Madame de Girardin était trop Romaine de coeur pour ne pas accepter la
république, au moins comme une nécessité de l'occasion ou comme une
épreuve du courage. La république seule avait un retentissement
d'antiquité. La république à ses yeux, c'était la poésie des
événements.
Madame de Girardin n'était d'aucun parti préconçu en politique. Ses
instincts non raisonnés, si elle n'avait écouté que l'instinct,
l'auraient plutôt reportée de regrets et d'affection vers la
Restauration. On est toujours du gouvernement où l'on fut belle.
Elle avait été belle, heureuse, aimée, encensée, sous le gouvernement
de ses beaux jours; elle ne s'était jamais attachée au gouvernement de
Juillet. Ce régime avait péri de prosaïsme; elle sentait
l'impossibilité de couronner alors Henri V, mais la possibilité de
couronner le peuple s'il avait voulu de la couronne. Le fond de
l'opinion de madame de Girardin, c'était le beau; elle était du parti
du beau en toute chose. Rien ne pouvait être plus beau à ses yeux
qu'un gouvernement de _Périclès_ en France, gouvernement tenté sans
crime après la chute spontanée d'un trône qui n'avait ni tradition ni
principe. Ce gouvernement de Périclès défendu par l'unanimité de la
nation, conseillé par les talents de toutes les opinions réconciliées
dans l'amour de la patrie commune, et présidé fortement par un des
meilleurs citoyens, régulateur temporaire de la république, lui
souriait. Aussi s'intéressait-elle à cette république naissante,
sortant d'une ruine qu'elle n'avait pas faite, pour sauver la nation
et l'Europe. Les factions trompèrent ses espérances. La nation n'eut
pas la patience qui fonde et qui laisse s'user les difficultés; elle
ne donna pas le temps aux choses qui ne s'enracinent que par un peu de
temps.
Mais madame de Girardin montra un courage mâle dans les péripéties de
cette révolution. Son mari, qui avait impunément attaqué le premier
gouvernement de la république, fut emprisonné par le second. L'épouse
fut sublime d'angoisse, de tendresse, d'imploration, de menaces,
d'éloquence, en revendiquant ou la liberté de son mari, ou le cachot
avec lui. Tout céda facilement à ses larmes; il y avait erreur et
brusquerie, mais non sévice, dans le gouvernement du jour. Les
dernières convulsions de la république expirante ne trouvèrent madame
de Girardin ni moins résolue ni moins constante. Les secousses avaient
ébranlé sa vie, mais non son âme; elle était à la hauteur de tout,
même de l'exil. Madame Roland n'aurait pas mieux su mourir pour son
honneur d'épouse ou pour son honneur de poëte.