V.

Or, du jour où la parole donnée par Dieu fut écrite par l'homme,

l'homme, comme être sociable, expressif et perfectible, fut achevé.

«Examinons, disions-nous encore, ce que c'est que l'homme; oublions

que nous sommes nous-même une de ces misérables et sublimes créatures

appelées de ce triste et beau nom dans la création universelle;

échappons, par un élan prodigieusement élastique de notre âme

immatérielle et infinie, à ce petit réseau de matière organisée de

chair, d'os, de muscles, de nerfs, dans lequel cette âme est

mystérieusement emprisonnée; supposons que nous sommes une pure et

toute-puissante intelligence capable d'embrasser et de comprendre

l'univers, et demandons-nous: Qu'est-ce que l'homme?»

L'homme est une petite pincée de poussière organisée, poussière

empruntée pour quelques jours à ce petit globule de matière flottante

dans l'espace, appelé par nous la terre. Qu'est-ce que cette terre? On

n'en sait rien: peut-être une éclaboussure ignée de lave refroidie,

lancée avec une impulsion rotatoire par quelque éruption d'un volcan

céleste; peut-être un grain de poussière éthérée soulevé dans sa

course par le vent de quelque astre démesuré de grandeur; peut-être un

atome de fumée émané tout noir et tout calciné de quelque foyer de

soleil? Peu importe. Cependant l'incalculable petitesse et la

prodigieuse insignifiance numérique de cet atome, comparé à

l'immensité de l'espace et au nombre des mondes qui le peuplent,

devrait donner quelque mépris aux hommes et aux peuples qui

s'acharnent à s'en disputer des surfaces inaperçues, ou à se créer

sur ce néant d'espace et de temps ce qu'ils appellent des mémoires

éternelles.

L'homme considéré comme être corporel n'est donc rien sur une planète

qui est elle-même moins que rien. Mais l'homme considéré comme ce

qu'il est, c'est-à-dire comme être à deux natures, comme point de

jonction entre la matière et l'esprit, entre le néant et la Divinité,

change à l'instant d'aspect. L'homme atome noyé dans un rayon perdu de

soleil, et qui se confondait par son imperceptibilité avec le néant,

se confond tout à coup par sa grandeur avec la Divinité!

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 48 / 339 题