Or, du jour où la parole donnée par Dieu fut écrite par l'homme,
l'homme, comme être sociable, expressif et perfectible, fut achevé.
«Examinons, disions-nous encore, ce que c'est que l'homme; oublions
que nous sommes nous-même une de ces misérables et sublimes créatures
appelées de ce triste et beau nom dans la création universelle;
échappons, par un élan prodigieusement élastique de notre âme
immatérielle et infinie, à ce petit réseau de matière organisée de
chair, d'os, de muscles, de nerfs, dans lequel cette âme est
mystérieusement emprisonnée; supposons que nous sommes une pure et
toute-puissante intelligence capable d'embrasser et de comprendre
l'univers, et demandons-nous: Qu'est-ce que l'homme?»
L'homme est une petite pincée de poussière organisée, poussière
empruntée pour quelques jours à ce petit globule de matière flottante
dans l'espace, appelé par nous la terre. Qu'est-ce que cette terre? On
n'en sait rien: peut-être une éclaboussure ignée de lave refroidie,
lancée avec une impulsion rotatoire par quelque éruption d'un volcan
céleste; peut-être un grain de poussière éthérée soulevé dans sa
course par le vent de quelque astre démesuré de grandeur; peut-être un
atome de fumée émané tout noir et tout calciné de quelque foyer de
soleil? Peu importe. Cependant l'incalculable petitesse et la
prodigieuse insignifiance numérique de cet atome, comparé à
l'immensité de l'espace et au nombre des mondes qui le peuplent,
devrait donner quelque mépris aux hommes et aux peuples qui
s'acharnent à s'en disputer des surfaces inaperçues, ou à se créer
sur ce néant d'espace et de temps ce qu'ils appellent des mémoires
éternelles.
L'homme considéré comme être corporel n'est donc rien sur une planète
qui est elle-même moins que rien. Mais l'homme considéré comme ce
qu'il est, c'est-à-dire comme être à deux natures, comme point de
jonction entre la matière et l'esprit, entre le néant et la Divinité,
change à l'instant d'aspect. L'homme atome noyé dans un rayon perdu de
soleil, et qui se confondait par son imperceptibilité avec le néant,
se confond tout à coup par sa grandeur avec la Divinité!