XXI.

On s'étudia, dans cette idée, à multiplier pour le comte d'Artois les

rencontres avec la jeune personne qu'il paraissait regarder avec une

prédilection toute paternelle. Moins Delphine était confidente de ce

plan de cour, plus la séduction était vraisemblable: la plus sûre des

coquetteries, c'est l'innocence.

Tout semblait conspirer au succès du plan des courtisans, lorsque

enfin le comte d'Artois, ému en apparence de tant de charmes, parut

n'éprouver d'autre embarras que celui de déclarer sa tendresse. Ils

vinrent en aide à sa timidité; ils lui parlèrent d'un mariage qui

concilierait, dans une demi-publicité, sa religion, sa délicatesse de

père et de roi futur; ils lui désignèrent la personne pour laquelle

des yeux intelligents avaient deviné son attrait; ils lui en firent un

éloge qu'ils supposaient déjà gravé en traits plus profonds dans son

coeur.

Le comte d'Artois les écouta sans surprise, accoutumé qu'il était par

eux à ces sortes de provocations à un mariage d'inclination et de

félicité domestique. Mais, comme toujours, ces complaisants s'étaient

trompés: le comte d'Artois avait juré au lit de mort de madame de

Polastron, son dernier attachement, que nulle autre femme ne la

remplacerait jamais dans son coeur, et qu'il allait donner ce coeur à

Dieu seul. Il resta religieusement fidèle à ce serment. Il évita même

de revoir trop souvent la belle personne pour laquelle on lui avait

prêté d'autres sentiments que ceux de l'admiration. Delphine ne connut

jamais cette conspiration de cour, fondée sur ses charmes. Elle était

trop fière pour consentir à servir d'amorce, même au coeur d'un roi.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 75 / 339 题