Quoi qu'il en soit, à l'insu de sa mère et d'elle-même, quelques
admiratrices de sa beauté, parmi des femmes de cour et quelques
courtisans affairés d'importance, conçurent, dit-on, à cette époque
l'idée intéressée de lui faire épouser clandestinement le comte
d'Artois, qui fut depuis Charles X.
Ce prince avait eu occasion de voir et d'entendre la jeune fille dans
les salons des Tuileries, chez une des femmes de la cour logée au
palais; il avait exprimé pour elle une admiration qu'on pouvait
prendre pour de l'amour.
On savait qu'il ne voulait pas se remarier d'un mariage authentique,
par des délicatesses de famille et de dynastie; mais on pensait que
sensible encore, comme il l'avait toujours été, aux charmes d'une
société de femmes, et trop pieux pour avoir une favorite, il serait
heureux de trouver, dans un mariage consacré par la religion et avoué
par l'usage des cours, une compagne des jours de sa maturité.
L'admiration qu'il avait témoignée pour la belle inspirée devant ses
courtisans fut prise par eux pour une inclination naissante. Ils
s'étudièrent à la nourrir. Il s'agissait de contrebalancer par un
empire de femme, exercé sur le coeur de l'héritier de la couronne,
l'empire occulte exercé par une autre femme sur le coeur du roi.
Des intelligences dans les affections des princes sont des influences
dans leurs conseils; la politique, sous les apparences de l'amour,
assiége même l'oreiller des rois. Une _Diane de Poitiers_ légitime, ou
une _madame de Maintenon_ jeune et séduisante, parurent une nécessité
de situation au parti royaliste. Ce parti ne pouvait pas choisir une
personne plus accomplie pour l'un ou l'autre de ces rôles: Diane de
Poitiers n'était pas plus belle, madame de Maintenon pas plus
supérieure; mais la jeune fille à qui on destinait leur rôle avait
l'innocence qui manquait à l'une, la franchise qui manquait à l'autre.