Quand le bruit de cette mort se répandit dans Paris, on crut sentir
que le niveau d'intelligence, de sentiment et de gloire du siècle
avait baissé en une nuit d'une grande âme. Ceux qui ne la
connaissaient que de nom la pleurèrent; ceux qui l'aimaient ne se
consoleront jamais.
Ses obsèques furent le triomphe de la douleur publique. Les salons
mornes, où tout le siècle avait passé sous le charme de son entretien
et surtout de sa bonté, les cours, le jardin, l'avenue même des
Champs-Élysées, n'étaient pas assez vastes pour contenir l'immense
concours d'hommes de coeur et d'hommes de nom qui se rencontraient,
sans s'être concertés, au pied de ce cercueil. Chacun y apportait un
tribut, un souvenir, un charme, une piété, presque une reconnaissance;
pas un seul une amertume.
Elle n'avait offensé qu'un seul homme dans sa vie, et c'était pour
défendre son mari. Il faut effacer ces vers de ses oeuvres, car la
plus petite vengeance ne monte pas au ciel avec nous. Mais la sainte
colère de l'amour est-elle une vengeance ou une vertu dans un coeur
d'épouse? N'importe, effacez-les. Ce tronçon brisé d'armes politiques
ne sied pas sur une tombe de poëte, encore moins sur une tombe de
femme. Plaire, aimer, pardonner, ce fut toute sa vie: que ce soit
aussi toute sa mémoire!