XXII.

Je revins, peu de temps après cette conjuration de cour, à Paris. J'y

revis Delphine et sa mère. Rien ne ressemblait plus alors au poétique

encadrement de l'apparition de Terni; la scène avait changé, mais non

la personne; les années l'avaient embellie encore. La mère et la fille

logeaient à cette époque dans un petit entresol humide et bas de la

rue Gaillon, carrefour de rues qui vont des Tuileries au boulevard,

pleines de bruit, de mouvement et de boue. Tout attestait dans cette

résidence la médiocrité de fortune de la pauvre mère.

Deux chambres basses où l'on montait par un escalier de bois, des

meubles rares et éraillés, restes de l'antique opulence, quelques

livres sur des tablettes suspendues à côté de la cheminée, une table

où les vers de la fille et les romans de la mère, corrigés pour

l'impression, révélaient assez les travaux assidus des deux femmes; au

fond de l'appartement, un petit cabinet de travail où Delphine se

retirait du bruit pour écouter l'inspiration, voilà tout. Ce boudoir

ouvrait sur une terrasse de douze pas de circuit, sur laquelle deux ou

trois pots de fleurs souffrantes de leur asphyxie recevaient à midi un

rayon de soleil entre deux toits, et où les moineaux d'une écurie

voisine piétinaient dans l'eau de pluie. Ah! qu'il y avait loin de là

aux arcs-en-ciel flottants dans l'atmosphère rose de la cascade du

Vellino, et aux collines tapissées de lauriers de cette _Tempé_ de

l'Italie!

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 76 / 339 题