
quelques pages des livres sacrés des Indes, les premiers monuments
littéraires et théologiques que leur antiquité nous laisse entrevoir
à travers les brumes des temps.
Mais avant nous devons dire ce que nous pensons de l'origine des
théologies, des religions, des morales, des philosophies sur la terre,
à ces époques antéhistoriques de l'humanité. Ce ne sont point des
certitudes, ce sont des opinions. Dans ces matières sans autre
solution que la foi, et où tout est livré aux conjectures, le
vraisemblable est la seule approximation du vrai; quand on ne peut pas
prouver, on imagine.