Malgré le froid de la saison, une grande porte vitrée était ouverte
sur une petite cour fermée de tous côtés par de hautes murailles. Au
milieu de cette petite cour, une fontaine en marbre distillait
mélancoliquement un filet d'eau sonore; une pluie fine, semblable à un
brouillard liquéfié, tombait froide et sans bruit sur les dalles de la
cour. Cette pluie ajoutait au frisson de l'âme le frisson du ciel.
La malade était étendue à demi sur un canapé placé en plein air sur le
seuil de la porte-fenêtre, entre la chambre basse et la petite cour,
afin que la fraîcheur de l'atmosphère et le bruit de l'eau
l'aidassent à respirer plus largement l'air qui manquait à sa
poitrine.
Je la trouvai peu changée; elle avait maigri pendant son séjour à
Saint-Germain, mais une coloration plus vive de ses joues, un éclat
plus vif de ses yeux, un repos plus visible de ses traits, un timbre
plus naturel de sa voix, me remplissaient de l'illusion d'une
convalescence. La conversation fut souriante, légère, affectueuse,
telle qu'il convient auprès d'un malade qui reprend à la vie, et à
laquelle il ne faut donner que ces mouvements doux de l'esprit et du
coeur, qui bercent l'âme comme dans ce second berceau de la mort.
Elle y prit part avec cette même élasticité de sentiments et de
conversation qui couvrait d'intérêt ou de gaieté même, un fond de
tristesse. Nous abrégeâmes la visite, dans la crainte de la fatiguer;
nous nous retirâmes un à un, sans bruit, comme des amis discrets qui
emportent une bonne espérance, et qui craindraient de la perdre en se
la confiant. Ce fut notre dernier serrement de coeur et notre dernier
serrement de mains. Nous apprîmes avec stupeur, le lendemain, qu'elle
avait expiré sans faiblesse et sans larmes, entre les regrets qu'elle
laissait sur la terre et les espérances qu'elle avait depuis longtemps
placées au ciel.