Je revins, peu de temps après cette conjuration de cour, à Paris. J'y
revis Delphine et sa mère. Rien ne ressemblait plus alors au poétique
encadrement de l'apparition de Terni; la scène avait changé, mais non
la personne; les années l'avaient embellie encore. La mère et la fille
logeaient à cette époque dans un petit entresol humide et bas de la
rue Gaillon, carrefour de rues qui vont des Tuileries au boulevard,
pleines de bruit, de mouvement et de boue. Tout attestait dans cette
résidence la médiocrité de fortune de la pauvre mère.
Deux chambres basses où l'on montait par un escalier de bois, des
meubles rares et éraillés, restes de l'antique opulence, quelques
livres sur des tablettes suspendues à côté de la cheminée, une table
où les vers de la fille et les romans de la mère, corrigés pour
l'impression, révélaient assez les travaux assidus des deux femmes; au
fond de l'appartement, un petit cabinet de travail où Delphine se
retirait du bruit pour écouter l'inspiration, voilà tout. Ce boudoir
ouvrait sur une terrasse de douze pas de circuit, sur laquelle deux ou
trois pots de fleurs souffrantes de leur asphyxie recevaient à midi un
rayon de soleil entre deux toits, et où les moineaux d'une écurie
voisine piétinaient dans l'eau de pluie. Ah! qu'il y avait loin de là
aux arcs-en-ciel flottants dans l'atmosphère rose de la cascade du
Vellino, et aux collines tapissées de lauriers de cette _Tempé_ de
l'Italie!